vendredi 20 mars 2026

Du changement d'heure et de la fin mars 2026

 

Du changement d’heure - mars 2026

Dans la nuit du 29 au 30 mars nous changeons d’heure. A 2h du matin il faudra passer à 3h. On dit partout que cette mesure date de 1976 et du choc pétrolier. Chacun y va, médias aidant, de ses arguments pour expliquer que ce changement ne sert à rien, qu’il nous perturbe et perturbe les animaux et qu’on n’est pas dans la situation de 1976 et du choc pétrolier. Certes la situation actuelle au Moyen-Orient est préoccupante !

En 2019 malgré une consultation qui a donné une majorité de 84% pour l’arrêt de ce système avec un choix pour l’heure dite « d’été » et un vote adopté par le Conseil de l’Europe, la mesure n’a pas été appliquée en raison de la crise sanitaire liée au covid. Ce changement d’heure n’est plus à l’ordre du jour et ne devrait pas revenir dans l’actualité dans un avenir proche.

A l’heure où plus que jamais on prône le retour à la nature, ce choix pour l’heure d’été est en parfaite contradiction avec l ‘heure solaire qui est pourtant une référence naturelle !  Deux heures de décalage !

Je voudrais bien aussi qu’on m’explique en quoi un changement d’heure perturbe les animaux ? Il me semble que les animaux et les oiseaux n’ont pas d’horloge et ne savent pas lire l’heure et que c’est la nuit qui tombe ou le jour qui se lève qui guide leur rythme de vie, peu importe l’heure ! Voyez les oiseaux !

La question d’une harmonisation de l’heure s’est imposée notamment avec l’industrialisation et le développement des échanges commerciaux et la mise en place du réseau du chemin de fer.

Jusqu’à la fin du XIX e siècle lorsqu'il était 12 heures à Paris, il était 11 h 42 à Brest et 12 h 18 à Nice. Chaque ville, chaque communauté, se basait sur ses propres calculs du temps pour indiquer l'heure. En réalité, chacun déterminait sa propre heure en fonction de la position du soleil dans le ciel, autrement dit l'heure solaire

Plusieurs propositions d’harmonisation eurent lieu. En 1858 l’Italien Giuseppe Barilli proposa d'unifier les temps en divisant la surface terrestre en diverses zones : les fuseaux horaires. En 1879 l'ingénieur écossais Sir Sandford Fleming reprit cette idée et la perfectionna. En 1884 la Conférence Internationale de Washington décida la mise en place officielle des 24 fuseaux horaires et de prendre comme point de repère le méridien de Greenwich, dans la banlieue de Londres. « L'heure de Londres » devient alors la référence internationale. De nombreux pays suivront, dont la France qui, en 1891, adopta une heure légale unitaire, celle de Paris.  Déjà en 1667 les mathématiciens de l’Académie avaient défini le « méridien de Paris » ce qui nous vaut ce « gnomon » dans l’Eglise Saint Sulpice de Paris.  Ce n'est qu'en 1911 que notre pays accepta d'adopter le méridien de Greenwich. Désormais on parle d’ « heure GMT » = « Greenwich Mean Time= et maintenant d’heure « UTC » soit « Temps Universel Coordonné »

Quel que soit le fuseau horaire, le soleil continue de se lever à Strasbourg environ une heure avant Brest. Aucune règle ou décision ne pourra changer cela !

Le changement d’heure que nous connaissons aujourd'hui, reste lié à un souci d’économie, même si beaucoup en doutent. L’objet de ma chronique n’est pas d’en faire la démonstration. Je rappelle que c’est une bien vieille décision qui date de 1916. En pleine Première Guerre mondiale, la France souhaite économiser ses ressources énergétiques –

André Honnorat, alors député des Basses Alpes, propose aux parlementaires de voter une loi consistant à avancer d'une heure l'heure légale. Après maints grincements de dents, la loi est votée en mars 1917. La France adopte son premier changement d'heure. En 1918 pas question de rester à » l’heure allemande ». Arrive la Seconde Guerre mondiale. En juin 1940 l’occupant impose « l'heure allemande », basée sur Berlin. A la libération, la France revient au fuseau GMT en supprimant dans un premier temps le changement d'heure d'été, mais décide de conserver « l’heure allemande » d'hiver. Lorsqu'en 1945 Jean-Louis Bory reçoit le Prix Concourt pour son roman « Mon village à l'heure allemande », l'expression est officiellement consacrée. Par la suite, les historiens l'utiliseront pour évoquer assez généralement la mise au pas de notre pays par l'occupant, mais elle traduit néanmoins une réalité technique précise. Sous l'occupation on lui préfère l'expression « heure officielle », comme il est précisé par exemple sur des avis concernant des cérémonies ou des réunions privées. A la campagne on continue souvent d’utiliser le terme « ancienne heure ».  Une forme de résistance !  Les Français vivent alors à la même heure que l'Allemagne en hiver mais non en été. Ce n'est qu'en 1976 que le gouvernement du Président Valéry Giscard d'Estaing fait repasser le pays dans une alternance d'heure bisannuelle. Il me semblait important de faire ces rappels.

Je ne voudrais pas terminer cette chronique sans raconter cette anecdote qui concerne le savant Benjamin Franklin. Au passage je fais remarquer que le grand savant et diplomate, inventeur du paratonnerre, fondateur des premiers sapeurs-pompiers volontaires à Philadelphie, de la première bibliothèque de prêt des États-Unis, inventeur du poêle à bois à combustion contrôlée et des lunettes à double foyer ... entre autres ! et de « sainte Nitouche » !  était fils d’un marchand de suif et de chandelles ! Très curieux quand il s’agit d’une question d’économie de « bout de chandelles » ! Dans un article publié en 1784 dans « le Journal de Paris » dans lequel il traitait des économies d’énergies naturelles, il commence par décrire la démonstration d'une nouvelle lampe à huile, à laquelle il avait assisté la veille lors de son séjour à Paris. Il relate la discussion qui s'en était suivie à propos du rapport huile consommée/lumière produite. Le sujet en tête, il entre chez lui et s'endort vers 3-4 heures du matin. Vers 6h du matin un bruit le réveille. Il s'étonne d'une grande clarté dans sa chambre. Il pense d'abord à ces fameuses lampes à huile de la démonstration de la veille, éclairant sa chambre. Mais il constate, en fait, que ce sont les rayons du Soleil levant qui pénètrent dans la pièce. La lecture d'un almanach lui confirme que le Soleil se lèvera encore de plus en plus tôt jusqu'à fin juin.

« Cet événement me fit penser à des choses plus importantes et plus sérieuses. Si je n'avais pas été éveillé si tôt le matin, j'aurais dormi six heures de plus à la lumière du Soleil, et, par contre, aurait passé six heures la nuit suivante à la lumière des chandelles. »

Il poursuit : « En partant du principe qu'il y a 100 000 familles à Paris et que ces familles consomment la nuit 1/2 livre de bougies et chandelles par jour... En estimant de 6 à 8 heures la durée moyenne entre l'heure de lever du soleil et la nôtre... il y a donc 7 heures par nuit pendant lesquelles nous brûlons des bougies ; on en arrive au décompte suivant : En six mois entre le 20 mars et le 20 septembre, il y a 183 nuits. 7 heures par nuit d'utilisation de bougie. La multiplication donne 1281 heures. Ces 1281 heures multipliées par 100.000 donnent 128.100.000.

