samedi 31 octobre 2026

à propos de novembre 2026

 

De Novembre 2026

« Hé oui ma fille, quand octobre prend sa fin la Toussaint est au matin » écrivait la Marquise de Sévigné.

Voila un mois marqué par les souvenirs et jalonné d’anniversaires de faits marquants qu’il est bon parfois de rappeler.

On a tout dit ou presque sur la Toussaint et on va encore en dire beaucoup, souvent en ne faisant aucune nuance entre l’exploitation d’une fête très ancienne qui avait un tout autre objectif que celui que le commerce en a fait : la païenne et pernicieuse halloween.

Les Celtes avaient fixé à cette fin octobre et ce début novembre la moitié de l’année, et le culte des morts. Halloween, « Hallows day ».

Halloween, abréviation de « allhallow-even » qui signifie «  eve of All Saints ». Halloween n’est pas une fête pour les enfants. Les rites importés d’Irlande vers les Etats-Unis, agrémentés de la légende celte et de celle de Jack O’Lantern ont donné naissance à cette débauche de réjouissances dont on ne sait plus très bien ce qu’elles signifient

A grands renfort de publicité, relayée par nos médias qui ne savent plus faire preuve de discernement dans leur rôle d’information et d’éducation, les vendeurs de bimbeloteries et d’autres attrape-nigauds ont su exploiter ces vielles réminiscences et les commerciaux continuent de nous matraquer de bêtises en tous genres, vidées de sens profond. Il fallait « utiliser » ce créneau entre les grandes vacances et Noël, et saisir l’opportunité des vacances de la Toussaint pour faire du fric, à la mode américaine.

Tous ceux qui se font vecteur d’informations et d’animations de tous ordres autour de la fête d’Halloween, ce dernier avatar de la fête celtique de Samain, ne servent pas le bien public. Serions-nous à court d’imagination pour donner à cette fête un autre aspect que la valorisatioin de la laideur et du mauvais goût ?

Naturellement, le christianisme médiéval allait chercher à s’approprier cette vieille fête celtique. En 737, le pape Grégoire III eut l’idée d’un office en l’honneur de tous les saints qui ne pouvaient être fêtés dans l’année. L’idée de la Toussaint était née mais pas encore la date. C’est seulement en 837 que Louis le Débonnaire ordonna que cette fête de tous les saints fût célébrée le 1er novembre en Gaule et en Germanie.

Le jour des morts (ou commémoration des défunts), le 2 novembre, est d’institution encore plus tardive puisqu’il remonte à la fin du Xème siècle lorsqu’un abbé de Cluny invita tous ses couvents à prier le 2 novembre pour les âmes du Purgatoire.

Pour le christianisme, les deux fêtes des saints et des morts sont bien distinctes mais, dans l’esprit populaire, la Toussaint et la Fête des Morts se confondent. Elles ne font que recouvrir les restes de la vieille fête celtique des revenants ou des fées.

Nul ne parle aujourd’hui des origines du jour férié de Toussaint qui marque notre milieu du trimestre, et permet une pose et des vacances bien appréciées de tous. Or ce jour férié, dans le contexte actuel de notre république, au milieu du concert de revendications de tous ordres et en plein débats sur la laïcité, nous ramène à une vraie question sur nos origines et nous appelle à regarder les choses avec un peu plus de bon sens, et moins de sectarisme. Sans vouloir ranimer de vieux débats, il faut bien dire que la Toussaint est une fête purement catholique dans ses origines.

Le jour férié de Toussaint que nul n’oserait remettre en cause aujourd’hui pour de soi-disant respect de laïcité, est bien une fête catholique. Je ne dis pas « chrétienne » puisque  nos frères réformés ne la célèbrent pas mais commémorent le 31 octobre la fête de la Réformation, c'est-à-dire l’affichage, le 31octobre 1517, par le moine Augustin Martin Luther, sur les portes de la chapelle de château de Wittenberg en Saxe, des 95 thèses portant sur la vente des indulgences, ces « parts de paradis » , contre espèces sonnantes  et trébuchantes, et plus largement remettant en cause le rôle et la place de l’église catholique entre le Croyant et Dieu ; publication considérée traditionnellement comme le point de départ de la Réforme.

 Jour férié rescapé du concordat de 1801 et des articles additionnels de 1802. La première constitution de notre république avait bien créé un état laïc, mais Napoléon, après des tas de déboires et de difficultés, avait rétabli la prédominance de la religion catholique. « Il me faut un Pape qui rapproche au lieu de diviser ; et qui réconcilie les esprits, les réunisse et les donne au gouvernement sorti de la Révolution pour prix de la protection qu’il en aura obtenue. Et pour cela il me faut le vrai pape : catholique, apostolique et romain, celui qui siège au Vatican. Avec les armées françaises et des égards, j’en serai toujours le maître. Il fera ce que je lui demanderai dans l’intérêt du repos général ; il calmera les esprits, les réunira sous sa main et les placera dans les miennes.) le Concordat restaure la religion catholique en France et abolit la loi de 1795 séparant l’Eglise de l’Etat ; en retour, le Saint Siège reconnait la légitimité de la République. « De toutes choses entreprises par Bonaparte, écrit Châteaubriant, celle qui lui coûta le plus fut indubitablement son Concordat. » En 1905, la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, si durement discutée de part et d’autre ne toucha pas à certaines dispositions de ce Concordat et de l’arrêté du 19 avril 1802 qui instituait la Toussaint comme jour férié.

L’article 42 de cette loi auquel on se réfère sans bien la connaître, stipule : « Les dispositions légales relatives aux jours actuellement fériés sont maintenues ». Il n’y avait alors que quatre jours, Noël, l’Ascension, l’Assomption et la Toussaint.

Bien plus tard, le gouvernement de M. de Freycinet, dans sa loi du 8 mars 1886, en pleine querelle religieuse, et surtout dans le cadre des grands mouvements sociaux qui ont marqué la III e république, crée, d’autres jours fériés, le lundi de Pâques et le lundi de Pentecôte. On se pose encore aujourd’hui la question du pourquoi de cette décision qui n’a pas grand-chose de religieux. Sans doute Charles Louis de Freycinet, Président du Conseil, homme de conciliation et de compromis – ça existait alors ! -,   au point qu’on l’avait surnommé « la souris blanche » (il faisait le tampon entre Jules Ferry et Gambetta !) cherchait-il la paix sociale ! Cela valait la peine de rappeler ce point d’histoire. On imagine facilement le tollé qu’entraînerait, notamment dans le monde du travail et auprès des syndicats, la suppression de ce jour férié de Toussaint qui coupe si bien l’activité de ce trimestre et permet vacances et pont ! La Toussaint jour férié, nous appelle à un peu de recul face au débat des jours fériés.

On pourrait faire de même et s’éclairer par l’histoire, en regardant ce qui s’est passé dans les différentes législatures pour l’établissement du dimanche comme jour chômé. Je rappellerai ici simplement que si la liberté de culte était reconnue, le dimanche ne figurait pas parmi les jours de fêtes entraînant le chômage. « Le peuple mange le dimanche. Il doit pouvoir travailler le dimanche » fait-on dire à Napoléon. Ah les leçons de l’histoire !

Le 1er novembre 1414, le concile de Constance met fin au grand schisme d’Occident qui voyait papes et antipapes s’entredéchirer depuis des décennies.

Ce jour, en 1755 c’est le tristement célèbre tremblement de terre de Lisbonne qui fit tant de dégâts. Et c’est le début de l’insurrection algérienne en 1954 !

Etienne de la Boétie, humaniste et ami de Montaigne – « parce que c’était lui, parce que c’était moi » - (ça ne vous rappelle rien ?) naît à Sarlat le 1er novembre 1530 ; et Nicolas Boileau naît à Paris en ce premier jour du mois de 1636.

