dimanche 2 avril 2017

du mois d'avril 2017


du mois d’Avril 2017


Avril 2017 n’ouvre plus rien du tout, même si c’est la signification de son nom. ! Pas même une nouvelle année comme ce fut longtemps le cas et très probablement il ne nous apportera même pas du beau temps. Ou très peu, notamment si je me réfère aux dictons du temps et au cycle de Méton : « Noël au balcon Pâques aux tisons ». Or il a fait mauvais temps pour Noël 2016 dans le Midi. Et il y a dix-neuf ans, en 1998,  on avait relevé 15 cm de neige dans la nuit de Pâques dans le centre de la France avec un température maximum de 5.2° à Bourges et 7.3° à Rennes. S’en était suivi des gelées et d’assez gros dégâts notamment dans les vignes en Côte d’Or.  Températures de -1.2° à Bourges, -1.4° à  Lyon, 0.3° à Perpignan, -1.3° à Toulouse les jours suivants.
Globalement un mois d’avril qui s’annonce humide comme en début de ce mois où les caprices du temps ont empêché  les Uzétiens et amis de la région à découvrir les extraordinaires mosaïques romaines découvertes ici.
Ne nous réjouissons pas trop vite de la douceur annoncée pour la semaine qui va s’ouvrir.
Je parlerai dans cette chronique, une fois de plus, de l’évolution du calendrier et des poissons d’avril, de Pâques et surtout des Saints de Glace et de la Lune Rousse, car je suis encore souvent interrogé sur ces sujets et j’entends dire de grosses erreurs sur la  lune rousse.

L’actualité à Uzès et à Ucetia étant à la romanité je me dois de rappeler que avril «  aprire », qui suivait Mars le mois du dieu de la guerre, était consacré à Cybèle, déesse de la terre et de la force reproductrice chez les Romains.
Avril est un mois versatile, qui en dépit du calendrier tient encore largement de l'hiver, et dont les froids passagers, souvent pinçant, sont d'autant plus mal accueillis que l'on espérait en avoir fini avec eux, surtout après les derniers jours de mars, les fameux « vaqueirieu » qui cette année ont bien été marqués par la chute des températures et de fortes pluies, comme je l’avais annoncé dans ma précédente chronique.
Avril, cette année, ne s’ouvre pas sous de bons auspices. « Il n'est si gentil mois d'avril, qui n'ait son manteau de grésil. » Parfois la neige s'ajoute au grésil : « Il n'est point d'avril si beau, qui n'ait neige à son chapeau. » Ce rabiot de l'hiver, qu'il nous est difficile d'accepter sans récrimination, surtout à cause des vacances, doit nous inciter à la prudence: « En avril, ne te découvre pas d'un fil. » Ou dans le Midi : « O mès d’obriéou quittès pas eu piéou » ou :"celui qui s'allège avant le mois de mai, certainement ne sait pas ce qu'il fait." . Et aussi :« on n’est pas sorti de l’hiver qu’avril n’ait montré son derrière.
Avec ses coups de gel et sa lune rousse, avril va encore donner des frissons aux impatients des beaux jours.
C’est un mois d’une intense activité agricole où le cultivateur comme le vigneron, mais aussi le jardinier, ont fort à faire : « En avril, il faut tout remuer ; » écrit Henri Pourrat. « Cest vrai qu’il faut partout désherber, gratter, biner, sarcler, éclaircir aussi où la pousse est trop drue. Tout lève si vite en ce mois. La terre semble avoir la fièvre. »