Chaque bougie exige 1/2 livre de suif et de cire, soit un total de 64.050.000 livres. À un prix de trente sols par livre de suif et de cire on en arrive à 96.075.000 tournois de livre." Et il conclut non pas par « ...une immense somme que la ville de Paris pourrait sauver chaque année «   mais par cette phrase : « les gens sont obstinément attachés à leurs vieilles traditions et il sera difficile de les amener à se lever avant midi ».

Il propose alors des solutions coercitives :

1) Taxer d'un louis par fenêtre les habitants qui laissent leurs volets fermés.

2) Bougies rationnées à une livre par famille par semaine.

3) Policiers chargés d'arrêter la circulation après le coucher du Soleil exceptée celle des médecins, des chirurgiens et des sages-femmes.

4) Chaque matin dès que le Soleil se lèvera, cloches d'église et, au besoin, canon informeront l'ensemble des habitants de l'arrivée de la lumière. »

Il y a donc bien longtemps que le changement d’heure est un sujet d’actualité.  Un vieux proverbe occitan nous incite à un même geste d’économie : « Oou mes de mars, lou caleu es en bas ». Avec les jours plus longs on n’a plus besoin d’allumer la lampe à huile !

Appel à l’économie mais aussi en cette fin de mois à la prudence ! Changement d’heure ou pas méfions-nous des derniers jours de mars ! « Ce que mars couve, on le sait après son trente et unième jour. » ou « Soit au commencement, soit à la fin, Mars nous montrera son venin» un autre dicton nous dit il faut que « mars marseuje », « il faut que mars fasse son temps de mars »

Il ne faut pas oublier que les derniers jours du mois sont appelés « li vaquerieu » « les jours de la vache »,  une vieille légende qui a déjà fait l’objet d’une de mes chroniques. Avec ce soleil qui n’est pas encore assez fort pour réchauffer la terre, il peut se produire, comme c’est le cas ces jours-ci, une forte chute de température qui, sans être au-dessous de zéro, peut provoquer un phénomène de gel qui comme pour la « Lune Rousse » d’avril et les « Saints de glace » brûle/roussi les jeunes pousses de la végétation qui a démarré.

« Quand mars se déguise en été, Avril prend ses habits fourrés. » Ou encore : « Quand mars fait avril, avril fait mars ! » « En mars quand il fait beau prends ton manteau » ! Prenez soin de vous, et méfiez du soleil de mars qui « donne des rhumes tenaces » !

Quoiqu’il en soit, gardons espoir avec les poètes puisque ce mois leur est dédié et ne nous laissons pas distraire par les œuvres perverses de nos politiques de tous bords, « demain on rase gratis !  et autres amuseurs publics en recherche de « jamais vu » ou de « sensationnel ».

Rien de nouveau sous le soleil ! Théophile Gautier écrivait :

« Tandis qu’à leurs œuvres perverses

Les hommes courent haletants,

Mars qui rit malgré les averses,

Prépare en secret le printemps »

 

Avec quand même cette lueur d’espoir :   

Puis, lorsque sa besogne est faire

Et que son règne va finir

Au seuil d’avril, tournant la tête

Il dit : » printemps, tu peux venir ! »

 Adissias !

                                                                                                     Jean Mignot

mardi 30 septembre 2025

Octobre et les calendriers

 

du mois d’octobre et des calendriers

 

Le mois d’octobre plus que tout autre mois de l’année, nous renvoie, au moins par cinq fois tout au long de ses trente et un jours, vers cette recherche des hommes qui depuis la nuit des temps, ont cherché un moyen pour mesurer la course du temps, celle du soleil et de la lune, et d’avoir ainsi un système de référence commun qui permette les échanges entre régions et pays, commerce mais aussi impôts ! c’est-à-dire les calendriers.

Tout d’abord son nom :10 e mois de notre année octobre garde son nom lié à sa place de 8ème dans le calendrier en vigueur à la fondation de Rome. Une année de dix mois qui commençait au mois de mars et qui dans ses derniers mois ne faisait plus référence pour le nom des mois à un dieu ou à une déesse mais à leur place dans la série : cinq, six, sept, huit, neuf, dix…

Ce calendrier fut remplacé, à la demande de Jules César, par un système élaboré par Sosigène d’Alexandrie. Calendrier dit « julien » il fixait entre autres choses, le début de l'année consulaire au 1er janvier entraînant un changement dans l’ordre des dix mois en ajoutant janvier par référence au dieu Janus, le dieu à deux faces qui regarde derrière et devant et un mois « intercalaire » dont il nous reste février et les années bissextiles. Ainsi octobre fut déclassé et devint le 10e mois de notre année de douze.

Le nom des quatre derniers mois fut conservé et dans l’écriture courante notamment pour les actes d’Etat-civil ils s’écriront longtemps du moins jusqu’à la Révolution VIIbre, ou 7bre (septembre) ; VIIIbre, ou 8bre (octobre) ; IXbre, ou 9bre (novembre) ; Xbre, ou 10bre (décembre).

Octobre nous rappelle ces calendriers anciens et les réformes de nos Anciens pour rechercher une mesure du temps qui se rapproche le plus de la course du soleil.

Un deuxième rappel nous est donné par octobre. C’est en ce mois et en l’an 1582 qu’on est passé du calendrier « julien » au calendrier actuel dit « grégorien ».

Le calendrier « julien » qui avait eu belle durée de vie de plus de 15 siècles comportait en effet une légère erreur qui entraînait un décalage de 12 minutes par an, soit 20 heures par siècle et 8 jours par millénaire, soit une dérive d’une dizaine de jours entre l’année sidérale (365,256 durée de la révolution de la terre autour du soleil) et l’année tropique (soit 365,242 jours, intervalle avant le retour du soleil à sa même position dans le ciel). L’équinoxe calendaire et les saisons ne coïncidaient plus au cycle réel du soleil

Il fallait remettre de l’ordre notamment pour que les saisons correspondent aux mois et que la date de Pâques qui détermine les fêtes chrétiennes soit le plus proche possible de la date du calendrier hébraïque. C’est pourquoi les Pères conciliaires réunis en concile, à Trente demandèrent une révision du système.

En février 1582, la bulle « Inter gravissimas » du Pape Grégoire XIII sur la base des travaux d’une importante commission dont on n’a retenu que le nom de deux savants, le calabrais Aloïsius Lilio et le jésuite allemand Christophe Flavius décida que le jeudi 4 octobre 1582 serait immédiatement suivi du vendredi 15 octobre, afin de compenser le décalage accumulé.

La bulle fut effectivement appliquée le 4 octobre dans la plupart des pays catholiques. Dans ces pays-là les 5,6,7,8,9 octobre n’ont donc jamais existé. Cependant, les pays protestants comme les pays orthodoxes ont ignoré ou refusé cette réforme, du fait qu'ils récusaient l'autorité religieuse du pape. A fortiori, les pays non chrétiens, musulmans ou autres (Chine, etc.). « Il vaut mieux ne pas être d’accord avec le soleil plutôt que de l’être avec Rome ! » aurait dit Voltaire qui pourtant ne vivait pas à cette époque, ce qui fait peser un grand doute sur l’authenticité de cette citation !

