Du
changement d’heure - mars 2026
Dans la nuit du 29 au 30 mars
nous changeons d’heure. A 2h du matin il faudra passer à 3h. On dit partout que
cette mesure date de 1976 et du choc pétrolier. Chacun y va, médias aidant, de ses arguments pour expliquer que ce changement ne sert à rien, qu’il nous perturbe et
perturbe les animaux et qu’on n’est pas dans la situation de 1976 et du choc
pétrolier. Certes la situation actuelle au Moyen-Orient est préoccupante !
En 2019 malgré une consultation qui a
donné une majorité de 84% pour l’arrêt de ce système avec un choix pour l’heure
dite « d’été » et un vote adopté par le Conseil de l’Europe, la
mesure n’a pas été appliquée en raison de la crise sanitaire liée au covid. Ce
changement d’heure n’est plus à l’ordre du jour et ne devrait pas revenir dans
l’actualité dans un avenir proche.
A l’heure où plus que jamais on
prône le retour à la nature, ce choix pour l’heure d’été est en parfaite
contradiction avec l ‘heure solaire qui est pourtant une référence
naturelle ! Deux heures de
décalage !
Je voudrais bien aussi qu’on
m’explique en quoi un changement d’heure perturbe les animaux ? Il me
semble que les animaux et les oiseaux n’ont pas d’horloge et ne savent pas lire
l’heure et que c’est la nuit qui tombe ou le jour qui se lève qui guide leur
rythme de vie, peu importe l’heure ! Voyez les oiseaux !
La question d’une harmonisation
de l’heure s’est imposée notamment avec l’industrialisation et le développement
des échanges commerciaux et la mise en place du réseau du chemin de fer.
Jusqu’à la fin du XIX e siècle
lorsqu'il était 12 heures à Paris, il était 11 h 42 à Brest et 12 h 18 à Nice.
Chaque ville, chaque communauté, se basait sur ses propres calculs du temps
pour indiquer l'heure. En réalité, chacun déterminait sa propre heure en
fonction de la position du soleil dans le ciel, autrement dit l'heure solaire
Plusieurs propositions
d’harmonisation eurent lieu. En 1858 l’Italien Giuseppe Barilli proposa
d'unifier les temps en divisant la surface terrestre en diverses zones : les
fuseaux horaires. En 1879 l'ingénieur écossais Sir Sandford Fleming reprit
cette idée et la perfectionna. En 1884 la Conférence Internationale de
Washington décida la mise en place officielle des 24 fuseaux horaires et de
prendre comme point de repère le méridien de Greenwich, dans la banlieue de
Londres. « L'heure de Londres » devient alors la
référence internationale. De nombreux pays suivront, dont la France qui, en
1891, adopta une heure légale unitaire, celle de Paris. Déjà en 1667
les mathématiciens de l’Académie avaient défini le « méridien de Paris »
ce qui nous vaut ce « gnomon » dans l’Eglise Saint Sulpice de Paris. Ce n'est qu'en 1911 que notre pays accepta
d'adopter le méridien de Greenwich. Désormais on parle d’ « heure
GMT » = « Greenwich Mean Time= et maintenant d’heure « UTC » soit
« Temps Universel Coordonné »
Quel que soit le fuseau horaire,
le soleil continue de se lever à Strasbourg environ une heure avant Brest.
Aucune règle ou décision ne pourra changer cela !
Le changement d’heure que nous
connaissons aujourd'hui, reste lié à un souci d’économie, même si beaucoup en
doutent. L’objet de ma chronique n’est pas d’en faire la démonstration. Je
rappelle que c’est une bien vieille décision qui date de 1916. En pleine
Première Guerre mondiale, la France souhaite économiser ses ressources
énergétiques –
André Honnorat, alors député des
Basses Alpes, propose aux parlementaires de voter une loi consistant à avancer
d'une heure l'heure légale. Après maints grincements de dents, la loi est votée
en mars 1917. La France adopte son premier changement d'heure. En 1918 pas
question de rester à » l’heure allemande ». Arrive la Seconde
Guerre mondiale. En juin 1940 l’occupant impose « l'heure allemande », basée
sur Berlin. A la libération, la France revient au fuseau GMT en supprimant dans
un premier temps le changement d'heure d'été, mais décide de conserver «
l’heure allemande » d'hiver. Lorsqu'en 1945 Jean-Louis Bory reçoit
le Prix Concourt pour son roman « Mon
village à l'heure allemande », l'expression est officiellement
consacrée. Par la suite, les historiens l'utiliseront pour évoquer assez
généralement la mise au pas de notre pays par l'occupant, mais elle traduit
néanmoins une réalité technique précise. Sous l'occupation on lui préfère
l'expression « heure officielle », comme il est précisé par exemple sur
des avis concernant des cérémonies ou des réunions privées. A la campagne on
continue souvent d’utiliser le terme « ancienne heure ». Une forme de résistance ! Les
Français vivent alors à la même heure que l'Allemagne en hiver mais non en été.
Ce n'est qu'en 1976 que le gouvernement du Président Valéry Giscard d'Estaing
fait repasser le pays dans une alternance d'heure bisannuelle. Il me semblait
important de faire ces rappels.
