lundi 31 août 2026

A propos du mois de Septembre

 

A propos du mois de Septembre

 

« Quand li bestiari fagueron li més, chascun faguè lou siéu à sa fantasié. Lou reinard venguè lou darriè, car en estènt que se mesfisavon d’èu, l’avien pas vougu. - Ben, ié diguè, coum’avès fa ? - Aven fa lou mes de janvié, aqui i’a de fre ; aven fa lou mes d’abriéu, aqui i’a de plueio ; aven fa lou mes de setèmbre, aqui i’a de toute meno de frucho…- Eh ! bedigas ! cridé lou reinard, que noun fassias ounge mes de setèmbre ! passavian l’autre à rapuga ! » Voilà une bonne description de ce qui marque le mois de septembre, empruntée au grand Frédéric Mistral  (l’Armana Prouvençau de 1853). « Quand les animaux firent les mois, chacun fit le sien à sa fantaisie. Le renard vint le dernier car étant donné qu’ils se méfiaient de lui, ils  l’avaient laissé de côté ( ils ne l’avaient pas voulu, - sous entendu - avec eux). Il leur dit alors : Comment avez-vous fait ? - Nous avons fait le mois de janvier, là il fait froid ; nous avons fait le mois d’avril, là il y a la pluie, nous avons fait le mois de septembre, là il y a toute sorte de fruits. - Eh bien imbéciles ! leur cria le renard, pourquoi n’avez- vous donc pas fait onze mois de septembre, nous aurions passé l’autre ( le douzième) à  grappiller. »

En septembre c’est en effet le moment des récoltes des fruits avant les vendanges. Il faut gauler les noix, cueillir les reines-claudes, les quetsches et les mirabelles, si ce n’est pas déjà fait depuis fin août, puis les figues les pommes et les poires pour finir avec les raisins.

« En septembre se coupe ce qui pend ! » - « au mois de septembre figues à prendre » dit-on en Gascogne ou en Touraine : « Pour la bonne Dame de Septembre (le 8) tout fruit est bon à prendre ! » Et à la fin du mois il y aura presque partout les vendanges : « Août mûrit, septembre vendange ; en ces deux mois tout bien s’arrange ! ».

Et les figues ! On sait le rôle qu’ont joué dans l’antiquité les figues, les figuiers et leurs feuilles. Si on sait bien l’usage  qu’ont fait de la feuille de vigne Adam et Eve, on  sait moins que Romus et Romulus furent abandonnés et trouvés sous un figuier. Il faut se souvenir que Caton, montrant de superbes figues venues de Carthage,  décida le Sénat à entreprendre la troisième guerre punique. Je rappellerai très sommairement  que « punique » vient  du grec poenus du non de ces phéniciens ( Carthaginois)  qui avaient créé en Afrique du Nord une des plus grandes civilisations commerciales et militaires qui faisait de l’ombre à la civilisation romaine d’où les trois guerres puniques. Il est pour le moins curieux de remarquer que « punique » devenu adjectif, évoque la ruse et la perfidie que les Romains prêtaient aux Carthaginois. On dit même «  punica fides » quand on parle de « mauvaise foi » !

Les figues sont «  amies des philosophes » comme les désigne Platon, car elles «  renforcent l’intelligence ». Les figues sont d’excellents remèdes. L’école de Salerne , une école de Médecine célèbre au Moyen-Age en Sicile, indique que la figue «  nourrit, engraisse, lâche le ventre, adoucit la poitrine et guérit beaucoup de tumeurs ». Ses propriétés l’ont fait classer parmi les quatre fruits pectoraux avec la datte le jujube et les raisins secs. Cette année il y a beaucoup de figues malgré la sécheresse, chez nous du moins : « année de figues, pauvres greniers » indique un dicton de la vallée du Rhône !

En septembre les fruits arrivés à maturité  seront très bons mais ceux qui ne seront pas encore mûrs ne mûriront sans doute pas durant ce mois.   Un vieux dicton nous dit : «  ce que le mois d’août n’a pas mûri, ce n’est pas septembre qui le fera ! ». En effet les premiers jours de ce mois sont encore des jours d’été mais les nuits sont fraîches et bien vite. Avec l’équinoxe,  le mois va nous faire entrer en automne. Les fruits non parvenus à maturité ne seront plus bons pour la cueillette.

En septembre on cueille les noix et les pommes le 14, pour la Sainte Croix : « Pour la sainte Croix, cueille les pommes et gaule les noix ».

De nombreux poètes ont récemment pris la place des dictons en louant, le ciel de septembre comme Didier Barbelivien dans sa belle chanson « Au cœur de Septembre » qui chante le ciel « plus gris que bleu », « la prairie un peu moins verte », ou Gilbert Bécaud qui nous décrit, dans « C’est septembre »,  les oliviers chargés d’olives qui « baissent les bras », les raisins qui « rougissent du nez » le sable de la plage qui est « devenu froid »  ou Barbara qui nous chante si bien dans sa chanson « Septembre » cette fin de l’été qui « n’a jamais paru si belle » et le départ prochain des hirondelles.

Même les animaux avec le tintement de leurs sonnailles sur les chemins de la transhumance nous annoncent le froid et la pluie qui arrivent : « Lis esquilo fan veni li nivo » ; «  les cloches font venir la neige »

On s’active aux champs pour les dernières récoltes ; les labours préparent les semences d’automne, et cela va être le moment de la fin des baux. « En septembre, les feignants peuvent s’aller pendre » tant il y a du travail.  «  Septembre le vaillant surmène le paysan ». Et ceux qui sèmeront à la saint Janvier, le 19 septembre, «  de l’an récolteront le premier » c’est à dire des primeurs car ils auront semé tôt dans la saison pour récolter dès le début du printemps prochain

Les jours qui ont au début du mois une durée moyenne de douze heures trente minutes, vont diminuer d’une heure quarante-six minutes. D’où la nécessité de prendre des dispositions pour éclairer nos soirées, parfois encore au jardin. Aujourd’hui on met des bougies parfumées ! Avant  on mettait en route la lampe à huile : « Oou mes de setembre, Lou calen es a pendre » ; Au mois de septembre, la lampe à huile est à suspendre ! Ainsi vont commencer les journées courtes de l’hiver : « A la Bonne Dame de septembre, Bonhomme, allume ta lampe. Quand vient le Vendredi Saint, Bonhomme, ta lampe éteins ! ». On dit cela aussi le 1er septembre pour la saint Loup : « A la saint Loup, la lampe au clou »

Septembre est un mois où il y a beaucoup de foires, foire «  du 9 «  au Vigan » foire de la saint Firmin à Uzès ( mais on l’a supprimée)), foire du 22 encore au Vigan, foire de la Saint Michel à Nîmes et en bien d’autres endroits. C’est à l’occasion de ces rassemblements festifs qu’on vendait les récoltes, et aussi qu’on  « débauchait » ou « embauchait  » les commis de ferme et les autres personnels. D’où les conseils de prudence donnés pour la saint Lambert le 17 : « Le jour de la saint Lambert, qui quitte sa place la perd ! » C’est dans la deuxième quinzaine de septembre, en effet,  que se préparaient, entre fermiers, ouvriers et commis, les engagements réciproques pour l’année agricole à venir. Celui qui sans y être contraint, quittait alors sa place, courait grand risque de ne pas la retrouver C’est aussi le  jour de la saint Michel, devenue maintenant fêtes des saints Archanges,  que prennent fin traditionnellement les baux de fermage, ou qu’ils sont renouvelés.

Je dois souligner ici que ces mutations et changements de baux ou de contrats étaient liés à l’équinoxe d’automne et que c’est la réforme du calendrier grégorien qui avec le décalage de dix jours qu’elle a entraîné, a rattaché ces dictons à Saint Michel qui n’est pour rien dans cette affaire.