Une dizaine de jours qui n’ont jamais existé mais pas de façon uniforme dans tous les pays.  Par exemple en France la mise en œuvre de cette décision se fit en décembre 1582. Dix jours de décembre 1582 qui n’ont jamais existé entre le 13 et le 23 décembre, entrainant dans leur réforme le fameux dicton de la saint Luce, fête de la lumière à la veille du solstice alors le 24 décembre. C’est désormais à la date du solstice que les jours avancent du saut d’une puce et non à la saint Luce. Le vieux dicton a survécu et il est encore très souvent cité. A tort !

Les pays protestants et les pays orthodoxes ont mis en œuvre cette réforme à des dates différentes dans un délai plus ou moins long, entre 1700 et 1923, de même que certains pays musulmans au XIX ème ou au XXème siècle. D'une façon plus générale, le calendrier « grégorien » est aujourd'hui le calendrier international de référence

Cela peut donner des situations cocasses ! Cervantès « le Mancho de Lépante » créateur du célèbre Don Quichotte et William Shakespeare auteur du si célèbre Romeo et Juliette et de Hamlet seraient morts le même jour le 26 avril 1616 ! Or il n’en est rien !  « Etre ou ne pas être telle est la question ». En en effet en 1616 l’Espagne catholique avait appliqué le calendrier « grégorien » alors que pour le royaume d’Angleterre on était encore sous le régime du calendrier « julien » ( jusqu’en 1752), soit en concordance, le 3 mai 1616. Mais on continue de se référer à la date des calendriers en cours dans chacun de ces pays et on dit que les deux célèbres écrivains sont morts le même jour !

C’est cette application tardive dans les pays orthodoxes qui nous fait parler de la « révolution d’Octobre » en Russie.

C’est le troisième rappel que nous apporte octobre en lien avec la réforme des calendriers.

Dans la nuit du 6 au 7 novembre 1917, les bolcheviks s'emparent des principaux centres de décision de la capitale russe, Petrograd (l’ancienne Saint-Pétersbourg). Ce coup de force sans véritable soutien populaire est baptisé « Révolution d'Octobre » car il s'est déroulé dans la nuit du 25 au 26 octobre selon le calendrier « julien » en vigueur dans l'ancienne Russie jusqu'au 14 février 1918. Le top départ de la révolte sera donné à 21h40 par un coup de canon tiré depuis le navire « l’Aurore ». Un clin d’œil de plus au temps !

Le calendrier grégorien sera adopté en Russie peu après cet évènement. Le 24 janvier 1918, le Conseil des commissaires du peuple publie un décret selon lequel le mercredi 31 janvier 1918 sera suivi du 14 février 1918. Mais l’église orthodoxe continue de se référer au calendrier « Julien » d’où les fêtes de Noël et de Pâques célébrées avec dix jours de décalage. Position de principe difficile à comprendre puisque le calendrier « julien » n’a pas de référence religieuse !

Ne confondons pas cette « Révolution d’octobre » qui a bien un lien avec le mois d’octobre et les calendriers avec « Octobre rouge », cette mutinerie de capitaine Valéry Sabline qui prend de force une frégate soviétique, histoire en partie vraie qui eut lieu en pleine guerre froide et a inspiré un film avec Sean Connery et le roman « à la poursuite d’octobre rouge ». 

De même je cite seulement pour mémoire « Octobre rose » dont la cause bien fondée ne saurait être mise en cause.  

Dans la nuit du 25 au 26 octobre, nous changerons d’heure cette année encore malgré les sondages qui prouvent qu’on ne veut plus de ce changement. C’est le quatrième rappel que nous fait octobre. Encore une question de calendrier puisqu’il s’agit de caler la durée de nos jours sur la course du soleil. Ainsi, dans la plupart des pays ou régions d'Europe qui appliquent l'heure d'été, le dernier dimanche d'octobre est celui du passage à l'heure d'hiver, c'est-à-dire le retour à l'heure normale du fuseau horaire.

Selon une étude de l’Agence de la transition écologique, le changement d'heure permettrait à la France d'économiser 351 GWhs chaque année, soit 0,07% de sa consommation énergétique totale. Ce serait intéressant de connaître la position de nos écologistes !

Au passage je ne peux m’empêcher de rire quand j’entends dire que ce changement d’heure perturbe les animaux ! Que je sache, les oiseaux commencent à piailler dès que le jour se lève sans se demander l’heure qu’il est ! Et les vaches ??  et les autres animaux ???  

 A la fin de ce mois, Octobre nous fait un dernier et cinquième rappel.

L’année celtique était rythmée par deux périodes. Dans nuit du 31 octobre au 1er novembre on entrait dans la période sombre et froide. C’était la fête de Samain qui correspond au début de l’année et de la saison sombre. Ce que nous appelons « halloween » se dit en gaélique « oiche sahmhna ». C’était le soir sacré où on célébrait les ancêtres, les héros et les morts avant les inquiétudes et les rigueurs de l’hiver.  Le 31 octobre qui était donc le soir sacré, la veille du jour des saints et ce bien avant que la fête de Toussaint soit fixée au 1er novembre. Aujourd’hui avec l’influence des opérations commerciales venues d’Amérique que nous dénonçons par ailleurs nous a fait totalement oublier le sens sacré de cette fête. On a oublié qu’Halloween littéralement « allhallow-even » soit « eve of All saints ». Une dérive manipulée par le commerce, où le laid, voire les sorcières et autres personnages démoniaques, sont fêtés sans aucun respect de la vocation d’origine de ce jour n’en déplaise à tous ceux partisans de cette fête ! On ferait mieux de nous conseiller de bonnes recettes à base de courge aux effets bien connus plutôt que d’en faire des épouvantails. Notre santé à tous pourrait mieux s’en porter

Les Uzétiens m’en voudraient si je ne parlais pas de leur saint Firmin dont la foire si réputée a été supprimée par décision municipale car ne correspondant plus à l’actualité et compensée par les beaux marchés des Samedis d’Uzès. D’autres saints Firmin, celui d’Amiens et celui de la féria de Pamplona sont célébrés le 25 septembre. Il faut bien montrer nos particularités et à Uzès nous avons ses reliques dans la reproduction de son corps en cire dans un cercueil de verre et ses belles statues !   Notre saint Firmin fut élu évêque d’Uzès à 22 ans, en 538. Il mourut, selon la tradition en 553, au lieudit « Firminargues » un lieu qui existe toujours.  Il fut enterré dans la basilique qu’il avait fait construire dans un faubourg d’Uzès. Les actes de Saint Firmin nous racontent le cortège qui accompagnait sa dépouille mortelle. A la traversée d’un bois un ours surgit qui se jeta sur le cortège et attaqua un des deux bœufs qui tiraient la charrette/corbillard. Au bout d’un certain temps, le calme revenu les gens d’Uzès osèrent approcher pour voir où en était la situation. L’ours qui avait tué un des deux bœufs, dormait, repus. Ils attachèrent cet ours en lieu et place du bœuf mort et c’est avec ce curieux cortège, un bœuf et un ours, que l’Evêque Firmin d’Uzès fut amené à son lieu de sépulture aujourd’hui difficilement identifiable, au quartier de La Périne.  Le lieu prit de l’importance et devint un vrai bourg avec sa propre administration et ses consuls. Les pèlerins vinrent sur la tombe de Firmin. Cela attira les commerces et on fit même une foire. Les affaires dégénérèrent et le clergé fit disparaître les reliques. La foire subsista jusqu’à la disparition de ce bourg. En 1385 la ville d’Uzès, fut autorisée, par lettres patentes du Roi de France, à organiser cette foire à l’intérieur des murs. C’est feu notre foire de la saint Firmin, disparue aujourd’hui et qui mérite ce rappel « historique » notamment à cause de son originalité dans une version, celle que je prétends bien sûr la plus historique.   Les retrouvailles de ses reliques m’amèneraient à une trop longue digression et ce serait sortir du sujet de ma chronique qui a pour objectifs les rapprochements d’octobre avec l’évolution des calendriers.