Le 5 novembre 1922 Howard Carter découvre le tombeau de Toutankhamon : « de l’or, une montagne en d’or » se serait-il écrié alors, sous le coup de l’émotion.

5 novembre 1956 c’est le début de l’opération aéroportée franco-britannique contre l’Egypte, et l’ « affaire de Suez ». Le canal du même nom avait été inauguré le 17 novembre 1869 par l’Empereur Napoléon III et l’Empereur d’Autriche François-Joseph en présence de l’Impératrice Eugénie.

Le 15 novembre - 26 Brumaire An II – un décret de la convention stipule que tous les français doivent manger le même pain : « la richesse et la pauvreté devant également disparaître du régime de l’égalité, il ne sera plus composé de pain de fleur de farine pour le riche et de pain de son pour le pauvre. Tous les boulangers seront tenus, sous peine d’incarcération, de faire une seule sorte de pain : le Pain de l’Egalité » A quelque chose près on croirait entendre nos actuels ténors politiques !

Il en faut du temps pour que les choses évoluent ! Napoléon, - encore lui ! -, devait tenter de réglementer la taille et le poids du pain : 40 cm et 300 g environ. Ce n’est qu’après la seconde guerre mondiale que se généralisa la baguette appelée aussi flûte ou « petite » selon les régions. D’une longueur de 80 cm et d’un poids de 250g, son prix a été fixé, jusque dans les années 1980, par arrêté préfectoral.

Le 15 novembre 1889 ; le Brésil devient une république et en 1908 le Congo, devient une colonie belge. En 1927, ce 15 novembre, Léon Bronstein alias Trotski est exclu du parti communiste d’URSS. En 1924, impitoyablement il écrit : « Aucun de nous ne veut ou ne peut discuter la volonté du Parti, car le Parti a toujours raison. » Il s’efface devant Staline et s’exile au Mexique où il sera assassiné par un espion à la solde de Staline. Méthode comme une autre pour avoir toujours raison !

Plus proche de nous on s’accorde pour dire que le 15 novembre 1971 est né le microprocesseur qui devait connaître l’évolution que l’on sait. C’est le fameux Intel 4004

On fête ce 15 novembre, le très grand, l’immense Albert le Grand, cette si belle figure du Moyen Age, représentatif des « intellectuels » de l’époque, qui enseignait à Paris la théologie et l’œuvre d’Aristote et qui eut pour élève Thomas d’Aquin que ses élèves surnommaient « le Bœuf muet de Sicile ». Albert les fit taire  en leur disant : « les mugissements de ce bœuf retentiront dans le monde entier ».

Le 16 novembre 1700 Louis XIV entérine le testament du Roi d’Espagne et autorise le duc d’Anjou son petit-fils à relever la couronne d’Espagne, Charles II de Habsbourg étant mort le 1er novembre sans héritier.

L’« Armée blanche » est défaite en novembre 1920 à Sébastopol, défaite qui consacre la victoire des bolcheviques et de Lénine.

Lyautey est né le 17 novembre 1854 à Nancy et le maréchal anglais Montgomery le 17 novembre 1887. Ils ont marqué leur époque.

Le 21 novembre 1783 Pilâtre de Rozier et le marquis d’Arlandès s’envolent au bord d’une montgolfière.

Le 21 novembre 533 Justinien signe la préface d’une extraordinaire compilation de 50 volumes du droit romain, ancêtre de notre code civil.

Jean le Bon, le 21 novembre 1361 réunit définitivement le comté de Toulouse à la couronne. En bon « occitan » vous comprendrez que je sois tenté d’ajouter « hélas ! ».

1806, ce 21 novembre c’est le début du « Blocus Continental »

Saint Hubert le 4 novembre, Saint Martin le 11 novembre, Sainte Cécile le 21 et Sainte Catherine le 25 sont des fêtes trop connues pour les passer sous silence. Or elles marquent bien notre histoire et nos origines.

Ce n’est qu’un curieux hasard qui a fait placer en ce mois la fête de la Saint Hubert, patron des chasseurs. Bien plus, cet Hubert était…un pêcheur. Mais oui ! Il était évêque de Tongres- Maastricht-Liège, de 705 à 727. Il mourut des suites d’une blessure à la main, sans doute due à un hameçon, alors qu’il plaçait des filets. Il est devenu patron des chasseurs parce qu’il fut vénéré dans les Ardennes par un peuple de chasseurs. Une autre légende fait de lui un chasseur qui vit un jour une grande lueur en forme de croix sur la tête d’un cerf qu’il poursuivait. Il est invoqué pour guérir de la rage ou « mal de saint Hubert. » Parlons aussi à cette occasion du cor de chasse qui sonne pour la saint Hubert. Il s’agirait d’un Tuba romain, cette très longue trompette en forme d’un grand I que l’on voit sur les sculptures par exemple de la colonne de Trajan à Rome et sur biens d’autres monuments. Un légionnaire aurait eu l’idée de la tordre pour la porter plus facilement autour de son cou. L’instrument fut d’abord en forme d’un grand C. Plus tard on ajouta une barre transversale pour l’attraper plus facilement ce qui lui donna une forme de D. Ce fut le classicum, en bronze. En 1680 on lui fit faire un tour de plus : il devint, sous la forme d’un O, le cor de chasse ou trompe. Dans les siècles suivants, on lui ajouta deux tours. En 1690, les Allemands le perfectionnent si bien qu’ils en font un instrument d’orchestre ; il passe le Rhin en 1730 et en 1757 se fait admettre à l’Opéra. Cependant les Germains ne cessent de le tourmenter : en 1760, Hampl introduit sa main au fond du pavillon ; il obtint ainsi des sons bouchés, d’un timbre si doux et si mélancolique que c’est depuis ce jour que le cor est « triste au fond des bois » !...J’emprunte ceci à Alexandre Vialatte, un grand ami de notre famille, mais moins sûr que lui de cette origine. C’est amusant. Toujours à sa façon, je dirai que le mois de novembre est jalonné par les cloches des morts, les cors de la saint Hubert, le clairon de l’Armistice et la harpe de sainte Cécile. Novembre un mois marqué par la musique !

Sur le registre du souvenir de ce mois de novembre il ne faut bien sûr pas oublier le 11 novembre et l’anniversaire de l’Armistice de 1918.  Journée de mémoire et d’hommage à tous ceux qui ont donné leur vie pour la France. Devoir de mémoire que certains manifestants de ces jours-ci tentent de remettre en cause ! Ah s’ils avaient dans leurs familles un de ces héros mort pour la France, ils auraient peut-être une autre attitude ! 

Saint Martin fêté le 11 novembre nous vaut un si grand nombre de communes en France et tant de si belles églises. A son sujet je voudrais rappeler trois choses : « l’été de la saint Martin », le mot « chapelle » et le nom d’un bel oiseau « le martin-pécheur »

L’« été de la saint Martin », aurait deux origines liées à la légende du saint tourangeau. La première, et la seule authentique disent les Picards, remonte au fait le plus connu de la légende de Saint Martin. Soldat de l’armée romaine, regagnant sa garnison un 11 novembre, il croisa près d’Amiens, un pauvre hère grelottant par un froid particulièrement rigoureux ; il tira son épée, trancha son manteau en deux et couvrit le malheureux. Au même instant, la nuée qui obscurcissait le ciel s’entrouvrit, laissant le soleil resplendir, puis elle se dissipa tout à fait et la terre fut bientôt réchauffée. « En mémoire de ta bonne action, je donnerai désormais à la terre, chaque année à la même époque, quelques jours de beau temps » (cité par Bidault de l’Isle, dans les Vieux dictons de nos Campagnes.) Les Picards tiennent cette légende pour la seule vraie.