Si ces rassemblements étaient des occasions de rencontres, ils ont aussi souvent été occasion de troubles, ou de bagarres entre bandes rivales, affrontements qui se sont maintenant déplacés un peu trop souvent dans nos fêtes votives. En 1567 à Nîmes, cinq ans avant la terrible Saint Barthélémy, Protestants et Catholiques se sont sérieusement affrontés au cours de la terrible « Michelade ».Il faut s’en souvenir , mais à l’heure de l’œcuménisme il ne semble pas bien séant d’en parler. L’honneur est sauf puisque l’évêque de l’époque, qui allait être égorgé, n’avait dû son salut qu’à l’intervention d’un soldat du clan parpaillot nommé Jacques Coussinal qui le sauva en le prenant sous sa protection. A Nîmes comme à Paris on a fait  disparaître les traces physiques de ces massacres  de septembre,  avec l’objectif clairement exprimé d’éviter des pèlerinages déplacés.

Plus sereinement, en revenant aux champs, aux cultures, aux saisons je rappellerai encore que  la saint Michel marque les derniers jours de chaleur : « A la saint Michel, la chaleur monte au ciel. » C’est  le dernier délai pour le départ des hirondelles : « A la saint Michel, départ des hirondelles ! » Et si ces hirondelles se sont attardées jusqu’à cette date c’est parce qu’il peut faire encore très beau : « Quand l’hirondelle voit la saint Michel, L’hiver ne viendra qu’à Noël ! »

J’aurais pu vous parler encore de Saint Gilles, ce jeune grec bien de chez nous, venu retrouver saint Vérédème dans son ermitage des gorges du gardon, puis fâché, - eh oui ça arrive même quand on est saint !- parti s’installer dans la forêt de Sylvéréal sur les bords du petit Rhône et devenu le grand Saint Gilles, si connu des pèlerins de Compostelle qui empruntent  la Via Arletanensis ou Via Eagidia ou encore Via Francigena. Les marcheurs sur le chemin de Saint Gilles partis du Puy en Velay vont arriver ce début septembre au terme de leur pèlerinage à Saint Gilles du Gard, avec grand concours de fêtes et de cérémonies. «  S’il fait beau à la saint Gilles, cela durera jusqu’à la saint Michel ». Mais : «  les vents de saint Gilles et suivant, repassent en fortes bises bien souvent ». Ne nous réjouissons pas trop vite donc !

J’aurais pu vous parler de saint Firmin aussi notre évêque d’Uzès fêté maintenant non plus en septembre mais en octobre. Quoiqu’il en soit le proverbe est resté : « A la saint Firmin l’hiver est en chemin ». Ça c’est pour le 25 septembre. Ou encore de  Côme et Damien dont la fête est le 27 de ce mois.  Ce sont les patrons des médecins chrétiens : « Chirurgiens de haut parage, Saint Côme et Damien, sur moy faictes un chef d’ouvrage, de mes maux froissez le lien ! » Ou encore : « Servez saint Côme et Damien, vous vous porterez toujours bien ! »

Ces saints populaires vont nous préparer à affronter l’automne et ses pluies : « Quand l’aoubo de san Miqueou est tapado, Ploou quaranto jou e pie uno pasado » ; « Quand l’aube de la saint Michel est couverte, il pleut quarante jours et plus encore… » ; « Lei pluio de san Miqueou Soun jamaï restado au ceou »  « Les pluies de saint Michel, ne sont jamais restées au ciel… »

Préparons-nous à hiverner : « en septembre si tu es prudent, achète grains et vêtements ». Traditionnellement on achetait des vêtements neufs à l’occasion des foires dont j’ai parlé, grâce au produit des ventes des récoltes.

Notre neuvième mois de l’année nous fait rentrer, avec l’automne qui arrive, dans le système décimal avec les autres mois qui suivront jusqu’à la fin de l’année. Il s’est appelé un moment Tibérius, puis Germanicus et même Tacitus, car le Sénat romain avait voulu reproduire ce qui s’est passé pour Juillet et Août en baptisant les mois du nom des empereurs. Ces innovations motivées par la flatterie furent sans lendemain. Ouf ! car Néron aurait bien voulu lui aussi avoir un mois portant son nom. Septembre a prévalu, nous rappelant ainsi ces réformes des calendriers dont je vous ai souvent entretenus, et ce tout premier calendrier des habitants du Latium, adopté par Romulus à la fondation de Rome  qui déterminait une année. Avec Octobre, Novembre et décembre il garde donc un nom qui se réfère à son ancienne place. 'on continue encore à écrire parfois : 7bre, 8bre, 9bre, 10bre notamment dans les anciens actes d'Etat Civil, bien que leur place dans le calendrier "Julien" et aussi "grégorien "les situe à une autre place en fin d'une douzaine!  On est fort heureusement revenu à 12 mois et à des saisons qui collent plus à la durée du cycle solaire. 

Avec le calendrier révolutionnaire Septembre était devenu Vendémiaire, même si le réchauffement climatique fait que nos vendanges ont lieu de plus en plus tôt comme cette année -  et le mois des récoltes comme je l'ai évoqué. Longtemps mois du début de l'année à cause de Valmy et de la première République avec son calendrier "républicain" il reste le mois de la rentrée, scolaire mais aussi politique. On va voir ce qu’on va voir ! Avec cette fois le risque vu la conjoncture qu’on se fasse bien raser, et pas gratis !


Bon automne, Bonne rentrée, bon travail !

Adissias !                                                                                                                                              Jean Mignot

                                                                                                                                                      Le 31 du mois d’août                                                                                                                                                                 (sur un air connu)

 

jeudi 25 juin 2026

 Ce texte n'est pas de moi ! qu'il vous apporte un peu de fraîcheur ! 

Sécheresses (Grandes), et  étés caniculaires
à travers les siècles

(D’après « Des changements dans le climat de la France », paru en 1845)

 Mis à jour le JEUDI 1ER AOÛT 2013,

 
 
 
Quel est le degré de température de nos grands étés ? Ici revient l’insurmontable difficulté de fixer au juste, avant l’usage du thermomètre, l’intensité du froid ou de la chaleur. Un artifice fondé sur les rapports reconnus entre certains phénomènes naturels et les mouvements du thermomètre, fournit les mesures approximatives de nos grandes chaleurs et sécheresses.

De Humboldt a posé en principe que la végétation des arbres exige au moins une température moyenne égale à 11°. Le chiffre de cette température répond encore au point où la chaleur de l’air commence à devenir sensible. Ce degré assez fixe peut être pris pour le premier terme d’une échelle de nos grandes chaleurs. Messier a quant à lui constaté que le maximum de la chaleur à Paris, le 8 juillet 1793, a marqué 40°. C’est à peu près la plus haute température, excepté celle de l’été 1705 à Montpellier, observée en France, le thermomètre au nord, isolé, à l’ombre, à l’abri des réverbérations et à l’air libre.

DATES DE NOS GRANDS ÉTÉS ET GRANDES SÉCHERESSES :

* VIe siècle : 580, 582, 584, 585, 586, 587, 589, 591
* VIIe siècle : 675, 700
* VIIIe siècle : 783
* IXe siècle : 874, 892
* Xe siècle : 921, 987, 994
* XIe siècle : 1078, 1094
* XIIe siècle : 1137, 1183, 1188
* XIIIe siècle : 1204, 1212, 1226, 1287
* XIVe siècle : 1305, 1306, 1325, 1331, 1334, 1361, 1384, 1392
* XVe siècle : 1473
* XVIe siècle : 1540, 1553
* XVIIe siècle : 1632, 1674, 1684, 1694
* XVIIIe siècle : 1701, 1712, 1718, 1719, 1726, 1727, 1767, 1778, 1793
* XIXe siècle : 1803, 1811, 1817, 1825, 1842, 1858, 1875, 1893

Les graduations intermédiaires peuvent se déduire des rapports de la température avec les mouvements de la végétation. Par exemple, les fruits à noyau fleurissent ordinairement au milieu du mois de mars, sous une chaleur extrême de 17°. La floraison des vignes et la maturité des premiers fruits se rencontrent, vers le même temps, du 15 au 30 juin : le maximum moyen de la température indique alors 32°. Les récoltes d’été, depuis celle du seigle jusqu’à celle du vin, ont lieu, année commune, entre le 20 du mois de juin et le 20 du mois de septembre ; or, la température extrême des mois de mai, juin, juillet et août, qui influent le plus sur ces récoltes, égale moyennement 35° ; enfin, au delà de 35°, si cet excès de chaleur dure assidûment plusieurs jours ou se répète trop souvent, les plantes se dessèchent et les récoltes périssent. Ainsi, on peut estimer, d’après ces évaluations approximatives, la chaleur thermométrique de nos anciens étés.