Pour ce qui est du calendrier, on a coutume de dire que c’est l’Edit de Roussillon qui a décidé du passage du début de l’année du 1er avril au 1er janvier.
Ce n’est pas tout à fait exact comme je l’ai écrit en janvier dernier. En 1564 il n’était pas encore question de réformer le calendrier, ce qui n’ interviendra qu’en 1582.  Les conseillers de Charles IX et surtout sa mère car le Roi était bien jeune pour penser à cette sorte d’affaire,  la célèbre Catherine de Médicis,  régente du Royaume  entreprirent de prendre des mesures pour mettre de l’ordre dans une vraie pagaille qui faisait, avec les dérives du calendrier que l’année ne commençait pas partout à la même date selon les provinces et les diocèses. L’année débutait soit à Noël (à Lyon par exemple), soit le 25 mars (à Vienne) soit le 1er mars, soit encore à Pâques. Et bien d’autres particularités encore… ! ce qui risque de se reproduire si on ne veille pas au grain avec les questions de régionalisation ! Pour pouvoir gouverner un pays il faut des références communes.
Michel de l’Hospital et le Chancelier Sébastien de l’Aubépine avec sans doute quelques  autres juristes établirent le fameux Edit de Paris qui visait surtout à réformer la justice et les juridictions. Tiens donc ! serait-ce encore une question d’actualité ? Le tout dernier article, le 39ème de cet édit daté du 25 janvier 1563, était ainsi libéré. « Voulons et ordonnons qu’en tous actes, registres, instrumens, contrats, ordonnances, édicts, lettres tant patentes que missives et toute escripture privée, l’année commence doresenavant et soit comptée du premier jour de ce mois de janvier.
Si donnons en mandement… ect.. donné à Paris au mois de janvier l’an de grâce mil cinq cens soixante-troys et de notre règne le quatrième »
Sous l’Ancien Régime le système voulait que édits, ordonnances et autres arrêtés de tous genres soient enregistrés par les Parlements pour pouvoir entrer en vigueur. Les Parlements avaient l'obligation d'enregistrer les actes royaux, c'est-à-dire de les publier dans leurs registres, après avoir vérifié leur compatibilité avec le droit, les usages et les coutumes locales, ce qu'on appelle aujourd'hui le contrôle de légalité. Ils  avaient ce pouvoir de blocage et le 49-3 n’existait pas encore. Ils ne pouvaient pas être dissous mais par contre  ils pouvaient être mis à l’écart de force, renvoyés et exilés !  Souvent les parlements se sont opposés au pouvoir royal. Cela a duré jusqu’à la Révolution.
Pour imposer le pouvoir royal, Catherine fit entreprendre à la Cour un long voyage dans le pays. C’est ce qu’on appelle le  « grand tour de France »  que Catherine de Médicis avec le Roi Charles IX fit à travers la France pour faire découvrir au jeune roi son royaume.
Ce grand voyage commence le 24 janvier 1564 et se termine par le retour à la capitale le 1er mai 1566. Accompagné de sa famille, le roi accomplit près de 4 000 kilomètres. Il part vers l'Est, longe les frontières de l'Est jusqu'en Provence, tourne vers l'Ouest jusqu'à l'océan Atlantique en Gascogne, remonte vers le Val de Loire et termine son périple dans le Bourbonnais. Il faut forger l’unité du royaume autour du Roi  et ce voyage doit permettre de renforcer les liens de fidélité à l’égard de la monarchie.
Toute la Cour se déplace. On a de la peine à s’imaginer ce que cela peut représenter. 15 000 personnes, dont le cortège du Roi et de la Reine , une escorte militaire, le personnel du gouvernement, les domestiques portant les meubles (tapisseries, coffres...), des artisans, des princes, des ambassadeurs... Il s’agit d’une mise en scène de la représentation de la puissance royale, pour compenser la faiblesse de l’emprise royale dans les provinces, surtout après les  affrontements de la première des guerres de religion.
Restaurer l'autorité royale, mais aussi réconcilier les protestants et les catholiques, faire appliquer les édits de paix et au passage réconcilier la maison de Guise et la maison de Montmorency. C’est dans ce contexte au milieu de longs et pénibles déplacements, de visites aux grands et puissants seigneurs du royaume, que la Cour parvient à Lyon. La peste y sévit depuis le mois d’avril. On quitte alors la ville le 9 juillet 1564 et le cortège royal entre en Dauphiné et s’achemine vers Roussillon où il arrive le 17 juillet. Le Roi logera au château 28 jours. Il est reçu par le neveu du cardinal François de Tournon. C'est pendant cette période qu'il signe l'Edit de Roussillon qui n’est pas l’édit qui fixe le début de l’année comme on l’a trop souvent écrit, mais l’édit qui promulgue l’édit de Paris qui prévoyait ce changement. 
Voilà le texte exact qui par suite des différentes transcriptions avec les erreurs des copistes est devenu ce texte connu comme celui authentique de l’édit de Roussillon : «  Si donnons… car tel est nostre plaisir non obstant nostre édict cy attaché donné à Paris  au mois de janvier dernier et quelconques ordonnances, édicts et lettres à ce contraire. Donné à Roussillon le 9 août 1564, de notre règne le cinquième. » Le texte de Roussillon n’est donc que  la promulgation de l’édit de Paris.
Cette disposition, finalement  acceptée et enregistrée par le Parlement de Paris en 1564 fut appliquée plus ou moins rapidement ; à Paris en 1567 et à Beauvais en 1580… Les nouvelles ne circulaient pas aussi vite qu’aujourd’hui, sans télévision et sans internet, et il fallait du temps avant qu’une loi fut promulguée…Est-ce que cela a changé depuis c’est un autre sujet !
Faute de nouveau décret royal ou de décision pontificale… il nous faudra attendre le chant du coucou pour savoir si c’est bien avril car : « Ce n’est jamais avril, si le coucou ne l’a dit ». Vu le temps ambiant, il ne s’est pas encore manifesté à ma connaissance ! Avis aux amateurs de champignons : « si le coucou a chanté, morilles en ton panier »