La seconde interprétation est reliée à la mort du saint à Candes sur Loire. Les moines du lieu voulurent le veiller et surtout garder son corps. Mais ceux de Marmoutier, abbaye qu’il avait fondée, estimèrent que cet honneur leur revenait au nom du diocèse de Tours, où Martin avait été évêque. Ils se mirent d’accord pour le veiller ensemble. Les premiers s’assoupirent.  Les Tourangeaux en profitèrent pour disparaître avec le corps. Leur voyage fut favorisé par un « soleil si radieux et si chaud que les roses fleurirent et la verdure reparut. Ce fut l’origine de l’été qui, chaque année, se renouvelle à la même date (10 et 11 novembre) pour commémorer ce miracle. » (Bidault de l’Isle).  On comprend bien que les Tourangeaux tiennent cette légende pour la seule vraie.

On prête aussi à saint Martin l’origine du mot « chapelle » ! En effet la moitié du manteau que Martin avait gardé, a été conservé précieusement dans un sanctuaire qui a pris en conséquence le nom de capella. De ce mot, on a fait le mot Chapelle qui désigne une petite église ou une pièce attenante à une nef d’église, abritant souvent un autel et la plupart du temps des reliques.

Le troisième élément que nous aurait légué Saint Martin est plus fantaisiste, mais il est si joli que je vous le livre ici. Au cours de ses longues pérégrinations, enseignant ses disciples, Martin, voyant des martins-pêcheurs se disputer des poissons, il explique à ses disciples que les démons se disputent de la même manière les âmes des chrétiens. Et les oiseaux prirent ainsi le nom de l'évêque !

Le 24 novembre 1793, c’est l’entrée en vigueur du calendrier révolutionnaire ou républicain. Concrètement cela veut dire que vous ne trouverez aucun document qui soit daté de l’an I de la République qui elle a pourtant bien commencé le 22 septembre 1792.

Sainte Cécile le 22 novembre est la patronne des musiciens. Pourquoi ? Eh bien il n’y a rien de bien sûr à son sujet. Elle est devenue la patronne des musiciens au XVème siècle succédant ainsi à saint Grégory. Cependant cette fonction est le fruit d’une mauvaise interprétation d’un texte religieux. En effet, le texte décrivant ses noces dit que Cécile chante Dieu et le loue avec son orgue, suite à une mauvaise traduction du texte original. De ce fait elle est souvent représentée jouant de l’orgue ou de la harpe, alors que la vraie représentation de Sainte Cécile est celle de Stefano Maderno (1566-1636) la représentant dans la position où elle fut trouvée quand il fut procédé à la reconnaissance de sa dépouille. La sainte est allongée, couchée sur le côté, un peu recroquevillée sur elle-même, l’entaille causée par l’épée bien marquée sur son cou ainsi que la position des doigts : trois doigts ouverts à la main droite et un doigt ouvert à la main gauche. Selon la tradition la sainte voulait indiquer sa foi en l’unicité de la Trinité Divine. C’est ainsi qu’elle est représentée dans la magnifique cathédrale d’Albi. Je pense que c’est la raison pour laquelle elle a été choisie comme patronne de cette cathédrale, édifié face à l’hérésie cathare qui niait cette croyance. Personne à Albi n’a pu me confirmer cela ni me donner une autre explication. Ce qui est sûr c’est que la signification de son gisant est, elle, incontestable. Le lien avec les Cathares reste à prouver.  Sans mon explication on ne voit pas pourquoi en pleine période cathare on soit allé chercher la patronne des musiciens pour dédier la belle cathédrale à la sainte.

Le 25 on fête Sainte Catherine jeune érudite d’Alexandrie, dont l’existence est d’ailleurs contestée par les historiens. Sainte Catherine est devenue patronne des étudiants, des philosophes et des jeunes filles et des cousettes ou couturières aussi. Elle aurait été martyrisée sous l’empereur Maxence pour avoir refusé de sacrifier aux Dieux. Au Moyen Age, l’usage s’établit de vêtir, d’orner et de coiffer les saints dans les églises. Seules les filles célibataires se chargeaient de renouveler la coiffe de sainte Catherine le jour de sa fête. Celles qui se mariaient devaient laisser aux autres le soin de « coiffer sainte Catherine » ? C’est là l’origine de l’expression bien connue qu’on applique aux filles qui atteignent vingt-cinq ans sans être mariées. Ce jour-là, on confectionnait « les cœurs de sainte Catherine », petits gâteaux aux fruits confits que l’on offrait aux « Catherinettes ».

Dans les campagnes c’est le meilleur moment pour planter notamment  tous les fruitiers et pour faire des boutures. Pourquoi cela. Parce que cette période correspond souvent à une phase de la lune des plus favorables.  On plante en vieille lune c’est-à-dire entre la Pleine Lune et la Nouvelle Lune et encore mieux en lune descendante. On est dans cette configuration cette année. De l’avis de tous ceux qui touchent la terre, novembre est meilleur « planteur » que le printemps. En cette période, l’activité de la sève est ralentie : les racines vont pouvoir bénéficier de toute l’énergie de la plante, concentrée à leur niveau. Au printemps suivant, lorsque la belle mécanique de la nature se remettra en route, les racines bourrées des sucs de la terre seront prêtes à nourrir rameaux et feuilles : « Entre Catherine et Noué.  Tout bois est bon à planter »

Je terminerai cette chronique assez longue mais je pense riches d’évènements qu’il fallait rappeler par Saint André le 30 novembre car : « Quand l’hiver n’est pas pressé il arrive à la Saint André. »

Jean Mignot, en ce 31 octobre 2026  

lundi 19 octobre 2026

Tic tac ! Tic Tac

 

Dans le sens des aiguilles d’une montre

 

Tic tac, tic tac, tic tac… De nos jours les montres connectees et les réveils à affichage digital remplacent peu à peu nos bonnes vieilles montres et horloges dotées d'un systeme mecanique. Il n'empêche que ces dernières possèdent un mystère qui intrigue encore pas mal de monde. Le changement d’heure de cette fin octobre m’amène à donner quelques explications. C’est le fameux « sens des aiguilles d’une montre ».

Comment en effet expliquer que la trotteuse qui court toute la journée autour du cadran, tourne toujours dans le même sens ? Pour le comprendre, il faut remonter l'histoire jusqu'à une époque où les fameuses montres et horloges n'existaient pas.

Cette époque, c'est celle des débuts du cadran solaire. Les origines de cet instrument de mesure du temps ne sont pas toujours très claires. On estime que les premiers vestiges de ce qui pourrait être l'ancetre du cadran solaire sont apparus en Egypte ou en Mésopotamie, plus de 2000 ans avant J.-C.

Au fil des siècles, ces connaissances ont été transmises aux Grecs. L’astronome Bérosen, un prêtre et astronome chaldéen né à Babylone et qui vivait au temps de Ptolémée, aurait introduit le concept dans la Grèce antique, au IVe siècle avant J.-C avant d'en améliorer la conception.

À l'époque, un simple bâton planté dans le sol permettait de suivre la rotation de la terre. L’ombre projetée suit la trajectoire inverse de celle du soleil. Lorsque celui-ci se leve à l'Est, l'ombre pointe vers l'Ouest et vice-versa lorsque le crépuscule arrive. L'ombre voyage donc de la gauche vers la droite.

La mesure du temps ne s'est évidemment pas arrêtée là. Il fallait en effet pouvoir mesurer le temps sans le soleil. On inventa le clepsydre, horloge hydraulique, puis le sablier.

Il faut attendre la fin du XIIIe siècle pour voir apparaître les premières horloges mécaniques, celles avec laquelle nous sommes familiarisés aujourd'hui.

Au moment de leur invention, il a été choisi de garder le sens de rotation de l'ombre du cadran solaire pour définir celle des aiguilles de la montre. C’est l’origine de l’expression « tourner dans le sens des aiguilles d’une montre »

À partir de là, les innovations vont crescendo. En 1336, la première horloge sonnant les heures voit le jour à Milan.