En 580, les arbres fleurirent une seconde fois aux mois de septembre ou d’octobre. Des pluies abondantes et des inondations terribles avaient précédé cette floraison inaccoutumée ; et la chaleur, dont elle était la suite, fut accompagnée de tremblements de terre, d’incendies et de grêles, spécialement à Bordeaux, à Arles et à Bourges. Cette seconde floraison fait supposer au moins une température printanière prolongée, soit 12° à 14° de chaleur moyenne, et 24° à 25° de chaleur extrême.

La chaleur de l’année 582 fit fleurir les arbres au mois de janvier. En 584, on eut des roses en janvier : une gelée blanche, un ouragan et la grêle ravagèrent successivement les moissons et les vignes ; l’excès de la sécheresse vint consommer ensuite les désastres de la grêle passée : aussi ne vit-on presque pas de raisins cette année ; les cultivateurs désespérés livrèrent leurs vignes à la merci des troupeaux.

Cependant les arbres, qui avaient déjà porté des fruits au mois de juillet, en produisirent une nouvelle récolte au mois de septembre, ce qui implique régulièrement 20° à 24° de chaleur moyenne, et 32° à 34° au moins de chaleur extrême ; quelques-uns refleurirent encore au mois de décembre, et les vignes offrirent à la même époque des grappes bien formées, augurant 12° à 14° de chaleur moyenne, et 24° à 25° de chaleur extrême. Les arbres refleurirent au mois de juillet 585 ; ils refleurirent encore au mois de septembre 586, et un grand nombre de ces derniers, qui avaient déjà porté des fruits, en produisirent une seconde fois jusqu’aux fêtes de Noël. Au mois d’octobre 587, après la vendange, les vignes présentèrent de nouveaux jets avec des raisins bien formés.

Les arbres refleurirent pendant l’automne de 589, et ils donnèrent ensuite d’autres fruits : on eut aussi des roses au mois de novembre. La sécheresse excessive de 591 consuma toutes les prairies. Celle du long été de 874 fit manquer les foins et les blés. Les mois d’avril et de mai 892 furent en proie à une extrême sécheresse. L’année 921 se fit remarquer par de nombreux orages. Des chaleurs intenses et une sécheresse extrême régnèrent depuis, presque sans interruption, pendant les mois de juillet, août et septembre. L’extrême chaleur de l’été de 987 réduisit de beaucoup les récoltes. En 994, la disette des pluies tarit les fleuves, fit périr les poissons dans la plupart des étangs, dessécha beaucoup d’arbres, brûla les prairies et les moissons.

L’été de 1078 fut encore très sec : la vendange s’avança d’un mois ; c’est un signe de chaleurs précoces et d’une intensité moyenne de 24° à 25° au moins, et d’une intensité extrême de 35° au moins. Le vin fut abondant et fort bon. En 1094 la sécheresse fut extraordinaire. Celle de 1137 se déclara au mois de mars et persévéra jusqu’au mois de septembre, tarissant aussi les puits, les fontaines et les fleuves. Une sécheresse insolite accompagna la grande chaleur de 1183 ; elle sécha dans plusieurs endroits les rivières, les fontaines et les puits. Les mêmes phénomènes trahissent la sécheresse de 1188 : un grand nombre d’incendies se déclarèrent à Tours, à Chartres, à Beauvais, à Auxerre, à Troyes, etc.

Il ne plut pas ou presque pas pendant les mois de février, mars et avril 1204 : de fortes chaleurs succédèrent à ces trois mois de sécheresse. L’année 1212 fut très sèche. L’extrême sécheresse de l’année 1226 entraîna la ruine de presque toutes les récoltes d’été : l’automne de cette année se montra encore chaud et sec ; enfin, un hiver sec, très froid prolongea la sécheresse jusqu’au mois de février suivant. Cette chaleur sèche continue produisit dans toute la France une quantité prodigieuse de vin. Il ne plut pas pendant tout l’été 1287 ; les puits et les fontaines tarirent.

En 1305, il y eut une grande sécheresse en été ; la sécheresse fut aussi excessive en 1306 au printemps et en été. La sécheresse fut si grande en 1325, qu’on eut à peine la valeur de deux jours de pluie dans le cours de quatre lunaisons : il y eut cette année-là une chaleur excessive mais sans éclairs, tonnerres ni tempêtes, peu de fruits, seulement les vins furent meilleurs que de coutume. En 1331, aux longues pluies qui avaient duré depuis le commencement du mois de novembre de l’année précédente jusqu’au commencement de cette année, succéda une si grande sécheresse qu’on ne put labourer la terre à cause de sa dureté. L’hiver suivant fut pluvieux et très peu froid ; il n’y eut presque pas de gelées.

La sécheresse de l’été 1334 fut suivie d’un hiver très humide ; il y eut beaucoup de vins, mais moins chauds que l’année précédente. Les sources tarirent pendant l’été de 1384 par le manque de pluies et la sécheresse insupportable qui régna dans toute la France. La sécheresse opiniâtre de l’été 1392 tarit les sources et empêcha les plus grands fleuves de la France d’être navigables. L’été de 1473 fut très chaud : la chaleur se prolongea depuis le mois de juin jusqu’au 1er décembre ; il n’y eut ni froid, ni gelées avant la Chandeleur. Labruyère-Champier et Fernel ont signalé les grandes chaleurs générales de l’été de 1540. En 1553, la chaleur brûlait tout au mois de juin.

La sécheresse de 1632 dura depuis le 12 juillet jusqu’au 15 septembre. Nous mesurons plus sûrement, grâce aux observations thermométriques, les degrés de chaleur des grands étés suivants. L’année 1684, classée par J.-D. Cassini au nombre des plus chaudes, dans un tableau des grandes chaleurs de Paris, qui comprend quatre-vingt-deux ans, a présenté, seulement sous ce climat, soixante-huit jours d’une température de 25°, entre midi et trois heures ; seize jours d’une température de 31°, et trois jours d’une température de 35°. Ainsi le thermomètre s’éleva trois fois, de midi à trois heures, le 10 juillet, le 4 et le 8 août, à 35° au moins. Les observations udométriques commencées en France par Lahire, en 1689, ne fournissent pas moins d’exemples de ces grandes sécheresses. Les plus considérables depuis cette époque appartiennent aux années 1694, 1719, 1767, 1778, 1793, 1803, 1817, 1825, 1842, 1858, 1875, 1893. A Paris, le thermomètre marqua 40° à trois heures et demie le 17 août 1701.

 

Les deux années de 1718 et 1719 eurent l’une et l’autre des chaleurs sèches, violentes, longues et soutenues. A Paris, le 7 août 1718, le thermomètre de Lahire, malgré son exposition défavorable, indiqua néanmoins vers trois heures de l’après-midi 35° ou 36° : il s’éleva aux mêmes chiffres le 11, le 21 et le 23. Un hiver très doux succéda à ces chaleurs. La plupart des arbres se couvrirent de fleurs dès le mois de février et de mars 1719.

Les fortes chaleurs reparurent avec le mois de juin. Plus intenses que celles de l’année précédente, elles durèrent aussi beaucoup plus longtemps. A Paris, le thermomètre de Lahire indiqua au maximum une température de 37° ; en outre, la table de Cassini attribue à cet été quarante-deux jours d’une température de 31° ; enfin, les chaleurs ont persévéré trois mois et demi, depuis le mois de juin jusqu’à la moitié du mois de septembre. L’extrême abaissement des eaux de la Seine au pont de la Tournelle, durant cette année si sèche, donna le zéro des mesures pour les hauteurs variables de ce fleuve. Le père Feuillée, cité par Maraldi, écrivait en même temps de Marseille que des chaleurs insolites y avaient fait refleurir les arbres au mois d’octobre, et qu’ils s’étaient plus tard chargés de nouveaux fruits. Les froids survenus au mois de décembre empêchèrent ces fruits de grossir comme à l’ordinaire, mais ils ne les empêchèrent pas d’aboutir à une parfaite maturité. Le père Feuillée ajoute qu’il a cueilli, le 18 décembre, des cerises et des pommes complètement mûres.