Quand on arriva au 1er avril 1565 certaines régions n’acceptèrent pas la nouvelle disposition. Ces irréductibles continuèrent à recevoir leurs contemporains avec de faux cadeaux, mottes de terre ou bottes de paille. Avec le temps les petits cadeaux d’avril se transformèrent en farces, blagues et canulars. Selon les corps de métiers, on envoyait les apprentis les moins dégourdis en leur demandant de rapporter des objets insolites tels que « la corde à lier le vent », « la passoire sans trou », et « la clef des champs » , « le bâton à un seul bout » ou de « l’huile de coude »…C’est cette page d’histoire qui serait à l’origine de nos « poissons d’avril ».
En souvenir de l’époque où on célébrait le début de l’année, une coutume s’était instaurée de faire des cadeaux « pour rire ». Ce sont ces farces qu’on a baptisées « poissons d’avril ». Je ne redirai pas ici ce que j’ai écrit les années précédentes au sujet de ces farces parfois très drôles mais aussi quelquefois  méchantes. Mais pourquoi du poisson ? Il court sur ce point des interprétations plus ou moins douteuses. Certains disent que c’est à cause de la fermeture de la pêche pour la période de frai. Des plaisantins auraient alors eu l’idée de lancer des harengs dans les rivières pour tromper l’impatience  des pécheurs d’eau douce…D’autres disent que la date de Pâques qui marquait le début de l’année, ne coïncidant pas toujours avec le 1er avril, on continuait de faire carême et donc de manger du poisson jusqu’à la date de cette fête…Voilà pour ce qui est du poisson d’avril.
On ne peut pas dissocier Pâques des Rameaux . Avec le dimanche des Rameaux le 9 avril les chrétiens vont entrer  dans la Semaine Sainte. Cette fête commémore l’entrée de Jésus à Jérusalem où il venait célébrer la pâque juive. Ce jour, les chrétiens font bénir des branches vertes, souvent des branches de buis, de lauriers ou d’oliviers. Ils en ornent les crucifix de leurs maisons ou ils les portent au cimetière sur les tombes de leurs défunts comme signe d’espérance et de foi en la résurrection.
Chez nous en Languedoc, ces rameaux sont appelés « rampaus » ou « rampals », c'est-à-dire « rameaux de palmes » par une vigoureuse contraction du latin ramus palmae. Il fait souvent du vent le jour des Rameaux et on trouve de nombreux dictons sur ce thème. Cette fête est souvent marquée par le vent, avec quantité de dictons à ce sujet. Or cette année il a beaucoup plu, presque partout et cela nous laisse présager un début d’été pluvieux : « Can ploou sul rompan, ploou sul boulan » . Le boulan, ou « volant » c’est le « fer volant », c'est-à-dire la faucille en langue d’Oc. Et : « S’il pleut sur les rameaux, Il pleut sur la faucille », donc sur la moisson ! Il faudra observer le temps de la fin juin, au moment de la fête de la musique et de la saint Jean. Voila pour nos « Pâques fleuries » comme on appelle ce jour.
Pâques, la plupart du temps cette fête tombe en avril. Mais il y a des exceptions. La règle est que c’est  toujours « le dimanche après la première pleine lune du printemps ». Cette année c’est le 16 avril.  Les savants calculs rassemblés dans ce qu’on appelle le  « comput », pour déterminer la date de Pâques, entraînent toute une série de répercussions sur nos calendriers et jours fériés qui découlent de la fête de Pâques. Trop soucieux de préserver des « avantages acquis », et des congés appréciés de tous, dans un monde qui se veut plus que jamais laïque, on n’ose pas encore  aujourd’hui à supprimer cette référence « chrétienne ». Mais il faut rester vigilant par les temps qui courent. Touche pas à mes jours fériés et à mes ponts, qu’elles qu’en soient les origines !