Cependant je voudrais rappeler quelques faits qui ont eu lieu en octobre et qui ont marqué sinon ce mois et les calendriers, l’histoire de notre humanité. Octobre c’est en 480 av. JC, la bataille de Salamine qui délivra la Grèce de l’occupation Perse ; octobre c’est en 380 av. JC Alexandre vainqueur de Darius à Arbelles connue aussi comme bataille d’Issus, immortalisée par une peinture de Lebrun exposée au Louvre avec au premier plan au centre la célèbre figure de l’effroi du soldat perse. Il faut aller voir ce dessin à la pierre noire : « l’effroy, expression de l’âme » exposé à la bibliothèque de l’Ecole normale supérieure. C’est, immortalisé, ce moment où le Conquérant s’assure la conquête de l’Asie. A Philippes, en Macédoine, au mois d’octobre, en 42 av . JC périrent en quelque sorte les derniers romains et avec eux leur république. C’est encore un mois d’octobre, que Constantin livra une grande bataille sur les bords du Tibre et arriva ainsi aux portes de Rome. On sait l’influence de cette bataille sur la propagation du christianisme qui devait marquer si profondément l’histoire des peuples. C’est aussi en octobre, le 7 du mois de l’an 1571, qu’eut lieu la fameuse bataille de Lépante et quelques centaines d’années plus tard le 14 octobre 1806 celle d’Iéna. C’est en octobre 1789, que le peuple de Paris, avec à sa tête sept à huit mille femmes, envahit le château de Versailles et ramena avec lui, en un voyage de neuf heures, « le boulanger, la boulangère et le petit mitron » jusqu’aux Tuileries, faisant prendre ainsi un tournant irréversible à la révolution vers la chute de la royauté. Autant de faits qui se sont passés en octobre. Le 1er octobre 1438 alors qu’une famine sévissait dans notre pays « les loups sont entrés dans Paris » comme le chantait si bien Serge Reggiani, dévorant quelques parisiens ! 

Octobre c’est le brumaire de feu le calendrier républicain « Octobre en brumes, mois à rhumes ».  Selon d’autres sources, le temps d'octobre annoncerait celui des mois suivants.

Je relève seulement qu’au moment de la Nouvelle Lune du 21 septembre, avec éclipse et nœud lunaire le temps a changé nous plongeant résolument dans l’automne.

Soyez prudents et couvrez-vous bien :

« Oou mes doctobre, Qu’a res de raoubo, que n’en trobe. »

A Diou sias.

 

 

 Jean Mignot

 

 

 

 

 

samedi 30 août 2025

Au trente et un du mois d'Août

 Et puis M…. !

« Au 31 du mois d’Août… » Cette chanson commémore le combat du 31 août 1800 au cours duquel le corsaire Surcouf qui commandait « La Confiance » captura le navire anglais « Kent » un trois mâts de 1200 tonneaux, monté avec 400 hommes et 38 canons alors que notre corsaire n’avait à sa disposition que quinze ( ou six ?) canons pour un bateau de 490 tonneaux.

« Que va-ton dire -t-on du grand rafiot

à Brest, à Londres ou à Bordeaux,

qu’a laissé prend’ son équipage

par un corsaire de quinze canons,

lui qui en avait trente et si bons »

 

Bonne occasion de se moquer et de tourner en dérision nos amis Anglais par ce refrain qu’on se plaisait à chanter : « et merde pour le Roi d’Angleterre… »

Nos relations avec ceux d’outre-Manche n’étaient déjà pas au beau fixe !

Une autre version « historique » donne à ce combat naval des dates et des lieux différents mais il s’agit toujours de la Confiance qui arraisonne le Kent et du même juron adressé aux Anglais !  

 

L’usage de notre « célèbre ? … » juron daterait-il de cette date et non de ce 18 juin 1815 à Waterloo, où il est attribué au Général Cambronne et que l’on appelle souvent « le mot de Cambronne » ?

 

Selon une légende très populaire, commandant le dernier carré de la Garde, au moment de cette triste défaite, sommé de se rendre par le général britannique Colville, le général Cambronne aurait répondu « La Garde meurt mais ne se rend pas ! » puis un définitif « Merde ! » avant d'être grièvement blessé. L'armée du Nord s'enfuit dans le plus complet désordre, abandonnant l'essentiel de son train d'équipage et de son artillerie.  Cambronne, blessé d’un coup de feu au sourcil gauche, est fait prisonnier.

Il nia farouchement avoir prononcé ce juron avec panache en réponse au général anglais et toujours démenti avoir prononcé l’autre phrase qu’on lui attribue « la Garde meurt mais ne se rend pas ». « Je n'ai pas pu dire « La Garde meurt mais ne se rend pas », puisque je ne suis pas mort et que je me suis rendu »

Il semble bien que Cambronne ne prononça ni la phrase ni le mot bien que dans nos habitudes, notre juron soit resté « le mot de Cambronne ».

Concernant la phrase, c’est un certain Rougemont, journaliste à la plume inventive, qui, dans la journée du 23 juin 1815, créa de toutes pièces la fameuse réponse, et la plaça dans la bouche du général Cambronne ; le lendemain, il la faisait paraître dans le Journal Général de France. En passant par le canal de quatre journaux différents, elle subit plusieurs métamorphoses avant d’aboutir à sa forme définitive : « La Garde meurt et ne se rend pas »

Deux autres faits « historiques » nous donnent la preuve que l’usage de ce juron existait avant Waterloo.

Qui ne connait ce mot de Napoléon qui en Conseil des Ministres restreint le 28 janvier 1809, s’adresse à Talleyrand « Tenez Monsieur, vous n’êtes que de la merde dans un bas de soie ! » Ce qui valut quelques temps plus tard devant un parterre d’ambassadeurs, la réplique bien connue elle aussi : « Quel dommage, Messieurs, qu’un si grand homme soit si mal élevé ! »

 On dit aussi que 49 jours avant Waterloo, le capitaine de vaisseau Collet (celui-là même qui, avec le grade de contre-amiral, dirigera plus tard les opérations du blocus d’Alger), commandant à ce moment la Melpomène, rencontrant  devant Ischia le navire anglais Rivol et  sommé de se rendre aurait répondu  au commandant anglais ce mot, très éloquent dans sa brièveté : « Merde ».