La montre, version portative de l'horloge et aujourd'hui veritable article de luxe, connaîtra son heure de gloire bien plus tard, au tout début du XVIe siècle. On estime que c'est l'horloger et serrurier allemand de Nuremberg Peter Henlein qui en est l'inventeur. On sait que la reine Elizabeth Ière fut l'une des premières à recevoir officiellement une montre-bracelet en cadeau, en 1571.

Pendant plus de trois siècles, c'est la montre à gousset qui aura la préférence du public avant que cette tendance ne s'inverse à partir de la fin du XIXe siècle, voire début du XXe. Aujourd'hui, certains de ces anciens modèles .valent de veritables fortunes.Le système solaire étant ce qu'il est, le Soleil se lève en à l'Est, continue sa course au Sud et se couche à l'Ouest. C’est le « sens des aiguilles d’une montre »

Le cadran solaire est considéré, du fait de sa simplicité, comme l'un des tout premiers objets utilisés par l'homme pour mesurer l'écoulement du temps. Les plus anciens indicateurs solaires connus ont été trouvés en Egypte, mais ils n'indiquaient que des instants indefinis et non des heures au sens où nous les entendons aujourd'hui (heures résultant de mesures astronomiques).

Les premiers modèles indiquaient des « heures inégales » également appelées « heures temporaires » variant selon le lieu et la saison. Elles divisaient le jour, du lever au coucher du soleil, en 12 heures, été comme hiver : les heures d'été étaient longues, les heures d'hiver courtes. Vers le VIIe siècle, à la suite des travaux de Bede le Venerable, les cadrans solaires à style  incliné apparurent. Ce sont ceux que nous connaissons aujourd'hui, Le style, ou gnomon, a remplacé le bâton d’origine. Il indique généralement l'heure par la longueur ou la direction de son ombre. L'inclinaison du style ou gnomon a permis de tracer un diagramme de lignes horaires indiquant des heures égales, celles que nous utilisons. Un jour, d'un midi au suivant, est divisé en 24 h, quelle que soit l'époque de l'année.

Mais pourquoi 12 et pourquoi 24. Contrairement à notre système décimal quotidien (base 10), qui repose sur les dix doigts de la main, c’est le système sexagésimal qui a été retenu parce qu’il était le système utilisé chez les Sumériens et les Babyloniens à qui nous devons le cadran solaire. 

Nos créateurs du Calendrier Républicain ont fait une tentative d’imposer le système décimal Mais ils n’y sont pas parvenu.  

Le système sexagésimal est un système de numération qui utilise la base 60.

Bien que très ancien, ce système régit encore deux domaines majeurs de notre quotidien, la mesure du temps et la géométrie. On l’utilise aussi  en géographie. Contrairement à la plupart des autres systèmes numériques, le système sexagésimal n'est pas utilisé en informatique.

Une heure est divisée en 60 minutes, et une minute en 60 secondes. 60 est un nombre hautement composé. C'est le plus petit nombre divisible à la fois par 1, 2, 3, 4, 5, 6, 10, 12, 15, 20 et 30. Cela rend les calculs de fractions et les partages de marchandises extrêmement simples, sans laisser de restes complexes.

Voila pourquoi il y a 60 minutes dans une heure, 60 secondes dans une minute et douze heures sur nos cadrant de montres et horloges.

Quelques mots encore sur le changement d’heure et le passage à l’heure d’hiver.

Bien qu’un référendum ait donné une large majorité pour l’abandon des changements en mars et octobre, le sujet n’est plus d’actualité. Nos dirigeants ont des préoccupations bien plus importantes !

Une chose m’étonne sur ce choix pour l’heure d’été. A l’heure où de partout on parle du retour à la nature, l’heure la plus naturelle est l’heure de nos cadrans solaires c’est-à-dire « l’heure solaire vraie ». Or cette heure est en décalage de deux heures avec l’heure d’été et d’une heure avec l’heure d’hiver ! Bien sur ce sont des raisons de coordinations et de relations internationales qui ont mis cette question en débat. Mais peut-on commander à la nature par des directives et décrets ?

Débat complexe ! Comment peut-on imaginer que l’heure puisse être la même à Prague, à Strasbourg ou à Brest ?

Par contre quand j’entends que le changement d’heure perturbe en particulier les animaux, je voudrais bien qu’on m’explique. Les oiseaux par exemple commencent à piailler dès le lever du soleil et à son coucher, que l’on soit en été ou en hiver. Ils n’ont ni montre ni horloge et pas même de cadran solaire. C’est comme pour tous les animaux le soleil qui règle leur rythme de vie et je ne vois pas comment le changement d’heure peut perturber cela.

Le soleil continue de se lever à l’Est et de se coucher à l’Ouest, quel que soit le pays et même l’hémisphère. Et l’ombre qu’il trace sur la terre nous indique toujours « le sens des aiguilles d’une montre. »

 

Jean Mignot à quelques heures du passage à l’heure d’hiver. Le 9 octobre 2026

 

lundi 21 septembre 2026

Ya plus de saison

 

Ya plus de saison !

Cette année, l’arrivée de l’automne n’est pas annoncée pour le 21 septembre, comme beaucoup s’y attendent. En raison de la durée de la rotation de la Terre autour du soleil, cette date varie d’année en année. Il faudra donc encore patienter pour changer officiellement de saison.

L’automne ne tombera pas le 21 septembre cette année mais le 23 septembre! Malgré des croyances bien ancrées dans l’esprit collectif, ce changement de saison ne tombe pas forcément chaque année à la même date. C’est l’équinoxe de septembre qui le détermine et sa date varie d’année en année. Et en 2026, l’équinoxe d’automne se produira plus tard. Ce sera ainsi en 2027 et le 22 septembre en 2028 et en 2029. Je vous épargne la suite !

En effet la terre ne met pas précisément 365 jours comme on l’imagine pour effectuer sa rotation autour du Solei]. Pour boucler son orbite, il lui faut précisément 365,2422 jours (365 jours, 5 heures 48 minutes et 45 secondes), soit un petit décalage de presque un quart de jour. D’année en année, celui-ci fait inexorablement « glisser » l’heure et parfois la date de l’équinoxe.

Pour corriger le tir et éviter que les saisons finissent par se décaler complètement, existe une astuce… le 29 février ! invente pour mettre a jour ce décompte.

 

En ajoutant un jour tous les quatre ans au calendrier (ce sont les années bissextiles), Nous apportons ainsi un correctif qui permet de rattraper les 24 heures qui ont filé du fait des 365 jours, 5 heures et environ 48 minutes de la rotation de la Terre ! Résultat : l’équinoxe d’automne saute en arrière d’un jour lors d’une année bissextile et peut ainsi tomber, selon les années, le 22, 23 ou 24 septembre. En cette année 2026, l’automne arrive donc… le 23, à 2h05 ! En fait le 21 septembre n’arrive quasiment jamais pour l’équinoxe d’automne dans le calendrier actuel : c’est plutôt le 22 ou le 23 qui reviennent en alternance…

Quelques mots encore sur cette tendance qui voudrait faire commencer l’automne au 1er septembre, l’hiver au premier décembre, le printemps au 1er mars et l’été au 1er juin.

Ceci non plus pour des raisons liées à la couse du soleil et à la durée de la rotation de la terre, mais pour de raisons bassement de calcul et de facilité. C’est en effet compliqué de faire des statistiques sur le temps qu’il a fait en septembre, décembre, mars, avril et juin, le mois n’étant pas sur 30 ou 31 jours. De plus nous voyons bien que les saisons sont conditionnées très étroitement par la course du soleil. C’est d’ailleurs à cause de ce décalage qu’eurent lieu les différentes réformes des calendriers. Tous les calendriers comportent des systèmes de compensation pour être le plus proche de la course du soleil, sauf le calendrier lunaire ; Avec notre calendrier « grégorien » nous avons en référence un calendrier le plus proche de cette couse qui nous vaut un décalage des jours de l’équinoxe de printemps et de celui d’automne et aussi pour les solstices d’été et d’hiver.