L’été de 1726 débuta vers la fin du mois de mai, continua ensuite durant les mois de juin, de juillet et d’août. Cassini y a compté à Paris soixante-deux jours d’une température de 25°, et dix jours d’une température de 31°, sa plus grande chaleur, observée le 27 et le 28 août, ayant égalé environ 34°. Les fruits mûrirent un mois plus tôt qu’à l’ordinaire. Le maximum de la chaleur fut beaucoup plus précoce en Provence. A Toulon et à Aix, il eut lieu le 13 et 14 juillet. C’est en 1726 que Delande vit à Brest son baromètre parfaitement immobile depuis le 2 février jusqu’au 1er septembre.

Les chaleurs de l’année 1727 ont duré bien davantage. Après un hiver modéré, le thermomètre commença à monter le 7 février. Le 10 mai suivant, il marquait déjà, au lever du soleil, 18°, et à deux heures le soir près de 27°. Les chaleurs se soutinrent en augmentant pendant les mois de juillet et d’août. Le 7 de ce dernier mois, à trois heures de l’après-midi, elles atteignirent le maximum de 35° ; depuis, la température ne cessa d’être élevée le reste du mois d’août et dans le cours du mois de septembre.

L’été de 1778 eut aussi des chaleurs fortes, longues et constantes. Sous leur influence, plusieurs arbres fruitiers fleurirent une seconde fois ; deux ceps de vigne en espalier contre le mur de l’ancien corps de garde du quai Malaquais, à Paris, offrirent même le 10 octobre, après avoir refleuri, des grappes assez grosses. Mourgue et Lamanon ont signalé les mêmes chaleurs, l’un à Montpellier et l’autre à Salon. Ces chaleurs insolites régnèrent principalement dans les mois de juillet et d’août ; elles furent sèches et sans nuages : ce grand été se fit d’ailleurs remarquer par la fréquence des inondations, des orages, des ouragans et des tremblements de terre.

Les chaleurs de l’été 1793 éclatèrent brusquement. Les mois de mai et de juin avaient été très froids ; il avait gelé à glace durant ces deux mois, il était tombé beaucoup de neige sur les Alpes et d’autres montagnes ; enfin, on avait vu dans la basse Autriche des chariots chargés traverser une rivière à la fin du mois de juin. Les grandes chaleurs commencèrent à paris le 1er juillet ; à Montmorency, après le 4. Elles augmentèrent si rapidement, que la journée du 8 figure déjà parmi les époques de leur maximum. Pendant tout le mois, le thermomètre se balança, au milieu du jour, entre 40° et 25° à 26°, en indiquant douze fois 24° à 34°, et dix fois 34° à 40° ; son élévation ne fut guère moindre les dix-sept premiers jours du mois d’août. Le maximum de la chaleur a donné 38°4 le 8 juillet à l’Observatoire royal de paris, et 40° le 16 du même mois à l’Observatoire de la marine. Durant ces grandes chaleurs, le vent resta fixé au nord, le ciel fut presque toujours beau, clair et sans nuages.

Ces grandes chaleurs ont été très sèches, quoique entrecoupées de violents orages, lourdes et accablantes ; elles différèrent peu du jour à la nuit et du matin au soir. Les objets exposés au soleil s’échauffaient à un tel degré qu’ils étaient brûlants au toucher. Des hommes et des animaux moururent asphyxiés, les légumes et les fruits furent grillés ou dévorés par les chenilles. Les meubles et les boiseries craquaient, les portes et les fenêtres se déjetaient ; la viande, fraîchement tuée, ne tardait pas à se gâter. Une transpiration incessante macérait la peau, et le corps nageait continuellement dans un bain de sueur fort incommode. C’est surtout le 7 juillet qu’on a pu constater de semblables effets. Le vent du nord vint apporter ce jour-là une chaleur si extraordinaire, qu’il paraissait s’exhaler d’un brasier enflammé ou de la bouche d’un four à chaux. Cette chaleur était étouffante, régnait par un ciel très clair, arrivait par bouffées intermittentes, et produisait à l’ombre une impression aussi brûlante que celle des rayons du soleil le plus ardent.

En 1803, il plut très peu du 4 juin au 1er octobre. La pluie augmenta vers le commencement d’octobre ; après quoi, la sécheresse reprit et se soutint de nouveau jusqu’au 9 novembre. Cette sécheresse continua donc quatre mois de suite et plus de cinq mois en tout, sauf la courte interruption des premiers jours d’octobre. Les puits et les fontaines tarirent. A Paris, le petit bras de la Seine resta presque à sec, et le niveau du fleuve indiqua, le 21 et le 27 novembre, 24 centimètres au-dessous de zéro. Dans quelques départements, l’eau manquait absolument ; on allait en chercher à trois ou quatre lieues, et il en coûtait trente sous pour abreuver un cheval.

En 1811, les chaleurs furent partout précoces, intenses et prolongées. Les moyennes mensuelles de la température de Paris dépassent, cette année, de plusieurs degrés, les mois de janvier et d’août exceptés, les moyennes mensuelles déduites de vingt-et-un ans. Cet excès de chaleur éclata tout d’un coup dès le mois de février ; elle se soutint presque sans interruption, ou plutôt en augmentant de mois en mois, pendant les mois de mars, d’avril et de mai, avant de marquer une pause.

A Nancy, la chaleur commença le 15 mars, et persista avec opiniâtreté jusqu’au 6 août. Cette chaleur sèche tarit de bonne heure un grand nombre de ruisseaux que personne n’avait jamais vus à sec, compromit les prés et les semailles printanières, avança toutes les récoltes et rendit fort abondante celle des grains et des raisins. La vigne fleurit le 24 mai, au lieu de fleurir vers le 24 juin. La moisson eut lieu du 10 au 20 juillet, et la vendange dès le 8 septembre. Dans le Midi, les vents du sud, vents chauds, humides et étouffants, se prolongèrent en Provence jusqu’à la fin de l’année. Au midi comme au nord, la chaleur et la sécheresse de 1811 épuisèrent la plupart des sources, desséchèrent les torrents et les fleuves, précipitèrent la maturité des fruits, consumèrent les plantes fourrageuses, et favorisèrent, en général, les récoltes de vin.

L’été de 1842 mérite aussi de compter parmi nos grands étés, sa chaleur étant plus intense dans le nord que dans le Midi. A Paris, elle commença dès le 5 juin, et se prolongea à travers de rares intermittences jusqu’au mois de septembre. Le caractère de cette chaleur, en générale orageuse et sèche, la rendait encore plus sensible. Beaucoup de marronniers de nos jardins publics, qui avaient perdu leurs feuilles au mois de juillet, refleurirent à la fin du mois d’août.

 

Alors canicule 2026 ? il faudra compléter cet article !

 

jeudi 26 mars 2026

les Vaquerieu de mars 2026

 Li Vaquerieu 2026

 

Les quelques jours de soleil de cette fin mars nous ont laissé penser que le printemps était enfin arrivé. C’était compter sans ce curieux mois de mars qui, nous le disent les vieux dictons de nos Anciens « Ce que mars couve, on ne le sait qu’après son trente et unième jour ». Ou encore : « Soit au commencement, soit à la fin, mars montrera son venin ». En pays d’Oc on dit « Mars marsejo » ce qui veut bien dire : « mars fait son temps de mars », c'est-à-dire mars n’en fait qu’à sa tête ! Mars est capricieux. On l’oublie un peu vite ! Or si nos Anciens ont tiré des leçons de ces caprices de mars c’est bien parce qu’ils s’étaient aperçus que cela se reproduisait fréquemment.

Les différents services de météorologie nous annoncent depuis plusieurs jours une chute des températures et en particulier le matin et nous pouvons déjà le constater.

« Une ou plusieurs vagues de froid destructrices pour l'agriculture arrivent en France ces prochains jours » écrit Météo Languedoc. C'est un phénomène qui se reproduit souvent au point que ça a donné naissance à une vieille légende/histoire qu'on retrouve avec des versions différentes, tout autour du bassin méditerranéen. Ça a même fait l'objet d'un livre ! Mistral écrit dans Mireille : « e li jour negro de la vaca ». Ces jours redoutés du monde paysan s'appellent « li vaquerieu ».