« Le mot de Cambronne » n’obtint de succès que vers 1830, soit quinze ans après la bataille.

Victor Hugo retrace successivement toutes les étapes de la glorieuse déchéance de Napoléon et  raconte à  sa façon la bataille de Waterloo amplifiant la "version  Cambronne »  et en faisant ainsi  sa réputation. Il écrit : « Cambronne à Waterloo a enterré le premier empire dans un mot où est né le second », et dans Les Misérables: « Dire ce mot, et mourir ensuite. Quoi de plus grand ! car c'est mourir que de le vouloir, et ce n’est pas la faute de cet homme, si, mitraillé, il a survécu. (…) L'homme qui a gagné la bataille de Waterloo, c'est Cambronne. Foudroyer d’un tel mot le tonnerre qui vous tue, c’est vaincre. »  

Mais on est déjà en 1853 !

Waterloo, Waterloo ! morne plaine … !

Il faut se garder de transformer et romancer l’histoire et admettre que la légende ait préféré emprunter au héros de cet obscur combat naval le fameux juron pour le mettre sur les lèvres de Cambronne.

Le célèbre mot adressé aux anglais est entré dans l’histoire. Symbole de la culture française il fallait l’inscrire dans le dictionnaire de l’Académie. Cela donna lieu à une séance épique et à quelques échanges que je peux présenter ainsi :

Les séances du Dictionnaire n’ont pas toujours cette tristesse monotone que l’on prête aux réunions des Quarante, rapporte Comoedia dans son numéro du 19 novembre 1926. La journée précédente avait été consacrée en grande partie à la lecture des discours destinés à être lus le jeudi suivant sous la Coupole, à l’occasion de la réception de Louis Bertrand par Jules Cambon.

Louis Bertrand est un romancier Académicien devenu dreyrusard puis hitlérien. Jules Cambon est un diplomate qui, ambassadeur de France en poste à Berlin, reçut, le 3 août 1914, la déclaration de guerre faite à la France. Pour plus de détails voir Wikipedia ou toute autre encyclopédie.

 Cette solennité de réception d’un académicien est de tradition quai Conti. Après sa comparution devant le conseil de lecture, dont la bienveillance est toujours acquise aux néophytes dans l’humaine immortalité, M. Louis Bertrand, fut admis « aux honneurs de la séance » où les immortels présents s’occupaient précisément de l’indésirable substantif lancé jadis par le général Cambronne, à la figure de nos bons alliés anglais.

« Le successeur au fauteuil de Maurice Barrès recula d’horreur, un peu indigné que de tels propos fussent prononcés en si bonne compagnie, car ce mot a de nombreuses acceptions et les immortels avaient conçu de les discuter toutes, comme de pudiques magistrats expédient en une seule audience des débats trop scabreux. » rapporte  Comoedia

Tout en se gardant de romancer l’histoire, on peut bien admettre que la légende ait préféré emprunter au héros de cet obscur combat naval le fameux juron, pour le mettre sur les lèvres de Cambronne.

Loin de ces considérations historiques, le problème de l’admission du juron au sein du Dictionnaire se posait aux académiciens. Allait-on l’admettre dans le code de la langue ? Louis Bertrand qui avait là une belle occasion de participer pour la première fois au travail du Dictionnaire, ne dit mot, en revanche, Jean Richepin fit une spirituelle communication sur les titres de noblesse du mot, terme si expressif dont il est impossible de trouver un aussi éloquent synonyme, rapporte Comoedia.

Bref la question se posait : le substantif n’est pas français et sa suppression devait être décidée ; ou bien il est de bon usage et légitimement français. Les Quarante délibérèrent longuement puis rendirent le verdict suivant : « Merde restera français avec sa définition substantive mais l’exclamation ne sera pas admise ».

C’est seulement dans la 9e édition du Dictionnaire, dont le premier tome parut en 1992 que le juron fit son entrée.

Cambronne ou pas,  voilà ce juron admis au rang du bon français et validé par l’Académie.

Je laisse à d’autres le soin de décliner ce mot sous toutes ses utilisations ! dépit, colère, surprise, refus ou souhait !

Et puis … je ne vous …..em…bêterai ( sic !) …. pas plus avec cette histoire ! surtout au 31 du mois d’août 2025

Jean Mignot


vendredi 1 août 2025

Août un mois avec l’accent

 

Août un mois avec l’accent

Pour suivre les directives du rapport de 1990 sur les rectifications orthographiques, ce mois devrait perdre son accent ! Cette décision, si elle était mise en œuvre, ferait disparaître ce signe – l’accent circonflexe – et la consonne finale « t » qui nous rappellent que le nom de ce mois a été décidé pour honorer le premier empereur romain Auguste. En effet si nous suivons ces directives il faudrait prononcer « ou » sans faire sonner la consonne finale, donc perdre cette référence à Auguste.

Août est un mois victime d’un « amuïssement » c’est à dire d’un phénomène qui dénature l’origine du mot. L’amuïssement consiste en l'atténuation ou, le plus souvent, la disparition complète d'un phonème ou d'une syllabe dans un mot.

Je ne me lancerai pas sur une explication phonétique et compliquée, ce dont je suis incapable. Je ne parlerai même pas d’internet et du langage des sms qui font que notre langue est en train de se dénaturer totalement.

« Il faut commencer selon l’ordre des choses, par une exacte connaissance de la nature des lettres, et de la différente manière de les prononcer toutes » dit le maître de philosophie à Monsieur Jourdain (Acte 2 scène IV du Bourgeois gentilhomme – 1670)

« J’ai à vous dire que les lettres sont divisées en voyelles parce qu’elles expriment les voix ; et en consonnes ainsi appelées parce qu’elles sonnent avec les voyelles, et ne font que marquer les diverses articulations des voix. »

On se souvient bien de cette scène admirable où le maître de philosophie explique de façon très détaillée la façon dont il faut positionner les lèvres et la mâchoire pour former les sons.  

Une consonne comme son nom l’indique est faite pour sonner. Elle donne du corps à notre belle langue. Le français sans ses consonnes serait une langue sans structure, sans squelette !

Si je parodie Molière, pour prononcer « ou » la bouche fait justement comme un petit rond les lèvres en avant. Essayez et vous verrez ! C’est ce qui nous fait dire à nous autres gens du Midi que prononcer ainsi c’est « parler pointu » comme les « Parisiens » - c’est-à-dire ceux qui vivent au Nord de Montélimar- On dit aussi les « gens du Nord » parlent pointu. Et de façon moqueuse et un peu grossière, on dit qu’ils parlent la bouche « en cul de poule »

Avec cette prononciation, Août perdrait toute son originalité, et la trace de son étymologie sans son accent. 

Une consonne comme son nom l’indique est faite pour sonner. Elle donne du corps à notre belle langue. Le français sans ses consonnes serait une langue sans structure, sans squelette !

Août, perdrait toute son originalité, et la trace de son étymologie sans son accent.

Août un mois qui a beaucoup de caractère.