Malgré les techniques actuelles et l’IA, l homme n’a pas trouvé encore un moyen, de commander au temps.

L’équinoxe d’automne m’amène à dire quelques mots sur ce calendrier dit « républicain » qui commençait le 21 septembre.  Le 20 septembre 1792 à Valmy eut lieu la bataille de Valmy qui permit la proclamation de la 1ère République le lendemain. Et le calendrier républicain commença à cette date mais déjà avec une part d’erreur puisqu’il ne tenait pas compte de cette variante du départ de l’automne.

Je n’entrerai pas dans une explication sur ce calendrier qui fut en application jusqu’en 1806. Mais je ne résiste pas à raconter cette amusante anecdote.

Quand on parle de calendrier républicain on pense à Fabre d’Eglantine alors que sa participation à la mise en place de ce calendrier est surtout l’œuvre de Gilbert Romme ce savant mathématicien originaire du Puy de Dôme.

Fabre d’Eglantine a marqué nos mémoires à cause de son imagination pour trouver des noms plus « poétiques » aux jours et aux mois. L’auteur de « il pleut, il pleut bergère » était un assez petit rimailleur. Il n’avait d Eglantine que pour avoir obtenu une églantine d’argent,  en réalité un simple lys d’argent, aux Jeux Floraux de Toulouse. Mais Fabre d Églantine ca fait mieux que « Fabre du lys » surtout en période révolutionnaire !

Fier de son talent, emprisonné par les révolutionnaires il fut conduit à l’échafaud le 5 avril 1794 au moment de la Terreur.  Sur la charrette des condamnés il pleurait de n’avoir pas pu terminer un poème et se lamentait d’être accusé et que le pays allait se priver d’un grand talent !  C’est alors que Danton qui faisait partie du convoi des condamnés et toujours avide de bons mots, lui dit  : » t’inquiète donc pas, dans une semaine des vers tu en auras fait des milliers !

On raconte sans aucune preuve qu’il fredonnait « il pleut il pleut bergère « en montant à l échafaud !

 

Jean Mignot le 21 septembre 2026

 

lundi 31 août 2026

A propos du mois de Septembre

 

A propos du mois de Septembre

 

« Quand li bestiari fagueron li més, chascun faguè lou siéu à sa fantasié. Lou reinard venguè lou darriè, car en estènt que se mesfisavon d’èu, l’avien pas vougu. - Ben, ié diguè, coum’avès fa ? - Aven fa lou mes de janvié, aqui i’a de fre ; aven fa lou mes d’abriéu, aqui i’a de plueio ; aven fa lou mes de setèmbre, aqui i’a de toute meno de frucho…- Eh ! bedigas ! cridé lou reinard, que noun fassias ounge mes de setèmbre ! passavian l’autre à rapuga ! » Voilà une bonne description de ce qui marque le mois de septembre, empruntée au grand Frédéric Mistral  (l’Armana Prouvençau de 1853). « Quand les animaux firent les mois, chacun fit le sien à sa fantaisie. Le renard vint le dernier car étant donné qu’ils se méfiaient de lui, ils  l’avaient laissé de côté ( ils ne l’avaient pas voulu, - sous entendu - avec eux). Il leur dit alors : Comment avez-vous fait ? - Nous avons fait le mois de janvier, là il fait froid ; nous avons fait le mois d’avril, là il y a la pluie, nous avons fait le mois de septembre, là il y a toute sorte de fruits. - Eh bien imbéciles ! leur cria le renard, pourquoi n’avez- vous donc pas fait onze mois de septembre, nous aurions passé l’autre ( le douzième) à  grappiller. »

En septembre c’est en effet le moment des récoltes des fruits avant les vendanges. Il faut gauler les noix, cueillir les reines-claudes, les quetsches et les mirabelles, si ce n’est pas déjà fait depuis fin août, puis les figues les pommes et les poires pour finir avec les raisins.

« En septembre se coupe ce qui pend ! » - « au mois de septembre figues à prendre » dit-on en Gascogne ou en Touraine : « Pour la bonne Dame de Septembre (le 8) tout fruit est bon à prendre ! » Et à la fin du mois il y aura presque partout les vendanges : « Août mûrit, septembre vendange ; en ces deux mois tout bien s’arrange ! ».

Et les figues ! On sait le rôle qu’ont joué dans l’antiquité les figues, les figuiers et leurs feuilles. Si on sait bien l’usage  qu’ont fait de la feuille de vigne Adam et Eve, on  sait moins que Romus et Romulus furent abandonnés et trouvés sous un figuier. Il faut se souvenir que Caton, montrant de superbes figues venues de Carthage,  décida le Sénat à entreprendre la troisième guerre punique. Je rappellerai très sommairement  que « punique » vient  du grec poenus du non de ces phéniciens ( Carthaginois)  qui avaient créé en Afrique du Nord une des plus grandes civilisations commerciales et militaires qui faisait de l’ombre à la civilisation romaine d’où les trois guerres puniques. Il est pour le moins curieux de remarquer que « punique » devenu adjectif, évoque la ruse et la perfidie que les Romains prêtaient aux Carthaginois. On dit même «  punica fides » quand on parle de « mauvaise foi » !

Les figues sont «  amies des philosophes » comme les désigne Platon, car elles «  renforcent l’intelligence ». Les figues sont d’excellents remèdes. L’école de Salerne , une école de Médecine célèbre au Moyen-Age en Sicile, indique que la figue «  nourrit, engraisse, lâche le ventre, adoucit la poitrine et guérit beaucoup de tumeurs ». Ses propriétés l’ont fait classer parmi les quatre fruits pectoraux avec la datte le jujube et les raisins secs. Cette année il y a beaucoup de figues malgré la sécheresse, chez nous du moins : « année de figues, pauvres greniers » indique un dicton de la vallée du Rhône !

En septembre les fruits arrivés à maturité  seront très bons mais ceux qui ne seront pas encore mûrs ne mûriront sans doute pas durant ce mois.   Un vieux dicton nous dit : «  ce que le mois d’août n’a pas mûri, ce n’est pas septembre qui le fera ! ». En effet les premiers jours de ce mois sont encore des jours d’été mais les nuits sont fraîches et bien vite. Avec l’équinoxe,  le mois va nous faire entrer en automne. Les fruits non parvenus à maturité ne seront plus bons pour la cueillette.

En septembre on cueille les noix et les pommes le 14, pour la Sainte Croix : « Pour la sainte Croix, cueille les pommes et gaule les noix ».

De nombreux poètes ont récemment pris la place des dictons en louant, le ciel de septembre comme Didier Barbelivien dans sa belle chanson « Au cœur de Septembre » qui chante le ciel « plus gris que bleu », « la prairie un peu moins verte », ou Gilbert Bécaud qui nous décrit, dans « C’est septembre »,  les oliviers chargés d’olives qui « baissent les bras », les raisins qui « rougissent du nez » le sable de la plage qui est « devenu froid »  ou Barbara qui nous chante si bien dans sa chanson « Septembre » cette fin de l’été qui « n’a jamais paru si belle » et le départ prochain des hirondelles.