J’ai souvent rappelé cette légende même si elle ne se reproduit pas chaque année, cycle lunaire aidant. Par exemple les marées de l’équinoxe n’ont pas toujours lieu autour du jour de l’équinoxe comme cette année.;

On peut donc s’attendre, une fois de plus, à ce que nos médias nous servent du « jamais vu ! » ou « record de température » ou « nouvelle offensive du froid » et autres termes usant abusivement de toutes sortes de superlatifs alors que ce n’est pas si nouveau que ça qu’il fasse mauvais à la fin du mois de mars. A preuve nos dictons et cette vieille histoire/légende de la vieille « ou jours de la vache »

La voici dans une version adaptée par mes soins, selon ce dont j’ai lointain souvenir de ce que j’ai entendu dans mes Cévennes. Une étude plus approfondie des différentes versions serait un bon sujet pour des étudiants d’écoles spécialisées. Ceux qui sont intéressés peuvent se procurer l’ouvrage : « les jours de la vieille » de Marcelle Delpastre et Albert Pestour édité par la Société d’études historiques et archéologiques de la moyenne Corrèze, à Tulle en 1961.

« La vieille » prend une signification météorologique. En Provence elle représente souvent la nature.

Le journal local « le Républicain d’Uzès » avait donné dans ses pages, il y a une trentaine d’années, la version la plus proche de celle que je connais par tradition orale et qui est aussi la version de Frédéric Mistral qui dans « Mireille » écrit sur ces jours de mars « e li jour negre de la vaco » : «  ce sont les jours noir de la vache ».

Une vielle dame, s’étant gaussée d’un hiver bien peu rigoureux, avait perdu son troupeau de brebis, à cause des assauts du mauvais temps, par périodes de rafales brusques et imprévues, que rappellent à notre mémoire quelques vieux dictons bien connus de nos Anciens.

Elle ne se découragea pas pour autant et remplaça son troupeau par autant de vaches plus robustes, pensait-elle…

Le mois de mars fut favorable à son élevage et elle n’avait qu’à s’en féliciter. A la lumière de l’expérience elle eût dû en rester là. Elle eut la sottise de dire : « En escapan de mars e de marséu, aï escapa mi vaco e mi vedéu. », (En échappant à mars et à ses giboulées J’ai sauvé mes vaches et mes veaux).

Fâché d’une telle ingratitude, le mois de mars va trouver son voisin : « « Abriéu, n’aï plus que tres jour, presto-m’en quatre li vaco de la vieio faren batre. ». (Avril, je n’ai plus que trois jours, prête-m’en quatre, les vaches de la vieille nous ferons battre= mourir).  Avec l’accord d’avril, une gelée tardive tua la végétation et cette fois encore la vieille perdit son troupeau.

Il existe plusieurs variantes de cette histoire selon les régions ou les pays, notamment tout autour du bassin méditerranéen.

En Provence on raconte qu’après un hiver peu rigoureux, une vieille se moqua du mois de février parce que celui-ci n’avait pas été très rude. Comme en cette année 2026. Le mois de février en fut très fâché. Il demanda au mois de mars de bien vouloir lui prêter trois jours. Alors se leva un mistral fou qui emporta tout sur son passage. Il fit froid. Le troupeau de brebis – les bédigue s- de la vieille moururent. Elle se lamenta quelques jours puis décida d’acheter des vaches car elle pensait qu’elles résisteraient mieux au mauvais temps. Vers la fin du mois de mars, il faisait beau, les arbres fruitiers avaient déjà fleuri, les rosiers commençaient à ouvrir leurs boutons.  L’équinoxe était passée, le printemps était là. La vieille dansait de joie pensant avoir sauvé vaches et veaux. Mars se vexa et voyant que le mois allait se terminer sans qu’il ait pu faire périr les vaches de la vieille, il se retourna vers son voisin avril et lui demanda de lui prêter quatre jours. Des gelées survinrent et brûlèrent la végétation. Les vaches périrent. Ainsi, soit durant les derniers jours de février, soit les trois premiers jours de mars ou pendant les derniers jours de ce mois ou encore au début du mois d’avril on peut encore entendre, dans les campagnes de nos pays d’Oc, les lamentations de la vieille, portées par le fort vent qui souffle.  

En pays catalan ou dans d’autres régions de France on retrouve avec des variantes. On trouve même des versions à caractère grivois !

D’autres légendes courent sur ce thème en Italie, en Espagne, en Grèce et chez les Serbes, en Roumanie,  en Bulgarie, ou au Maroc, et dans bien d’autres lieux.

Selon certaines, la vieille, sortant trop tôt son troupeau de l’étable, voit celui-ci pétrifié. D’autres disent que c’est la vieille elle-même qui est pétrifiée comme chez les Aït Ouaran qui disent que les mégalithes du Mont Buiblan, ou le mont lui-même, au sud de Taza, au Maroc, sont la vieille pétrifiée au milieu de son troupeau.

A Fez, chez les Hayaina, on parle d’une vieille enlevée avec son troupeau de chèvres par un torrent en crue. Selon les lieux on trouve en effet des variantes sur le bétail : moutons et brebis, chèvres ou vaches. Ou même d’une seule vache et de son veau. Chez les Seksawa, plus au sud du Maroc, on dit que la vieille fit tondre son troupeau trop tôt croyant le froid fini, ce qui contribua à faire périr les moutons. Chez les Ntifa on parle pour ces jours de fin mars du « jour de la Chèvre ».

Ce qu’il faut retenir, c’est que la nature n’a pas fini de nous surprendre. Qu’il faut la respecter, sinon elle sait nous rappeler à l’ordre. Car « si l’hiver ne janvroie, si février ne févroie, mars vient qui ne laisse rien » dit-on en Eure et Loir. C'est-à-dire que janvier se doit d’être froid et février pluvieux, sinon les effets de l’hiver surgiront en mars, anéantissant toutes les promesses de récolte.  

Comme on ne connait plus cette vieille légende qui pourtant dépasse nos frontières, on se contente de parler des giboulées de Mars. Elles illustrent le combat entre les derniers souffles de l’hiver et les prémices du printemps, grésil n neige fondue, grêle vents forts et chute des températures d’au moins ou phénomène plus proche de celui de la Lune Rousse ? On sait en effet que le soleil de ces derniers n’a pas été assez fort pour réchauffer suffisamment la terre. Le « fonds de l’air est resté frais » ! La terre se froidit vite la nuit et ne peut restituer assez de chaleur aux jeunes pousses de la végétation, et ce notamment quand le ciel est bien dégagé. Il se produit vers le lever du jour, un choc thermique qui bien que la température soit au-dessus de zéro, brûle, roussit les jeunes pousses.  

Et il faut s’attendre à des attaques semblables de mauvais temps, avec des risques multipliés, pour la prochaine « lune rousse » qui doit commencer le 17 avril pour se terminer le 16 mai avec sa litanie de « saint Cavaliers » et de « saints de Glace ».

J’insiste sur ces dates car je lis des tas de fausses informations sur cette « appellation « Lune Rousse » y compris parce qu’elle serait plus rouge que les autres ! La Lune Rousse est le premier cycle lunaire complet qui suit la fête de Pâques.  Or une lunaison commence à la Nouvelle Lune. Donc je m’inscris en faux vis-à-vis de tous ceux qui disent que la Lune Rousse 2026 commence cette année le 1er Avril jour de Pleine Lune et non jour du début de la lunaison Et elle est qualifiée de « rousse » parce qu’elle brûle les jeunes pousses encore trop fragile. J’ai même lu qu’à cause du changement climatique la « Lune Rousse » se produit désormais plus tôt, confondant et oubliant que ce sont » les Vaquerieu » ? Laa « Lune rousse » viendra après, aux dates que je viens d’indiquer.

La prudence est de rigueur tant pour que dans les champs !  

A Diou sias !

 

 

                                                                                                     Jean Mignot

                                                                                                     26 mars 2026

 

 

 

vendredi 20 mars 2026

Du changement d'heure et de la fin mars 2026

 

Du changement d’heure - mars 2026

Dans la nuit du 29 au 30 mars nous changeons d’heure. A 2h du matin il faudra passer à 3h. On dit partout que cette mesure date de 1976 et du choc pétrolier. Chacun y va, médias aidant, de ses arguments pour expliquer que ce changement ne sert à rien, qu’il nous perturbe et perturbe les animaux et qu’on n’est pas dans la situation de 1976 et du choc pétrolier. Certes la situation actuelle au Moyen-Orient est préoccupante !