C’est en l’an 8 av JC que « sextilis », le 6ème mois de l’année romaine, devint « Augustus », en vertu du Sénatus-consulte justifiant cette décision pour rendre hommage aux principaux événements de la vie d'Auguste, tels que son premier consulat, ses trois triomphes, la conquête d'Égypte, la fin des guerres civiles, accomplis dans le cours du huitième mois de l'année.

L’historien Flavius Macrobius Ambrosius Théodosius, plus connu sous le nom de Macrobe, né en 370 ap JC en Numidie, dans un de ces trois royaumes qui se partageaient l’Afrique du Nord berbère, un territoire qui a une longue histoire,  même avant 622 ! et  Lucius Cassius Dio, dit Dio, né en Bythinie, pas loin de Nicée, nous ont laissé le récit de cette décision du Sénat romain de baptiser ce mois, le sixième mois de l’année, du nom de Caius Octavius Thurinus, Imperator  Caesar Divi Filius Augustus, dont on n’a retenu que le qualificatif Auguste.

Ces historiens sont des « passeurs de témoins ».

La seule trace de cette origine est cet accent circonflexe que ces « Messieurs du quai de Conti » - comme on disait avant 1980,  c’est-à-dire avant l’ouverture de l’Académie aux femmes et l’élection mouvementée de Marguerite Yourcenar - voudraient faire disparaître. Sauvegardons l’accent du mois d’août avec nos amis d’Espagne qui continuent d’appeler ce mois « agosto » et ceux d’outre-Manche qui écrivent « August ».

La cigale de Monsieur de La Fontaine promet à la fourmi : « je vous paîrai, lui dit-elle, avant Oût, foi d’animal ».  Voltaire, dans l’avertissement de Zaïre recommande de prononcer « oût » et il écrivait à la marquise du Deffand : « A Ferney 19 Auguste, car il est trop barbare d'écrire août et de prononcer «ou». Pourtant Madame de Sévigné à la plume si facile écrivait « le mois d’out »

La prononciation « a-ou » reparaît à partir du XIX e siècle chez les orateurs démocrates et chez les poètes comme Sainte-Beuve, V. Hugo et H. de Régnier et on serait, disent-ils, dans la vraie tradition française en prononçant toujours et uniquement « ou ».

Littré écrit « l’« a » ne se prononce pas bien que certaines personnes prononcent « a-ou ». Mais il dit lui aussi : « le « t » ne se lie pas ; la mi-août, dites la mi-ou ». C’est ce que tournait en dérision Ménage qui écrivant au Président Bellière (Nicolas de Bellière Président à mortier au Parlement de Paris 1593 - 1650) « s’imaginer entendre miauler les chats quand les Procureurs, à l’audience, disent que l’affaire est reportée à la mi-août » !

Bien sûr nous pensons ici au "Duo des chatsDuetto buffo di due gatti", ce merveilleux duo humoristique de deux chats de Rossini.

L'article du célèbre Littré est d’autant plus étonnant que d’autres mots dérivent de ce nom. Son dictionnaire en donne une série dont beaucoup ont disparu de nos vocabulaires. 

Comment allons-nous appeler ceux qui prennent de vacances en ce mois d’août nos « aoûtiens » ?  Quel nom allons-nous donner à cet acarien, « l’aoûtat » qui provoque des démangeaisons si désagréables en cette saison ? Les jardiniers conseillent de choisir un « bois aoûté » pour de jeunes branches dont le bois s’est endurci avant l’hiver, pour faire des greffes. On parle encore, mais moins souvent, d’un melon « aoûté » pour un melon bien muri par la chaleur. Plus rare à trouver et si bon !

« Août donne du goût !» dit un vieux dicton. C’est la température du mois d’août qui fait que le vin est bon ou mauvais. « Ce que le mois d’août ne mûrira pas, ce n’est pas septembre qui le fera ! » dit un autre vieux dicton, et tant d’autres !

Gardons bien tout son goût à notre mois d’août !

Bon mois d’août !

Jean Mignot le 1er août 2025

 

mardi 1 juillet 2025

De la sieste à ma façon

 

De la sieste à ma façon

Juillet et Août sont des mois de canicule et tandis que les vacanciers, estivants ou autres personnes en congés, « juilletistes » ou « les aoûtiens », ne pensent qu’aux baignades, fêtes et loisirs d’été en tous genres, sans oublier la sieste, le paysan s’active dans ses champs : « En août et en vendanges, il n’y a ni fêtes ni dimanches » car « qui dort en août dort à son coût ». Chez moi en Cévennes on dit : « passat lou 15 de agoust pas pus de dormido ni mai de goustarous ! » « Après le 15 août, plus de sieste ni de goûter ».

De nombreux dictons donnent les mêmes recommandations : « En août quiconque dormira sur le midi s’en repentira ».  « Quand même la couche serait à ton goût ne dors pas sous le soleil d’août » ou encore : « En canicule point d’excès, en aucun temps point de procès.

La sieste est si bénéfique qu’on en parle de plus en plus et qu’on écrit même des livres pour en vanter les bienfaits. Alors voici une approche de la sieste « à ma façon ».

Sieste vient du latin « sexta » la sixième heure du jour, heure de prières dans les monastères et pour bien des croyants.

On distingue plusieurs types de siestes : la « sieste éclair » qui dure généralement entre 10 et 30 minutes — cette durée est d'ailleurs généralement conseillée car au-dessus de 30 min de sieste il est assez difficile de revenir rapidement à l'état d’éveil ; la « sieste royale » à partir d'une heure ; la « micro-sieste » qui dure moins de 5 minutes. La sieste permet de regagner de la concentration et de l'énergie, et met de bonne humeur. Il est tout de même conseillé de ne pas commencer à faire la sieste après 16 h pour ne pas avoir d'effet négatif sur la nuit suivante.

La sieste est couramment pratiquée dans les pays chauds, aux heures les plus chaudes lorsque le soleil est au zénith : la chaleur ne permet pas d'activité très physique et le travail est remis aux heures plus fraîches.

Les « Parisiens » et autre gens du Nord, considèrent souvent la sieste comme un  « luxe », un temps volé au temps de travail ou à d'autres activités ou même associé à la paresse, alors que le premier objectif de la sieste, c’est d’échapper à la chaleur écrasante : ne pas se fatiguer davantage quand le thermomètre grimpe trop haut. Climatisation aidant ils débarquent chez vous sans tenir compte de ces heures ou le repos est « sacré ». Ne leur proposez pas d’arriver chez vous dans l’après-midi. Ils vont arriver entre quinze et seize heures ! il faut les inviter à l’apéro mais pas avant 19h ! …

« La sieste est pratiquée tout autour de la Méditerranée : en Égypte, en Grèce, au Moyen-Orient », raconte l’historien et écrivain Robert Colonna d’Istria, « et je constate que c'est là qu'est née la civilisation et les plus grands empires." …

En Provence et chez nous c’est la siesta, ou la dormido (prononcer « dourmido » ; ou le « pénéquet » un petit somme à la provençale, un de ces symboles de l'art de vivre en Provence, associé au soleil, au jeu de boules et au pastis ! Bien que cela ne soit pas réservé aux habitants de la Provence, ce moment magique prend toute son importance dans notre région, d'autant plus lorsque la chaleur devient de plus en plus accablante. Comment résister, après une bonne matinée passée à la pétanque, sport traditionnel populaire, après un apéritif bien arrosé de « petit jaune », suivi d'un bon repas, comme l'aïoli par exemple - qui demande toute l'énergie possible pour réussir une bonne digestion - à l'appel d'un petit pénéquet ? C'est la question que se posent tous les provençaux lorsqu’après le repas, le silence en devient imposant, seulement interrompu par le chant des cigales. C'est alors le moment de se glisser sur une chaise longue, à l'ombre des grands arbres ou encore derrière les volets croisés d'une maison contenant encore la fraîcheur de la nuit précédente ! Le pénéquet est à présent en train de gagner les esprits et de plus en plus de partisans d'une sieste qui deviendrait obligatoire se font entendre, louant les bienfaits d’une petite somme d'un quart d'heure par jour afin d'améliorer la mémoire, les jugements ainsi que la créativité de tous. Alors ne dénigrons pas cet instant sacré !