Même les animaux avec le tintement de leurs sonnailles sur les chemins de la transhumance nous annoncent le froid et la pluie qui arrivent : « Lis esquilo fan veni li nivo » ; «  les cloches font venir la neige »

On s’active aux champs pour les dernières récoltes ; les labours préparent les semences d’automne, et cela va être le moment de la fin des baux. « En septembre, les feignants peuvent s’aller pendre » tant il y a du travail.  «  Septembre le vaillant surmène le paysan ». Et ceux qui sèmeront à la saint Janvier, le 19 septembre, «  de l’an récolteront le premier » c’est à dire des primeurs car ils auront semé tôt dans la saison pour récolter dès le début du printemps prochain

Les jours qui ont au début du mois une durée moyenne de douze heures trente minutes, vont diminuer d’une heure quarante-six minutes. D’où la nécessité de prendre des dispositions pour éclairer nos soirées, parfois encore au jardin. Aujourd’hui on met des bougies parfumées ! Avant  on mettait en route la lampe à huile : « Oou mes de setembre, Lou calen es a pendre » ; Au mois de septembre, la lampe à huile est à suspendre ! Ainsi vont commencer les journées courtes de l’hiver : « A la Bonne Dame de septembre, Bonhomme, allume ta lampe. Quand vient le Vendredi Saint, Bonhomme, ta lampe éteins ! ». On dit cela aussi le 1er septembre pour la saint Loup : « A la saint Loup, la lampe au clou »

Septembre est un mois où il y a beaucoup de foires, foire «  du 9 «  au Vigan » foire de la saint Firmin à Uzès ( mais on l’a supprimée)), foire du 22 encore au Vigan, foire de la Saint Michel à Nîmes et en bien d’autres endroits. C’est à l’occasion de ces rassemblements festifs qu’on vendait les récoltes, et aussi qu’on  « débauchait » ou « embauchait  » les commis de ferme et les autres personnels. D’où les conseils de prudence donnés pour la saint Lambert le 17 : « Le jour de la saint Lambert, qui quitte sa place la perd ! » C’est dans la deuxième quinzaine de septembre, en effet,  que se préparaient, entre fermiers, ouvriers et commis, les engagements réciproques pour l’année agricole à venir. Celui qui sans y être contraint, quittait alors sa place, courait grand risque de ne pas la retrouver C’est aussi le  jour de la saint Michel, devenue maintenant fêtes des saints Archanges,  que prennent fin traditionnellement les baux de fermage, ou qu’ils sont renouvelés.

Je dois souligner ici que ces mutations et changements de baux ou de contrats étaient liés à l’équinoxe d’automne et que c’est la réforme du calendrier grégorien qui avec le décalage de dix jours qu’elle a entraîné, a rattaché ces dictons à Saint Michel qui n’est pour rien dans cette affaire.

Si ces rassemblements étaient des occasions de rencontres, ils ont aussi souvent été occasion de troubles, ou de bagarres entre bandes rivales, affrontements qui se sont maintenant déplacés un peu trop souvent dans nos fêtes votives. En 1567 à Nîmes, cinq ans avant la terrible Saint Barthélémy, Protestants et Catholiques se sont sérieusement affrontés au cours de la terrible « Michelade ».Il faut s’en souvenir , mais à l’heure de l’œcuménisme il ne semble pas bien séant d’en parler. L’honneur est sauf puisque l’évêque de l’époque, qui allait être égorgé, n’avait dû son salut qu’à l’intervention d’un soldat du clan parpaillot nommé Jacques Coussinal qui le sauva en le prenant sous sa protection. A Nîmes comme à Paris on a fait  disparaître les traces physiques de ces massacres  de septembre,  avec l’objectif clairement exprimé d’éviter des pèlerinages déplacés.

Plus sereinement, en revenant aux champs, aux cultures, aux saisons je rappellerai encore que  la saint Michel marque les derniers jours de chaleur : « A la saint Michel, la chaleur monte au ciel. » C’est  le dernier délai pour le départ des hirondelles : « A la saint Michel, départ des hirondelles ! » Et si ces hirondelles se sont attardées jusqu’à cette date c’est parce qu’il peut faire encore très beau : « Quand l’hirondelle voit la saint Michel, L’hiver ne viendra qu’à Noël ! »

J’aurais pu vous parler encore de Saint Gilles, ce jeune grec bien de chez nous, venu retrouver saint Vérédème dans son ermitage des gorges du gardon, puis fâché, - eh oui ça arrive même quand on est saint !- parti s’installer dans la forêt de Sylvéréal sur les bords du petit Rhône et devenu le grand Saint Gilles, si connu des pèlerins de Compostelle qui empruntent  la Via Arletanensis ou Via Eagidia ou encore Via Francigena. Les marcheurs sur le chemin de Saint Gilles partis du Puy en Velay vont arriver ce début septembre au terme de leur pèlerinage à Saint Gilles du Gard, avec grand concours de fêtes et de cérémonies. «  S’il fait beau à la saint Gilles, cela durera jusqu’à la saint Michel ». Mais : «  les vents de saint Gilles et suivant, repassent en fortes bises bien souvent ». Ne nous réjouissons pas trop vite donc !

J’aurais pu vous parler de saint Firmin aussi notre évêque d’Uzès fêté maintenant non plus en septembre mais en octobre. Quoiqu’il en soit le proverbe est resté : « A la saint Firmin l’hiver est en chemin ». Ça c’est pour le 25 septembre. Ou encore de  Côme et Damien dont la fête est le 27 de ce mois.  Ce sont les patrons des médecins chrétiens : « Chirurgiens de haut parage, Saint Côme et Damien, sur moy faictes un chef d’ouvrage, de mes maux froissez le lien ! » Ou encore : « Servez saint Côme et Damien, vous vous porterez toujours bien ! »

Ces saints populaires vont nous préparer à affronter l’automne et ses pluies : « Quand l’aoubo de san Miqueou est tapado, Ploou quaranto jou e pie uno pasado » ; « Quand l’aube de la saint Michel est couverte, il pleut quarante jours et plus encore… » ; « Lei pluio de san Miqueou Soun jamaï restado au ceou »  « Les pluies de saint Michel, ne sont jamais restées au ciel… »

Préparons-nous à hiverner : « en septembre si tu es prudent, achète grains et vêtements ». Traditionnellement on achetait des vêtements neufs à l’occasion des foires dont j’ai parlé, grâce au produit des ventes des récoltes.

Notre neuvième mois de l’année nous fait rentrer, avec l’automne qui arrive, dans le système décimal avec les autres mois qui suivront jusqu’à la fin de l’année. Il s’est appelé un moment Tibérius, puis Germanicus et même Tacitus, car le Sénat romain avait voulu reproduire ce qui s’est passé pour Juillet et Août en baptisant les mois du nom des empereurs. Ces innovations motivées par la flatterie furent sans lendemain. Ouf ! car Néron aurait bien voulu lui aussi avoir un mois portant son nom. Septembre a prévalu, nous rappelant ainsi ces réformes des calendriers dont je vous ai souvent entretenus, et ce tout premier calendrier des habitants du Latium, adopté par Romulus à la fondation de Rome  qui déterminait une année. Avec Octobre, Novembre et décembre il garde donc un nom qui se réfère à son ancienne place. 'on continue encore à écrire parfois : 7bre, 8bre, 9bre, 10bre notamment dans les anciens actes d'Etat Civil, bien que leur place dans le calendrier "Julien" et aussi "grégorien "les situe à une autre place en fin d'une douzaine!  On est fort heureusement revenu à 12 mois et à des saisons qui collent plus à la durée du cycle solaire. 

Avec le calendrier révolutionnaire Septembre était devenu Vendémiaire, même si le réchauffement climatique fait que nos vendanges ont lieu de plus en plus tôt comme cette année -  et le mois des récoltes comme je l'ai évoqué. Longtemps mois du début de l'année à cause de Valmy et de la première République avec son calendrier "républicain" il reste le mois de la rentrée, scolaire mais aussi politique. On va voir ce qu’on va voir ! Avec cette fois le risque vu la conjoncture qu’on se fasse bien raser, et pas gratis !


Bon automne, Bonne rentrée, bon travail !