En 2019 malgré une consultation qui a donné une majorité de 84% pour l’arrêt de ce système avec un choix pour l’heure dite « d’été » et un vote adopté par le Conseil de l’Europe, la mesure n’a pas été appliquée en raison de la crise sanitaire liée au covid. Ce changement d’heure n’est plus à l’ordre du jour et ne devrait pas revenir dans l’actualité dans un avenir proche.

A l’heure où plus que jamais on prône le retour à la nature, ce choix pour l’heure d’été est en parfaite contradiction avec l ‘heure solaire qui est pourtant une référence naturelle !  Deux heures de décalage !

Je voudrais bien aussi qu’on m’explique en quoi un changement d’heure perturbe les animaux ? Il me semble que les animaux et les oiseaux n’ont pas d’horloge et ne savent pas lire l’heure et que c’est la nuit qui tombe ou le jour qui se lève qui guide leur rythme de vie, peu importe l’heure ! Voyez les oiseaux !

La question d’une harmonisation de l’heure s’est imposée notamment avec l’industrialisation et le développement des échanges commerciaux et la mise en place du réseau du chemin de fer.

Jusqu’à la fin du XIX e siècle lorsqu'il était 12 heures à Paris, il était 11 h 42 à Brest et 12 h 18 à Nice. Chaque ville, chaque communauté, se basait sur ses propres calculs du temps pour indiquer l'heure. En réalité, chacun déterminait sa propre heure en fonction de la position du soleil dans le ciel, autrement dit l'heure solaire

Plusieurs propositions d’harmonisation eurent lieu. En 1858 l’Italien Giuseppe Barilli proposa d'unifier les temps en divisant la surface terrestre en diverses zones : les fuseaux horaires. En 1879 l'ingénieur écossais Sir Sandford Fleming reprit cette idée et la perfectionna. En 1884 la Conférence Internationale de Washington décida la mise en place officielle des 24 fuseaux horaires et de prendre comme point de repère le méridien de Greenwich, dans la banlieue de Londres. « L'heure de Londres » devient alors la référence internationale. De nombreux pays suivront, dont la France qui, en 1891, adopta une heure légale unitaire, celle de Paris.  Déjà en 1667 les mathématiciens de l’Académie avaient défini le « méridien de Paris » ce qui nous vaut ce « gnomon » dans l’Eglise Saint Sulpice de Paris.  Ce n'est qu'en 1911 que notre pays accepta d'adopter le méridien de Greenwich. Désormais on parle d’ « heure GMT » = « Greenwich Mean Time= et maintenant d’heure « UTC » soit « Temps Universel Coordonné »

Quel que soit le fuseau horaire, le soleil continue de se lever à Strasbourg environ une heure avant Brest. Aucune règle ou décision ne pourra changer cela !

Le changement d’heure que nous connaissons aujourd'hui, reste lié à un souci d’économie, même si beaucoup en doutent. L’objet de ma chronique n’est pas d’en faire la démonstration. Je rappelle que c’est une bien vieille décision qui date de 1916. En pleine Première Guerre mondiale, la France souhaite économiser ses ressources énergétiques –

André Honnorat, alors député des Basses Alpes, propose aux parlementaires de voter une loi consistant à avancer d'une heure l'heure légale. Après maints grincements de dents, la loi est votée en mars 1917. La France adopte son premier changement d'heure. En 1918 pas question de rester à » l’heure allemande ». Arrive la Seconde Guerre mondiale. En juin 1940 l’occupant impose « l'heure allemande », basée sur Berlin. A la libération, la France revient au fuseau GMT en supprimant dans un premier temps le changement d'heure d'été, mais décide de conserver « l’heure allemande » d'hiver. Lorsqu'en 1945 Jean-Louis Bory reçoit le Prix Concourt pour son roman « Mon village à l'heure allemande », l'expression est officiellement consacrée. Par la suite, les historiens l'utiliseront pour évoquer assez généralement la mise au pas de notre pays par l'occupant, mais elle traduit néanmoins une réalité technique précise. Sous l'occupation on lui préfère l'expression « heure officielle », comme il est précisé par exemple sur des avis concernant des cérémonies ou des réunions privées. A la campagne on continue souvent d’utiliser le terme « ancienne heure ».  Une forme de résistance !  Les Français vivent alors à la même heure que l'Allemagne en hiver mais non en été. Ce n'est qu'en 1976 que le gouvernement du Président Valéry Giscard d'Estaing fait repasser le pays dans une alternance d'heure bisannuelle. Il me semblait important de faire ces rappels.

Je ne voudrais pas terminer cette chronique sans raconter cette anecdote qui concerne le savant Benjamin Franklin. Au passage je fais remarquer que le grand savant et diplomate, inventeur du paratonnerre, fondateur des premiers sapeurs-pompiers volontaires à Philadelphie, de la première bibliothèque de prêt des États-Unis, inventeur du poêle à bois à combustion contrôlée et des lunettes à double foyer ... entre autres ! et de « sainte Nitouche » !  était fils d’un marchand de suif et de chandelles ! Très curieux quand il s’agit d’une question d’économie de « bout de chandelles » ! Dans un article publié en 1784 dans « le Journal de Paris » dans lequel il traitait des économies d’énergies naturelles, il commence par décrire la démonstration d'une nouvelle lampe à huile, à laquelle il avait assisté la veille lors de son séjour à Paris. Il relate la discussion qui s'en était suivie à propos du rapport huile consommée/lumière produite. Le sujet en tête, il entre chez lui et s'endort vers 3-4 heures du matin. Vers 6h du matin un bruit le réveille. Il s'étonne d'une grande clarté dans sa chambre. Il pense d'abord à ces fameuses lampes à huile de la démonstration de la veille, éclairant sa chambre. Mais il constate, en fait, que ce sont les rayons du Soleil levant qui pénètrent dans la pièce. La lecture d'un almanach lui confirme que le Soleil se lèvera encore de plus en plus tôt jusqu'à fin juin.

« Cet événement me fit penser à des choses plus importantes et plus sérieuses. Si je n'avais pas été éveillé si tôt le matin, j'aurais dormi six heures de plus à la lumière du Soleil, et, par contre, aurait passé six heures la nuit suivante à la lumière des chandelles. »

Il poursuit : « En partant du principe qu'il y a 100 000 familles à Paris et que ces familles consomment la nuit 1/2 livre de bougies et chandelles par jour... En estimant de 6 à 8 heures la durée moyenne entre l'heure de lever du soleil et la nôtre... il y a donc 7 heures par nuit pendant lesquelles nous brûlons des bougies ; on en arrive au décompte suivant : En six mois entre le 20 mars et le 20 septembre, il y a 183 nuits. 7 heures par nuit d'utilisation de bougie. La multiplication donne 1281 heures. Ces 1281 heures multipliées par 100.000 donnent 128.100.000.

Chaque bougie exige 1/2 livre de suif et de cire, soit un total de 64.050.000 livres. À un prix de trente sols par livre de suif et de cire on en arrive à 96.075.000 tournois de livre." Et il conclut non pas par « ...une immense somme que la ville de Paris pourrait sauver chaque année «   mais par cette phrase : « les gens sont obstinément attachés à leurs vieilles traditions et il sera difficile de les amener à se lever avant midi ».

Il propose alors des solutions coercitives :

1) Taxer d'un louis par fenêtre les habitants qui laissent leurs volets fermés.

2) Bougies rationnées à une livre par famille par semaine.

3) Policiers chargés d'arrêter la circulation après le coucher du Soleil exceptée celle des médecins, des chirurgiens et des sages-femmes.

4) Chaque matin dès que le Soleil se lèvera, cloches d'église et, au besoin, canon informeront l'ensemble des habitants de l'arrivée de la lumière. »

Il y a donc bien longtemps que le changement d’heure est un sujet d’actualité.  Un vieux proverbe occitan nous incite à un même geste d’économie : « Oou mes de mars, lou caleu es en bas ». Avec les jours plus longs on n’a plus besoin d’allumer la lampe à huile !