Je ne voudrais pas terminer
cette chronique sans raconter cette anecdote qui concerne le savant Benjamin
Franklin. Au passage je fais remarquer que le grand savant et diplomate,
inventeur du paratonnerre, fondateur des premiers sapeurs-pompiers volontaires
à Philadelphie, de la première bibliothèque de prêt des États-Unis, inventeur
du poêle à bois à combustion contrôlée et des lunettes à double
foyer ... entre autres ! et de « sainte Nitouche » ! était fils d’un marchand de suif et de
chandelles ! Très curieux quand il s’agit d’une question d’économie de
« bout de chandelles » ! Dans un article publié en 1784 dans
« le Journal de Paris » dans lequel il traitait des économies
d’énergies naturelles, il commence par décrire la démonstration d'une nouvelle
lampe à huile, à laquelle il avait assisté la veille lors de son séjour à Paris.
Il relate la discussion qui s'en était suivie à propos du rapport huile
consommée/lumière produite. Le sujet en tête, il entre chez lui et s'endort
vers 3-4 heures du matin. Vers 6h du matin un bruit le réveille. Il s'étonne
d'une grande clarté dans sa chambre. Il pense d'abord à ces fameuses lampes à
huile de la démonstration de la veille, éclairant sa chambre. Mais il constate,
en fait, que ce sont les rayons du Soleil levant qui pénètrent dans la pièce.
La lecture d'un almanach lui confirme que le Soleil se lèvera encore de plus en
plus tôt jusqu'à fin juin.
« Cet événement me fit
penser à des choses plus importantes et plus sérieuses. Si je n'avais pas été
éveillé si tôt le matin, j'aurais dormi six heures de plus à la lumière du
Soleil, et, par contre, aurait passé six heures la nuit suivante à la lumière
des chandelles. »
Il poursuit : « En partant du
principe qu'il y a 100 000 familles à Paris et que ces familles consomment la
nuit 1/2 livre de bougies et chandelles par jour... En estimant de 6 à 8 heures
la durée moyenne entre l'heure de lever du soleil et la nôtre... il y a donc 7
heures par nuit pendant lesquelles nous brûlons des bougies ; on en arrive
au décompte suivant : En six mois
entre le 20 mars et le 20 septembre, il y a 183 nuits. 7 heures par nuit
d'utilisation de bougie. La multiplication donne 1281 heures. Ces 1281 heures
multipliées par 100.000 donnent 128.100.000.
Chaque
bougie exige 1/2 livre de suif et de cire, soit un total de 64.050.000 livres.
À un prix de trente sols par livre de suif et de cire on en arrive à 96.075.000
tournois de livre." Et il conclut non pas par « ...une immense somme que la ville de Paris
pourrait sauver chaque année «
mais par cette phrase : « les gens sont obstinément attachés à leurs vieilles traditions et il sera
difficile de les amener à se lever avant midi ».
Il propose alors des solutions
coercitives :
1)
Taxer d'un louis par fenêtre les habitants qui laissent leurs volets fermés.
2)
Bougies rationnées à une livre par famille par semaine.
3)
Policiers chargés d'arrêter la circulation après le coucher du Soleil exceptée
celle des médecins, des chirurgiens et des sages-femmes.
4)
Chaque matin dès que le Soleil se lèvera, cloches d'église et, au besoin, canon
informeront l'ensemble des habitants de l'arrivée de la lumière. »
Il y a donc bien longtemps que le changement d’heure est un sujet d’actualité. Un vieux proverbe occitan nous incite à un même geste d’économie : « Oou mes de mars, lou caleu es en bas ». Avec les jours plus longs on n’a plus besoin d’allumer la lampe à huile !
Appel à l’économie mais aussi en
cette fin de mois à la prudence ! Changement
d’heure ou pas méfions-nous des derniers jours de mars ! « Ce que mars couve, on le sait après son trente et unième jour. » ou « Soit au commencement, soit à la fin, Mars
nous montrera son venin. » un autre dicton nous dit il faut que « mars marseuje », « il
faut que mars fasse son temps de mars »
Il ne
faut pas oublier que les
derniers jours du mois sont appelés « li
vaquerieu » « les jours de la vache », une
vieille légende qui a déjà fait l’objet d’une de mes chroniques. Avec ce soleil
qui n’est pas encore assez fort pour réchauffer la terre, il peut se produire,
comme c’est le cas ces jours-ci, une forte chute de température qui, sans être au-dessous
de zéro, peut provoquer un phénomène de gel qui comme pour la « Lune Rousse » d’avril et les « Saints de glace »
brûle/roussi les jeunes pousses de la végétation qui a démarré.
« Quand
mars se déguise en été, Avril prend ses habits fourrés. » Ou encore : « Quand mars fait avril,
avril fait mars ! » « En
mars quand il fait beau prends ton manteau » ! Prenez soin de
vous, et méfiez du soleil de mars qui « donne des rhumes tenaces » !
Quoiqu’il en soit, gardons
espoir avec les poètes puisque ce mois leur est dédié et ne nous laissons pas
distraire par les œuvres perverses de nos politiques de tous bords, « demain
on rase gratis ! et autres amuseurs publics en recherche de
« jamais vu » ou de « sensationnel ».
Rien de nouveau sous le
soleil ! Théophile Gautier écrivait :
« Tandis qu’à leurs œuvres
perverses
Les hommes courent
haletants,
Mars qui rit malgré les
averses,
Prépare en secret le
printemps »
Avec quand même cette lueur d’espoir :
Puis, lorsque sa besogne
est faire
Et que son règne va finir
Au seuil d’avril,
tournant la tête
Il dit : » printemps, tu
peux venir ! »
Adissias !
Jean Mignot