La lune Rousse pourrait bien, dans la foulée,  nous jouer de mauvais tours. « L’hiver n’est pas achevé que la lune d’avril ne nous ait houspillé » ou « l’hiver n’est point passé que la lune rousse n’ait décliné ». La Lune rousse est la lunaison qui après le dimanche de Pâques. Cette année du 26 avril au 25 mai.
« Lune rousse, vide bourse » ; « lune rousse, rien ne pousse » ; « Gélée de lune rousse de la vigne ruine la pousse » ; « Récolte n’est point assurée que la lune rousse soit passée ». Et bien d’autres !
Mais pourquoi rousse ? Cela n’a rien à voir avec la couleur apparente de la lune, souvent à son lever notamment en été. Ce qualificatif provient de l’aspect pris par les jeunes pousses des végétaux qui, à cette période de l’année, sont souvent brûlées par une gelée dévastatrice au cours de la nuit ou au lever du soleil. Les feuilles et les tiges présentent alors un aspect roussi.
La lumière que nous renvoie la lune n’est pour rien dans ce phénomène saisonnier, remarqué par plusieurs générations de jardiniers et d’agriculteurs.
Voici une explication et une anecdote historique que j’ai souvent citée sur ce sujet. Elle est trop belle pour ne pas le reprendre ici encore. Le célèbre savant Laplace qui conduisait une délégation de scientifiques auprès de Louis XVIII avait été piqué au vif par une question du Roi sur ce sujet, ne sachant pas que répondre. Il s’était sorti de la situation par une litote qui était une façon très ironique de se moquer de ce Roi qu’on a trop facilement tourné en dérision, notamment à cause de son embonpoint. Il s’en fut voir ensuite Arago qui étudia la question et répondit ce qui suit, désormais consigné dans l’ouvrage « Astronomie populaire » publié ensuite par Flammarion.
« Dans les nuits des mois d’avril et mai, la température de l’atmosphère n’est souvent que de 4, de 5 ou de 6 degrés centigrades au-dessus de zéro. Quand cela arrive, la température des plantes exposées à la lumière de la lune, c'est-à-dire à un ciel serein, peut descendre au-dessous de zéro, nonobstant l’indication du thermomètre. Si la lune, au contraire, ne brille pas, si le ciel est couvert, la température des plantes ne descend pas au-dessous de celle de l’atmosphère, il n’y aura pas de gelée, à moins que le thermomètre n’ait marqué zéro, pour d’autres raisons. Il est donc vrai, comme les jardiniers le prétendent, qu’avec des circonstances thermométriques toutes pareilles, une plante pourra être gelée ou ne l’être pas, suivant que la lune sera visible ou cachée par des nuages ; si les jardiniers se trompent, c’est seulement dans les conclusions : c’est en attribuant l’effet à la lumière de l’astre. La lumière lunaire n’est ici que l’indice d’une atmosphère sereine ; c’est par suite de la pureté du ciel que la congélation nocturne des plantes s’opère ; la lune n’y contribue aucunement ; qu’elle soit couchée ou sur l’horizon, le phénomène a également lieu. L’observation des jardiniers était incomplète, c’est à tort qu’on la supposait fausse. »
Les savants viennent ici au secours de la sagesse populaire qui avait fait les mêmes observations depuis belle lurette !
Dans les régions où il gèle, la prudence conseille de ne pas installer les plantes frileuses, (géraniums, pétunias, impatiens, tomates, poivrons, pomme de terre)tant que cette lunaison n’est pas terminée. Si la douceur de la météo vous a quand même incité à tout semer et planter, posez alors un voile de forçage, une cloche ou un tunnel en plastique sur les plantes gélives afin de les protéger pendant la nuit.
Il y a fort à parier que la référence à cette couleur rousse fait allusion aussi au caractère maléfique (supposé !) de notre amie céleste, pourtant si douce au miséreux et aux amoureux, comme le chante la célèbre complainte de la Butte.  Les rousses, disait-on au temps jadis, portaient sur la tête rien de moins que les flammes de l’enfer. Elles étaient suspectes de sorcellerie, redoutées sur les bateaux, accusées de faire tourner le lait et de rancir le beurre. Dès lors rien d’étonnant à ce qu’une rousse, toute planète qu’elle soit, fasse tourner le printemps et rire jaune le jardinier, et jette la désolation au potager !
Et pourtant la lune rousse d’avril est plutôt souvent une lune pâle, de cette pâleur qui « caresse l’opale de tes yeux blasés.. » comme dit la chanson. Cette lune blême qui « jette un diadème » sur les cheveux roux de la petite mendigote de la rue Saint Vincent, a-t-elle donc vraiment une responsabilité personnelle dans les ravages infligés aux végétaux qui vident la bourse des paysans !
Ces moments-là sont souvent des périodes de perturbations auxquelles les végétaux sont particulièrement sensibles. Des semis faits durant ces moments donnent des graines stériles. On constate aussi que le ciel est souvent blanc « mou ». C’est le mauvais temps que nous annonce la jolie complainte, qui nous prépare ainsi aux saints de glace :
« Mais voilà qu'il flotte, la lune se trotte, la princesse aussi. Sous le ciel sans lune, je pleure à la brune, mon rêve évanoui ! »