Appel à l’économie mais aussi en cette fin de mois à la prudence ! Changement d’heure ou pas méfions-nous des derniers jours de mars ! « Ce que mars couve, on le sait après son trente et unième jour. » ou « Soit au commencement, soit à la fin, Mars nous montrera son venin» un autre dicton nous dit il faut que « mars marseuje », « il faut que mars fasse son temps de mars »

Il ne faut pas oublier que les derniers jours du mois sont appelés « li vaquerieu » « les jours de la vache »,  une vieille légende qui a déjà fait l’objet d’une de mes chroniques. ( envoi à la demande). Avec ce soleil qui n’est pas encore assez fort pour réchauffer la terre, il peut se produire, comme c’est le cas ces jours-ci, une forte chute de température qui, sans être au-dessous de zéro, peut provoquer un phénomène de gel qui comme pour la « Lune Rousse » d’avril et les « Saints de glace » brûle/roussi les jeunes pousses de la végétation qui a démarré. Or les températures des trois derniers jours de mars sont d'ores et déjà annoncées très basses. 

« Quand mars se déguise en été, Avril prend ses habits fourrés. » Ou encore : « Quand mars fait avril, avril fait mars ! » « En mars quand il fait beau prends ton manteau » ! Prenez soin de vous, et méfiez du soleil de mars qui « donne des rhumes tenaces » !

Quoiqu’il en soit, gardons espoir avec les poètes puisque ce mois leur est dédié et ne nous laissons pas distraire par les œuvres perverses de nos politiques de tous bords, « demain on rase gratis !  et autres amuseurs publics en recherche de « jamais vu » ou de « sensationnel ».

Rien de nouveau sous le soleil ! Théophile Gautier écrivait :

« Tandis qu’à leurs œuvres perverses

Les hommes courent haletants,

Mars qui rit malgré les averses,

Prépare en secret le printemps »

 

Avec quand même cette lueur d’espoir :   

Puis, lorsque sa besogne est faire

Et que son règne va finir

Au seuil d’avril, tournant la tête

Il dit : » printemps, tu peux venir ! »

 Adissias !

                                                                                                     Jean Mignot

mardi 30 septembre 2025

Octobre et les calendriers

 

du mois d’octobre et des calendriers

 

Le mois d’octobre plus que tout autre mois de l’année, nous renvoie, au moins par cinq fois tout au long de ses trente et un jours, vers cette recherche des hommes qui depuis la nuit des temps, ont cherché un moyen pour mesurer la course du temps, celle du soleil et de la lune, et d’avoir ainsi un système de référence commun qui permette les échanges entre régions et pays, commerce mais aussi impôts ! c’est-à-dire les calendriers.

Tout d’abord son nom :10 e mois de notre année octobre garde son nom lié à sa place de 8ème dans le calendrier en vigueur à la fondation de Rome. Une année de dix mois qui commençait au mois de mars et qui dans ses derniers mois ne faisait plus référence pour le nom des mois à un dieu ou à une déesse mais à leur place dans la série : cinq, six, sept, huit, neuf, dix…

Ce calendrier fut remplacé, à la demande de Jules César, par un système élaboré par Sosigène d’Alexandrie. Calendrier dit « julien » il fixait entre autres choses, le début de l'année consulaire au 1er janvier entraînant un changement dans l’ordre des dix mois en ajoutant janvier par référence au dieu Janus, le dieu à deux faces qui regarde derrière et devant et un mois « intercalaire » dont il nous reste février et les années bissextiles. Ainsi octobre fut déclassé et devint le 10e mois de notre année de douze.

Le nom des quatre derniers mois fut conservé et dans l’écriture courante notamment pour les actes d’Etat-civil ils s’écriront longtemps du moins jusqu’à la Révolution VIIbre, ou 7bre (septembre) ; VIIIbre, ou 8bre (octobre) ; IXbre, ou 9bre (novembre) ; Xbre, ou 10bre (décembre).

Octobre nous rappelle ces calendriers anciens et les réformes de nos Anciens pour rechercher une mesure du temps qui se rapproche le plus de la course du soleil.

Un deuxième rappel nous est donné par octobre. C’est en ce mois et en l’an 1582 qu’on est passé du calendrier « julien » au calendrier actuel dit « grégorien ».

Le calendrier « julien » qui avait eu belle durée de vie de plus de 15 siècles comportait en effet une légère erreur qui entraînait un décalage de 12 minutes par an, soit 20 heures par siècle et 8 jours par millénaire, soit une dérive d’une dizaine de jours entre l’année sidérale (365,256 durée de la révolution de la terre autour du soleil) et l’année tropique (soit 365,242 jours, intervalle avant le retour du soleil à sa même position dans le ciel). L’équinoxe calendaire et les saisons ne coïncidaient plus au cycle réel du soleil

Il fallait remettre de l’ordre notamment pour que les saisons correspondent aux mois et que la date de Pâques qui détermine les fêtes chrétiennes soit le plus proche possible de la date du calendrier hébraïque. C’est pourquoi les Pères conciliaires réunis en concile, à Trente demandèrent une révision du système.

En février 1582, la bulle « Inter gravissimas » du Pape Grégoire XIII sur la base des travaux d’une importante commission dont on n’a retenu que le nom de deux savants, le calabrais Aloïsius Lilio et le jésuite allemand Christophe Flavius décida que le jeudi 4 octobre 1582 serait immédiatement suivi du vendredi 15 octobre, afin de compenser le décalage accumulé.

La bulle fut effectivement appliquée le 4 octobre dans la plupart des pays catholiques. Dans ces pays-là les 5,6,7,8,9 octobre n’ont donc jamais existé. Cependant, les pays protestants comme les pays orthodoxes ont ignoré ou refusé cette réforme, du fait qu'ils récusaient l'autorité religieuse du pape. A fortiori, les pays non chrétiens, musulmans ou autres (Chine, etc.). « Il vaut mieux ne pas être d’accord avec le soleil plutôt que de l’être avec Rome ! » aurait dit Voltaire qui pourtant ne vivait pas à cette époque, ce qui fait peser un grand doute sur l’authenticité de cette citation !

Une dizaine de jours qui n’ont jamais existé mais pas de façon uniforme dans tous les pays.  Par exemple en France la mise en œuvre de cette décision se fit en décembre 1582. Dix jours de décembre 1582 qui n’ont jamais existé entre le 13 et le 23 décembre, entrainant dans leur réforme le fameux dicton de la saint Luce, fête de la lumière à la veille du solstice alors le 24 décembre. C’est désormais à la date du solstice que les jours avancent du saut d’une puce et non à la saint Luce. Le vieux dicton a survécu et il est encore très souvent cité. A tort !

Les pays protestants et les pays orthodoxes ont mis en œuvre cette réforme à des dates différentes dans un délai plus ou moins long, entre 1700 et 1923, de même que certains pays musulmans au XIX ème ou au XXème siècle. D'une façon plus générale, le calendrier « grégorien » est aujourd'hui le calendrier international de référence

Cela peut donner des situations cocasses ! Cervantès « le Mancho de Lépante » créateur du célèbre Don Quichotte et William Shakespeare auteur du si célèbre Romeo et Juliette et de Hamlet seraient morts le même jour le 26 avril 1616 ! Or il n’en est rien !  « Etre ou ne pas être telle est la question ». En en effet en 1616 l’Espagne catholique avait appliqué le calendrier « grégorien » alors que pour le royaume d’Angleterre on était encore sous le régime du calendrier « julien » ( jusqu’en 1752), soit en concordance, le 3 mai 1616. Mais on continue de se référer à la date des calendriers en cours dans chacun de ces pays et on dit que les deux célèbres écrivains sont morts le même jour !

C’est cette application tardive dans les pays orthodoxes qui nous fait parler de la « révolution d’Octobre » en Russie.

C’est le troisième rappel que nous apporte octobre en lien avec la réforme des calendriers.

Dans la nuit du 6 au 7 novembre 1917, les bolcheviks s'emparent des principaux centres de décision de la capitale russe, Petrograd (l’ancienne Saint-Pétersbourg). Ce coup de force sans véritable soutien populaire est baptisé « Révolution d'Octobre » car il s'est déroulé dans la nuit du 25 au 26 octobre selon le calendrier « julien » en vigueur dans l'ancienne Russie jusqu'au 14 février 1918. Le top départ de la révolte sera donné à 21h40 par un coup de canon tiré depuis le navire « l’Aurore ». Un clin d’œil de plus au temps !