De là à faire l’éloge de cette pratique, il n’y a qu’un pas !

Un ancien président de la république a préfacé le livre de Bruno Comby : « Eloge de la Sieste ».

« C'est avec un peu d'étonnement que j'accueillais la proposition de Bruno Comby d'écrire une préface à son "Éloge de la sieste", …Mais, à bien y réfléchir, partant de mon expérience de la sieste, de tout ce qu'elle m'apporte et de tout ce qu'elle m'autorise dans mon emploi du temps, cette idée d'un ouvrage qui serait, à la fois, un encouragement à pratiquer la sieste et un mode d'emploi m'a finalement conquis.

Le repos est une affaire sérieuse, dont la qualité conditionne notre existence. De nombreuses religions ont sacralisé le sommeil dont Charles Péguy écrivait qu'il est « l'ami de Dieu [et] de l'homme ». Les anciens savaient que la clé des songes est aussi celle de l'équilibre et du bonheur, et recommandaient la pratique de la sieste…

Parmi nos illustres contemporains, André Gide, qui en était le fervent adepte, avouait lui consacrer deux heures quotidiennes, parfois plus, et en tirait une grande satisfaction…

Oui, la sieste est une recette d'équilibre à la portée de tous… » Jacques Chirac

 « Laissez-vous aller, allongez-vous, ne résistez pas à l’appel de la sieste, à ce plongeon voluptueux dans le sommeil diurne ! Dormez, rêvez, rompez les amarres avec la rive du quotidien chronométré ! Décidez de votre temps, siestez ! » écrit Thierry Paquot, dans son essai : « L’art de la sieste », et il met l’accent sur la maîtrise du temps et la reconnaissance d’un temps à ne rien faire d’autre que… dormir !

Différents auteurs ont parlé de la sieste ou décrit ce moment privilégié et des peintres très célèbres comme Van Gogh, Millet et Pissaro nous ont laissé des tableaux célèbres sur le thème de la sieste.

Alphonse Daudet dans plusieurs de ses œuvres et bien sûr dans les « lettres mon moulin » décrit ce moment de la journée où tout est calme, les routes et rues désertes, volets fermés…

« C’était en revenant de Nîmes, une après-midi de juillet. Il faisait une chaleur accablante. À perte de vue, la route blanche, embrasée, poudroyait entre les jardins d’oliviers et de petits chênes, sous un grand soleil d’argent mat qui remplissait tout le ciel. Pas une tâche d’ombre, pas un souffle de vent. Rien que la vibration de l’air chaud et le cri strident des cigales, musique folle, assourdissante, à temps pressés, qui semble la sonorité même de cette immense vibration lumineuse… Je marchais en plein désert depuis deux heures ». A.D les deux auberges.

A Cucugnan, ce village d'Occitanie, en Roussillon et non en Provence, bien connu pour son curé, la municipalité a pris l’initiative de créer un lieu dédié à la sieste…Au pied du château de Queribus c’est un espace de repos, d’observation et de sensibilisation au patrimoine naturel environnant.

Le Pont du Gard, le lundi de Pâques, propose une « sieste musicale » moment où on oublie notamment les tracas qui envahissent la vie quotidienne.

En Espagne, les horaires des bureaux laissent le temps de faire la sieste. Le travail reprend dans l’après-midi, vers 15 ou 16 heures. En revanche, il finit plus tard, entre 20 heures et 21 heures. Le gouvernement essaye sans succès de modifier cette habitude peu conforme aux exigences de la mondialisation : les horaires des fonctionnaires pourraient désormais finir à 18 heures. L’État espère ainsi inciter les entreprises à suivre la même voie.

En Chine, le droit à la sieste est inscrit dans la Constitution de 1948, article 49 :  « Ceux qui travaillent ont droit à la sieste ».

Au Japon, de nombreuses entreprises japonaises ont aménagé dans leurs locaux des espaces destinés à la sieste plus ou moins forcée de leurs employés.

Les enfants en bas âge ont souvent besoin d'un tel moment de repos, au moins sous la forme d'un « temps calme » organisé dans les structures d'accueil (écoles, centres de loisirs ou de vacances). 

Françoise Hardy nous invite à ce temps de repos :

« Et si tu mettais Le répondeur, C'est mieux que les boules Quiès

T'as pas remarqué que c'est l'heure de faire la sieste...

T'agiter trop tôt serait une erreur, t'as besoin de repos. »

La sieste nous a laissé au moins quatre mots étroitement liés à sa pratique.

Le "radassier"; cette sorte de canapé à structure de bois et à assise de paille, à trois places, peu confortable. « Radasser » c’est « se reposer » du verbe radassa dans les parlers du Midi.

« La méridienne » terme surtout employé pour désigner un fauteuil plus confortable sur lequel on se repose ; un canapé à deux chevets de hauteurs inégales qu’on a baptisé « récamier » à cause du célèbre portrait de David, et dont la partie basse peut être rabattue à l’horizontale.

Le « sofa » sorte lit de repos à trois dossiers qui sert de siège, et que l'on confond souvent avec un canapé. « On appelle un sofa une espèce de lit de repos à la manière des Turcs ».

Et autres « chaises longues » et « transats ».

Nous pourrions chanter avec Fernandel : « Le tango Corse, c'est un tango conditionné / Le tango Corse, c'est de la sieste organisée / (...) Le tango Corse, c'est l'avant-goût de l'oreiller », avec toute la lenteur voulue

 

Bonne sieste ! elle s’impose en particulier ce 1er juillet 2025

 

samedi 21 juin 2025

" Faites de la musique "

 

Qui a inventé la fête de la Musique ?

 En 1982, M. Jack Lang, ministre de la Culture, lance la première édition de la fête de la musique en France. Cependant il faut remonter à l'année 1976 pour connaître la véritable histoire de la fête de la musique et même bien au-delà ! Cette année-là, Joël Cohen, un musicien américain qui travaillait pour France Musique, propose des « Saturnales de la Musique » le 21 juin et le 21 décembre - une programmation musicale spéciale diffusée toute la nuit, pour fêter en musique les deux solstices. La première édition a lieu le 21 juin 1976.