Adissias !                                                                                                                                              Jean Mignot

                                                                                                                                                      Le 31 du mois d’août                                                                                                                                                                 (sur un air connu)

 

jeudi 25 juin 2026

 Ce texte n'est pas de moi ! qu'il vous apporte un peu de fraîcheur ! 

Sécheresses (Grandes), et  étés caniculaires
à travers les siècles

(D’après « Des changements dans le climat de la France », paru en 1845)

 Mis à jour le JEUDI 1ER AOÛT 2013,

 
 
 
Quel est le degré de température de nos grands étés ? Ici revient l’insurmontable difficulté de fixer au juste, avant l’usage du thermomètre, l’intensité du froid ou de la chaleur. Un artifice fondé sur les rapports reconnus entre certains phénomènes naturels et les mouvements du thermomètre, fournit les mesures approximatives de nos grandes chaleurs et sécheresses.

De Humboldt a posé en principe que la végétation des arbres exige au moins une température moyenne égale à 11°. Le chiffre de cette température répond encore au point où la chaleur de l’air commence à devenir sensible. Ce degré assez fixe peut être pris pour le premier terme d’une échelle de nos grandes chaleurs. Messier a quant à lui constaté que le maximum de la chaleur à Paris, le 8 juillet 1793, a marqué 40°. C’est à peu près la plus haute température, excepté celle de l’été 1705 à Montpellier, observée en France, le thermomètre au nord, isolé, à l’ombre, à l’abri des réverbérations et à l’air libre.

DATES DE NOS GRANDS ÉTÉS ET GRANDES SÉCHERESSES :

* VIe siècle : 580, 582, 584, 585, 586, 587, 589, 591
* VIIe siècle : 675, 700
* VIIIe siècle : 783
* IXe siècle : 874, 892
* Xe siècle : 921, 987, 994
* XIe siècle : 1078, 1094
* XIIe siècle : 1137, 1183, 1188
* XIIIe siècle : 1204, 1212, 1226, 1287
* XIVe siècle : 1305, 1306, 1325, 1331, 1334, 1361, 1384, 1392
* XVe siècle : 1473
* XVIe siècle : 1540, 1553
* XVIIe siècle : 1632, 1674, 1684, 1694
* XVIIIe siècle : 1701, 1712, 1718, 1719, 1726, 1727, 1767, 1778, 1793
* XIXe siècle : 1803, 1811, 1817, 1825, 1842, 1858, 1875, 1893

Les graduations intermédiaires peuvent se déduire des rapports de la température avec les mouvements de la végétation. Par exemple, les fruits à noyau fleurissent ordinairement au milieu du mois de mars, sous une chaleur extrême de 17°. La floraison des vignes et la maturité des premiers fruits se rencontrent, vers le même temps, du 15 au 30 juin : le maximum moyen de la température indique alors 32°. Les récoltes d’été, depuis celle du seigle jusqu’à celle du vin, ont lieu, année commune, entre le 20 du mois de juin et le 20 du mois de septembre ; or, la température extrême des mois de mai, juin, juillet et août, qui influent le plus sur ces récoltes, égale moyennement 35° ; enfin, au delà de 35°, si cet excès de chaleur dure assidûment plusieurs jours ou se répète trop souvent, les plantes se dessèchent et les récoltes périssent. Ainsi, on peut estimer, d’après ces évaluations approximatives, la chaleur thermométrique de nos anciens étés.

En 580, les arbres fleurirent une seconde fois aux mois de septembre ou d’octobre. Des pluies abondantes et des inondations terribles avaient précédé cette floraison inaccoutumée ; et la chaleur, dont elle était la suite, fut accompagnée de tremblements de terre, d’incendies et de grêles, spécialement à Bordeaux, à Arles et à Bourges. Cette seconde floraison fait supposer au moins une température printanière prolongée, soit 12° à 14° de chaleur moyenne, et 24° à 25° de chaleur extrême.

La chaleur de l’année 582 fit fleurir les arbres au mois de janvier. En 584, on eut des roses en janvier : une gelée blanche, un ouragan et la grêle ravagèrent successivement les moissons et les vignes ; l’excès de la sécheresse vint consommer ensuite les désastres de la grêle passée : aussi ne vit-on presque pas de raisins cette année ; les cultivateurs désespérés livrèrent leurs vignes à la merci des troupeaux.

Cependant les arbres, qui avaient déjà porté des fruits au mois de juillet, en produisirent une nouvelle récolte au mois de septembre, ce qui implique régulièrement 20° à 24° de chaleur moyenne, et 32° à 34° au moins de chaleur extrême ; quelques-uns refleurirent encore au mois de décembre, et les vignes offrirent à la même époque des grappes bien formées, augurant 12° à 14° de chaleur moyenne, et 24° à 25° de chaleur extrême. Les arbres refleurirent au mois de juillet 585 ; ils refleurirent encore au mois de septembre 586, et un grand nombre de ces derniers, qui avaient déjà porté des fruits, en produisirent une seconde fois jusqu’aux fêtes de Noël. Au mois d’octobre 587, après la vendange, les vignes présentèrent de nouveaux jets avec des raisins bien formés.

Les arbres refleurirent pendant l’automne de 589, et ils donnèrent ensuite d’autres fruits : on eut aussi des roses au mois de novembre. La sécheresse excessive de 591 consuma toutes les prairies. Celle du long été de 874 fit manquer les foins et les blés. Les mois d’avril et de mai 892 furent en proie à une extrême sécheresse. L’année 921 se fit remarquer par de nombreux orages. Des chaleurs intenses et une sécheresse extrême régnèrent depuis, presque sans interruption, pendant les mois de juillet, août et septembre. L’extrême chaleur de l’été de 987 réduisit de beaucoup les récoltes. En 994, la disette des pluies tarit les fleuves, fit périr les poissons dans la plupart des étangs, dessécha beaucoup d’arbres, brûla les prairies et les moissons.

L’été de 1078 fut encore très sec : la vendange s’avança d’un mois ; c’est un signe de chaleurs précoces et d’une intensité moyenne de 24° à 25° au moins, et d’une intensité extrême de 35° au moins. Le vin fut abondant et fort bon. En 1094 la sécheresse fut extraordinaire. Celle de 1137 se déclara au mois de mars et persévéra jusqu’au mois de septembre, tarissant aussi les puits, les fontaines et les fleuves. Une sécheresse insolite accompagna la grande chaleur de 1183 ; elle sécha dans plusieurs endroits les rivières, les fontaines et les puits. Les mêmes phénomènes trahissent la sécheresse de 1188 : un grand nombre d’incendies se déclarèrent à Tours, à Chartres, à Beauvais, à Auxerre, à Troyes, etc.

Il ne plut pas ou presque pas pendant les mois de février, mars et avril 1204 : de fortes chaleurs succédèrent à ces trois mois de sécheresse. L’année 1212 fut très sèche. L’extrême sécheresse de l’année 1226 entraîna la ruine de presque toutes les récoltes d’été : l’automne de cette année se montra encore chaud et sec ; enfin, un hiver sec, très froid prolongea la sécheresse jusqu’au mois de février suivant. Cette chaleur sèche continue produisit dans toute la France une quantité prodigieuse de vin. Il ne plut pas pendant tout l’été 1287 ; les puits et les fontaines tarirent.

En 1305, il y eut une grande sécheresse en été ; la sécheresse fut aussi excessive en 1306 au printemps et en été. La sécheresse fut si grande en 1325, qu’on eut à peine la valeur de deux jours de pluie dans le cours de quatre lunaisons : il y eut cette année-là une chaleur excessive mais sans éclairs, tonnerres ni tempêtes, peu de fruits, seulement les vins furent meilleurs que de coutume. En 1331, aux longues pluies qui avaient duré depuis le commencement du mois de novembre de l’année précédente jusqu’au commencement de cette année, succéda une si grande sécheresse qu’on ne put labourer la terre à cause de sa dureté. L’hiver suivant fut pluvieux et très peu froid ; il n’y eut presque pas de gelées.