Le calendrier grégorien sera adopté en Russie peu après cet évènement. Le 24 janvier 1918, le Conseil des commissaires du peuple publie un décret selon lequel le mercredi 31 janvier 1918 sera suivi du 14 février 1918. Mais l’église orthodoxe continue de se référer au calendrier « Julien » d’où les fêtes de Noël et de Pâques célébrées avec dix jours de décalage. Position de principe difficile à comprendre puisque le calendrier « julien » n’a pas de référence religieuse !

Ne confondons pas cette « Révolution d’octobre » qui a bien un lien avec le mois d’octobre et les calendriers avec « Octobre rouge », cette mutinerie de capitaine Valéry Sabline qui prend de force une frégate soviétique, histoire en partie vraie qui eut lieu en pleine guerre froide et a inspiré un film avec Sean Connery et le roman « à la poursuite d’octobre rouge ». 

De même je cite seulement pour mémoire « Octobre rose » dont la cause bien fondée ne saurait être mise en cause.  

Dans la nuit du 25 au 26 octobre, nous changerons d’heure cette année encore malgré les sondages qui prouvent qu’on ne veut plus de ce changement. C’est le quatrième rappel que nous fait octobre. Encore une question de calendrier puisqu’il s’agit de caler la durée de nos jours sur la course du soleil. Ainsi, dans la plupart des pays ou régions d'Europe qui appliquent l'heure d'été, le dernier dimanche d'octobre est celui du passage à l'heure d'hiver, c'est-à-dire le retour à l'heure normale du fuseau horaire.

Selon une étude de l’Agence de la transition écologique, le changement d'heure permettrait à la France d'économiser 351 GWhs chaque année, soit 0,07% de sa consommation énergétique totale. Ce serait intéressant de connaître la position de nos écologistes !

Au passage je ne peux m’empêcher de rire quand j’entends dire que ce changement d’heure perturbe les animaux ! Que je sache, les oiseaux commencent à piailler dès que le jour se lève sans se demander l’heure qu’il est ! Et les vaches ??  et les autres animaux ???  

 A la fin de ce mois, Octobre nous fait un dernier et cinquième rappel.

L’année celtique était rythmée par deux périodes. Dans nuit du 31 octobre au 1er novembre on entrait dans la période sombre et froide. C’était la fête de Samain qui correspond au début de l’année et de la saison sombre. Ce que nous appelons « halloween » se dit en gaélique « oiche sahmhna ». C’était le soir sacré où on célébrait les ancêtres, les héros et les morts avant les inquiétudes et les rigueurs de l’hiver.  Le 31 octobre qui était donc le soir sacré, la veille du jour des saints et ce bien avant que la fête de Toussaint soit fixée au 1er novembre. Aujourd’hui avec l’influence des opérations commerciales venues d’Amérique que nous dénonçons par ailleurs nous a fait totalement oublier le sens sacré de cette fête. On a oublié qu’Halloween littéralement « allhallow-even » soit « eve of All saints ». Une dérive manipulée par le commerce, où le laid, voire les sorcières et autres personnages démoniaques, sont fêtés sans aucun respect de la vocation d’origine de ce jour n’en déplaise à tous ceux partisans de cette fête ! On ferait mieux de nous conseiller de bonnes recettes à base de courge aux effets bien connus plutôt que d’en faire des épouvantails. Notre santé à tous pourrait mieux s’en porter

Les Uzétiens m’en voudraient si je ne parlais pas de leur saint Firmin dont la foire si réputée a été supprimée par décision municipale car ne correspondant plus à l’actualité et compensée par les beaux marchés des Samedis d’Uzès. D’autres saints Firmin, celui d’Amiens et celui de la féria de Pamplona sont célébrés le 25 septembre. Il faut bien montrer nos particularités et à Uzès nous avons ses reliques dans la reproduction de son corps en cire dans un cercueil de verre et ses belles statues !   Notre saint Firmin fut élu évêque d’Uzès à 22 ans, en 538. Il mourut, selon la tradition en 553, au lieudit « Firminargues » un lieu qui existe toujours.  Il fut enterré dans la basilique qu’il avait fait construire dans un faubourg d’Uzès. Les actes de Saint Firmin nous racontent le cortège qui accompagnait sa dépouille mortelle. A la traversée d’un bois un ours surgit qui se jeta sur le cortège et attaqua un des deux bœufs qui tiraient la charrette/corbillard. Au bout d’un certain temps, le calme revenu les gens d’Uzès osèrent approcher pour voir où en était la situation. L’ours qui avait tué un des deux bœufs, dormait, repus. Ils attachèrent cet ours en lieu et place du bœuf mort et c’est avec ce curieux cortège, un bœuf et un ours, que l’Evêque Firmin d’Uzès fut amené à son lieu de sépulture aujourd’hui difficilement identifiable, au quartier de La Périne.  Le lieu prit de l’importance et devint un vrai bourg avec sa propre administration et ses consuls. Les pèlerins vinrent sur la tombe de Firmin. Cela attira les commerces et on fit même une foire. Les affaires dégénérèrent et le clergé fit disparaître les reliques. La foire subsista jusqu’à la disparition de ce bourg. En 1385 la ville d’Uzès, fut autorisée, par lettres patentes du Roi de France, à organiser cette foire à l’intérieur des murs. C’est feu notre foire de la saint Firmin, disparue aujourd’hui et qui mérite ce rappel « historique » notamment à cause de son originalité dans une version, celle que je prétends bien sûr la plus historique.   Les retrouvailles de ses reliques m’amèneraient à une trop longue digression et ce serait sortir du sujet de ma chronique qui a pour objectifs les rapprochements d’octobre avec l’évolution des calendriers.

Cependant je voudrais rappeler quelques faits qui ont eu lieu en octobre et qui ont marqué sinon ce mois et les calendriers, l’histoire de notre humanité. Octobre c’est en 480 av. JC, la bataille de Salamine qui délivra la Grèce de l’occupation Perse ; octobre c’est en 380 av. JC Alexandre vainqueur de Darius à Arbelles connue aussi comme bataille d’Issus, immortalisée par une peinture de Lebrun exposée au Louvre avec au premier plan au centre la célèbre figure de l’effroi du soldat perse. Il faut aller voir ce dessin à la pierre noire : « l’effroy, expression de l’âme » exposé à la bibliothèque de l’Ecole normale supérieure. C’est, immortalisé, ce moment où le Conquérant s’assure la conquête de l’Asie. A Philippes, en Macédoine, au mois d’octobre, en 42 av . JC périrent en quelque sorte les derniers romains et avec eux leur république. C’est encore un mois d’octobre, que Constantin livra une grande bataille sur les bords du Tibre et arriva ainsi aux portes de Rome. On sait l’influence de cette bataille sur la propagation du christianisme qui devait marquer si profondément l’histoire des peuples. C’est aussi en octobre, le 7 du mois de l’an 1571, qu’eut lieu la fameuse bataille de Lépante et quelques centaines d’années plus tard le 14 octobre 1806 celle d’Iéna. C’est en octobre 1789, que le peuple de Paris, avec à sa tête sept à huit mille femmes, envahit le château de Versailles et ramena avec lui, en un voyage de neuf heures, « le boulanger, la boulangère et le petit mitron » jusqu’aux Tuileries, faisant prendre ainsi un tournant irréversible à la révolution vers la chute de la royauté. Autant de faits qui se sont passés en octobre. Le 1er octobre 1438 alors qu’une famine sévissait dans notre pays « les loups sont entrés dans Paris » comme le chantait si bien Serge Reggiani, dévorant quelques parisiens ! 

Octobre c’est le brumaire de feu le calendrier républicain « Octobre en brumes, mois à rhumes ».  Selon d’autres sources, le temps d'octobre annoncerait celui des mois suivants.

Je relève seulement qu’au moment de la Nouvelle Lune du 21 septembre, avec éclipse et nœud lunaire le temps a changé nous plongeant résolument dans l’automne.

Soyez prudents et couvrez-vous bien :

« Oou mes doctobre, Qu’a res de raoubo, que n’en trobe. »

A Diou sias.

 

 

 Jean Mignot