C’est pendant cette période que se situent les Saints de Glace, dont on n’a retenu que ceux du mois de Mai. Leur influence est d’autant plus à craindre qu’elle coïncide avec la lunaison. S’il faut parler d’influence, il ne faut pas l’attribuer à ces  braves saints qui ne peuvent rien  sur le climat et le temps qu’il fait sinon que la date de leur fête correspond à telle ou telle période où les risques sont grands.
Qui sont-ils donc ces Saints de Glace.  Les premiers sont ceux qu’on appelle : les cavaliers ou encore les saints gresleurs, geleurs et gasteurs de bourgeons selon Rabelais. « Geourgeot, Marquot, Philippot, Crousot et Jeannot sont cinq malins gaichenots [garçonnets] qui cassent souvent nos goubelots [gobelets]. » Pourquoi casseurs de gobelets ? Parce que le froid ou la grêle ces jours–là est néfaste pour la vigne, donc au vin, donc aux pichets et aux gobelets. On dit encore :« Trois saints dont faut se méfier… ».
Saint Georges, est le premier de la liste, le 23 avril.  Sa fête est  accompagnée d’une kyrielle de proverbes et de dictons sur la pluie. « Pluie de saint Georges, coupe les cerises à la gorge ! » ; « S’il pleut à la saint Georges, De cent cerises, restent quatorze. » Ou encore : « S’il pleut à la saint Georgeau, n’y aura guignes ni bigarreaux »
De toutes les façons, qu'il pleuve ou qu'il vente, pour la saint Georges il faut mettre la " graine "- c'est à dire les œufs de ver à soie dans les couveuses, et non plus comme autrefois dans un petit sac pendu sous les jupons des dames ou encore dans leur soutien-gorge…car pour la saint Marc ce sera trop tard, dit un proverbe des Cévennes . C’est en effet entre fin avril  et mai que l’on « élèvait » les vers à soie dans nos Cévennes.
Ensuite Saint Marc le 25 avril, des quatre évangélistes, le plus concret, le plus visuel, avec des récits pleins de fraîcheur. Il est toujours représenté par un lion ou avec un lion. C’est le patron des notaires, sans qu’il n’y ait de véritable relation de cause à effet, car on connaît bien le jargon notarial qui malgré les dépoussiérages et réformes successives, n’en déplaise aux gens de la profession, reste encore bien imperméable au commun des mortels ! on aurait pourtant besoin dans ce domaine de la plus grande des clartés !  « S’il pleut le jour de la saint Marc, Les guignes couvriront le parc » et aussi : « A la saint Marc s’il tombe de l’eau, Il n’y aura pas de fruits à couteau ». C’est à dire de fruits dont on enlève la peau avec un couteau pour les manger.
Saint Philippe était autrefois fêté le 1er mai. « Crouzot » c’est la fête de « l’invention » de la Sainte Croix fêtée le 3 mai et « Jeannot » c’est la commémoration du martyre de Saint Jean l’apôtre, devant la porte dite « latine », à Jérusalem, célébrée le 6 mai.
Saint Robert le 29 avril : « Gelée de saint Georges, saint Marc, saint Robert, récolte à l’envers. »
On dit aussi :« La pluie de saint Robert, Du bon vin emplira ton verre. » Si donc il pleut à ce jour-là, tout ne sera pas négatif…Par contre s’il pleut ensuite pour les saints suivants ce sera différent. Le 30 avril pour Saint Eutrope (ou Tropet) : « Saint Eutrope mouillé, Cerises estropiées. »C’est ce jour-là qu'il faut semer les plantes à fève et notamment les "fayots" de toutes sortes. Je reprendrai ce thème des saints de glace au mois de mai, puisque leur liste continue de se dérouler jusqu’au 15 mai, et en particulier en parlant de ceux dont on parle le plus :« Mamert, Servais et Pancrace, voilà les trois saints de glace ».

A Diou sias !                                                                    
Jean Mignot,  le 2 avril  2017