Il se trouve qu’à la même époque, le compositeur Maurice Fleuret est aux commandes d’une émission hebdomadaire sur France Musique. Le concept de Joël Cohen aurait-il inspiré le futur Directeur de la Musique et de la Danse de Jack Lang  ?

Quelques années plus tard, le 10 juin 1981, la « Fête de la Musique et de la Jeunesse » est organisée pour célébrer l'élection du Président François Mitterrand, un concert gratuit place de la République à Paris réunit environ 100 000 personnes.

Jack Lang et Maurice Fleuret s'inspirent de cet évènement festif et des « Saturnales de la Musique » de Joël Cohen pour créer la Fête de la Musique dont le titre était initialement « Faites de la musique ! » afin d'inciter les amateurs à se produire en France. Et ça marche ! Le 21 juin 1982, jour de la première Fête de la Musique officielle, les musiciens envahissent les bars, les parcs, les rues pour le plus grand bonheur des citoyens.

Quelle que soit l’origine de la Fête de la musique, à ses débuts, personne ne pouvait imaginer un tel succès populaire.

C'est "une révolution dans le domaine de la musique, qui tend à faire se rencontrer toutes les musiques – sans hiérarchie de genre ni d’origine – dans une commune recherche de ce que Maurice Fleuret appelait « une libération sonore, une ivresse, un vertige qui sont plus authentiques, plus intimes, plus éloquents que l’art », raconte le site officiel de la fête de la musique.

Reprise dans plus de 110 pays à travers le monde, la Fête de la Musique est aujourd'hui célébrée dans plus de 350 villes et 120 pays.

Mais pourquoi la fête de la musique a lieu le 21 juin ?

Jour du solstice d'été, le 21 juin est la nuit la plus courte de l'année dans l'hémisphère nord. Un jour symbolique qui signe le début des beaux jours et un temps qui incite à faire la fête jusqu'à l'aube.

Pourtant le symbolisme qui relie Fête de la Musique et solstice d’été ne sera pas toujours une réalité car la décision de 1982 ne tient pas compte de l’évolution du calendrier. En 1582, le calendrier « grégorien » celui en vigueur de nos jours, a adapté les dates des solstices et équinoxes pout être au plus près de la durée du cycle du soleil. Ainsi le solstice peut intervenir le 19 juin le 20 juin, le 21 et même le 22. Le solstice d’été sera le 22 juin en 2203, 2207, 2211 et 2215, puis en 2304. En 2488 le solstice sera le 19 juin et ce sera la première fois depuis la mise en place du calendrier « grégorien ». Notez-le, on ne sait jamais !

Notre Fête de la Musique restera le 21 juin.

D’où ma question : qui est donc le véritable inventeur de la fête de la Musique, bien au-delà de ce que je viens d’écrire.

Si on fait un grand bond en arrière, on trouve une autre origine d’une fête de la musique, celle-là étroitement liée au solstice qui selon les règles du calendrier « Julien » était toujours et invariablement le 24 juin, tout comme celui d’hiver le 24 décembre. D’où la fête de Noël le 25 décembre et le 24 juin la fête de la naissance de Jean-Baptiste, le précurseur, celui qui annonçait la naissance de Jésus.  Ce faisant l’église sublimait des fêtes qui depuis la nuit des temps célébraient le soleil vainqueur des ténèbres avec notamment des feux de joie devenus nos Feux de la Saint Jean.

Un chant grégorien (hymne à Saint-Jean-Baptiste écrit par Paul Diacre, né en 730, mort vers 799), possédait une caractéristique intéressante : chaque vers commençait sur une note plus haut que le vers précédent. Or jusqu’à cette époque les notes étaient choisies dans les premières lettres de l’alphabet, ce qui est encore le cas dans certains pays anglo-saxons.

 Guy d’Arezzo, un moine bénédictin de cette belle ville entre Toscane et Romagne, qui vivait de 992 à 1033 en recherchant à la fois un système de notation facile et une codification des intervalles musicaux, a imaginé ce qu’on désigne aujourd’hui par le mot de « gamme », en prenant les premières syllabes de cet hymne de la fête de Saint Jean-Baptiste pour baptiser les notes de la gamme .

Voici ce chant, avec la mélodie et la traduction :

Ut queant laxis

do re fa (remi) re

Que tes serviteurs chantent

resonare fibris

re re do re mi mi

D’une voix vibrante

Mira gestorum

(mifasol) mi re (fado) re

Les admirables gestes

famuli tuorum

fa sol la (solla) re re

De tes actions d’éclat.

Solve polluti

(sollasol) mi fa sol re

Absous des lourdes fautes,

labii reatum

la sol la fa (solla) la

De leurs langues hésitantes

Sancte Joannes

(solfa) re do mi re

[Nous t’en prions,] Saint Jean.

 

Le Si est en fait venu plus tard. Il vient des initiales SJ du dernier vers.

Ut est devenu Do, parce que Ut était une syllabe trop difficile à chanter (le choix pourrait venir de la première syllabe du mot Domine, Seigneur ou Dieu en latin).

On attribue cette création à Anselme de Flandres, un musicien du XVI e siècle . Cette création se retrouve dans les écrits de Giovanni Maria Bononcini au XVIIe siècle et Pierre l’Arétin, lui aussi natif d’Arezzo parle du « do » en 1536.

Certains pays (Allemagne et pays germanophones, Angleterre et pays anglophones) n’utilisent pas cette nouvelle dénomination et ont conservé l’ancien système inspiré de l’Antiquité, qui consistait à nommer les notes par les premières lettres de l’alphabet. Voilà pourquoi le blues et le jazz, musiques d’origine américaine, notent aujourd’hui les harmonies grâce à des lettres :

Cela donne :

Système latin

Système anglophone

Système germanophobe

do

C

C

D

D

mi

E

E

fa

F

F

sol

G

G

la

A

A

si

B

H

 

Ceci est un fait remarquable que connaissent bien les bons amateurs de musique, ou qu’ils se doivent de connaître, avec quelques bémols, dièses et bécarre, apportés récemment en 1988 par MM Chailley et Viret dans La Revue Musicale. Ce serait dommage d’effacer cette jolie histoire ! Pour plus de détails voyez vos encyclopédies, par exemple l’Encyclopédia Universalis à l’article « Gamme ».

Il y a donc bien longtemps que la musique est au cœur du solstice d’été. Nos dirigeants et musiciens de 1976 et de 1982 connaissaient-ils  ce fait historique ?

Qui donc est le véritable inventeur de la Fête de la Musique ?  Jack Lang mais aussi Joël Cohen et Maurice Fleuret et avant eux Guy d’Arrezo, Giovanni Maria Bononcini, et sans doute d’autres qui tous à leur façon, tous ont contribué à la création de cette si belle fête qui marquent le jour de l’(année le plus long.

Mon intention est de rappeler ici, que depuis bien longtemps, on fête la musique en ces périodes où l’été prend ses marques, solstice ou pas !

Le 21 juin : faisons de la musique en pensant à tout ce qu’on leur doit !  et renouons avec la belle tradition des feux qui depuis la nuit des temps marquaient le solstice, Feux de la Saint Jean comme nos amis Catalans qui depuis le Canigou font descendre la flamme dans les villages des PO. Mais attention aux feux !

Adissias ! Jean Mignot