La sécheresse de l’été 1334 fut suivie d’un hiver très humide ; il y eut beaucoup de vins, mais moins chauds que l’année précédente. Les sources tarirent pendant l’été de 1384 par le manque de pluies et la sécheresse insupportable qui régna dans toute la France. La sécheresse opiniâtre de l’été 1392 tarit les sources et empêcha les plus grands fleuves de la France d’être navigables. L’été de 1473 fut très chaud : la chaleur se prolongea depuis le mois de juin jusqu’au 1er décembre ; il n’y eut ni froid, ni gelées avant la Chandeleur. Labruyère-Champier et Fernel ont signalé les grandes chaleurs générales de l’été de 1540. En 1553, la chaleur brûlait tout au mois de juin.

La sécheresse de 1632 dura depuis le 12 juillet jusqu’au 15 septembre. Nous mesurons plus sûrement, grâce aux observations thermométriques, les degrés de chaleur des grands étés suivants. L’année 1684, classée par J.-D. Cassini au nombre des plus chaudes, dans un tableau des grandes chaleurs de Paris, qui comprend quatre-vingt-deux ans, a présenté, seulement sous ce climat, soixante-huit jours d’une température de 25°, entre midi et trois heures ; seize jours d’une température de 31°, et trois jours d’une température de 35°. Ainsi le thermomètre s’éleva trois fois, de midi à trois heures, le 10 juillet, le 4 et le 8 août, à 35° au moins. Les observations udométriques commencées en France par Lahire, en 1689, ne fournissent pas moins d’exemples de ces grandes sécheresses. Les plus considérables depuis cette époque appartiennent aux années 1694, 1719, 1767, 1778, 1793, 1803, 1817, 1825, 1842, 1858, 1875, 1893. A Paris, le thermomètre marqua 40° à trois heures et demie le 17 août 1701.

 

Les deux années de 1718 et 1719 eurent l’une et l’autre des chaleurs sèches, violentes, longues et soutenues. A Paris, le 7 août 1718, le thermomètre de Lahire, malgré son exposition défavorable, indiqua néanmoins vers trois heures de l’après-midi 35° ou 36° : il s’éleva aux mêmes chiffres le 11, le 21 et le 23. Un hiver très doux succéda à ces chaleurs. La plupart des arbres se couvrirent de fleurs dès le mois de février et de mars 1719.

Les fortes chaleurs reparurent avec le mois de juin. Plus intenses que celles de l’année précédente, elles durèrent aussi beaucoup plus longtemps. A Paris, le thermomètre de Lahire indiqua au maximum une température de 37° ; en outre, la table de Cassini attribue à cet été quarante-deux jours d’une température de 31° ; enfin, les chaleurs ont persévéré trois mois et demi, depuis le mois de juin jusqu’à la moitié du mois de septembre. L’extrême abaissement des eaux de la Seine au pont de la Tournelle, durant cette année si sèche, donna le zéro des mesures pour les hauteurs variables de ce fleuve. Le père Feuillée, cité par Maraldi, écrivait en même temps de Marseille que des chaleurs insolites y avaient fait refleurir les arbres au mois d’octobre, et qu’ils s’étaient plus tard chargés de nouveaux fruits. Les froids survenus au mois de décembre empêchèrent ces fruits de grossir comme à l’ordinaire, mais ils ne les empêchèrent pas d’aboutir à une parfaite maturité. Le père Feuillée ajoute qu’il a cueilli, le 18 décembre, des cerises et des pommes complètement mûres.

L’été de 1726 débuta vers la fin du mois de mai, continua ensuite durant les mois de juin, de juillet et d’août. Cassini y a compté à Paris soixante-deux jours d’une température de 25°, et dix jours d’une température de 31°, sa plus grande chaleur, observée le 27 et le 28 août, ayant égalé environ 34°. Les fruits mûrirent un mois plus tôt qu’à l’ordinaire. Le maximum de la chaleur fut beaucoup plus précoce en Provence. A Toulon et à Aix, il eut lieu le 13 et 14 juillet. C’est en 1726 que Delande vit à Brest son baromètre parfaitement immobile depuis le 2 février jusqu’au 1er septembre.

Les chaleurs de l’année 1727 ont duré bien davantage. Après un hiver modéré, le thermomètre commença à monter le 7 février. Le 10 mai suivant, il marquait déjà, au lever du soleil, 18°, et à deux heures le soir près de 27°. Les chaleurs se soutinrent en augmentant pendant les mois de juillet et d’août. Le 7 de ce dernier mois, à trois heures de l’après-midi, elles atteignirent le maximum de 35° ; depuis, la température ne cessa d’être élevée le reste du mois d’août et dans le cours du mois de septembre.

L’été de 1778 eut aussi des chaleurs fortes, longues et constantes. Sous leur influence, plusieurs arbres fruitiers fleurirent une seconde fois ; deux ceps de vigne en espalier contre le mur de l’ancien corps de garde du quai Malaquais, à Paris, offrirent même le 10 octobre, après avoir refleuri, des grappes assez grosses. Mourgue et Lamanon ont signalé les mêmes chaleurs, l’un à Montpellier et l’autre à Salon. Ces chaleurs insolites régnèrent principalement dans les mois de juillet et d’août ; elles furent sèches et sans nuages : ce grand été se fit d’ailleurs remarquer par la fréquence des inondations, des orages, des ouragans et des tremblements de terre.

Les chaleurs de l’été 1793 éclatèrent brusquement. Les mois de mai et de juin avaient été très froids ; il avait gelé à glace durant ces deux mois, il était tombé beaucoup de neige sur les Alpes et d’autres montagnes ; enfin, on avait vu dans la basse Autriche des chariots chargés traverser une rivière à la fin du mois de juin. Les grandes chaleurs commencèrent à paris le 1er juillet ; à Montmorency, après le 4. Elles augmentèrent si rapidement, que la journée du 8 figure déjà parmi les époques de leur maximum. Pendant tout le mois, le thermomètre se balança, au milieu du jour, entre 40° et 25° à 26°, en indiquant douze fois 24° à 34°, et dix fois 34° à 40° ; son élévation ne fut guère moindre les dix-sept premiers jours du mois d’août. Le maximum de la chaleur a donné 38°4 le 8 juillet à l’Observatoire royal de paris, et 40° le 16 du même mois à l’Observatoire de la marine. Durant ces grandes chaleurs, le vent resta fixé au nord, le ciel fut presque toujours beau, clair et sans nuages.

Ces grandes chaleurs ont été très sèches, quoique entrecoupées de violents orages, lourdes et accablantes ; elles différèrent peu du jour à la nuit et du matin au soir. Les objets exposés au soleil s’échauffaient à un tel degré qu’ils étaient brûlants au toucher. Des hommes et des animaux moururent asphyxiés, les légumes et les fruits furent grillés ou dévorés par les chenilles. Les meubles et les boiseries craquaient, les portes et les fenêtres se déjetaient ; la viande, fraîchement tuée, ne tardait pas à se gâter. Une transpiration incessante macérait la peau, et le corps nageait continuellement dans un bain de sueur fort incommode. C’est surtout le 7 juillet qu’on a pu constater de semblables effets. Le vent du nord vint apporter ce jour-là une chaleur si extraordinaire, qu’il paraissait s’exhaler d’un brasier enflammé ou de la bouche d’un four à chaux. Cette chaleur était étouffante, régnait par un ciel très clair, arrivait par bouffées intermittentes, et produisait à l’ombre une impression aussi brûlante que celle des rayons du soleil le plus ardent.

En 1803, il plut très peu du 4 juin au 1er octobre. La pluie augmenta vers le commencement d’octobre ; après quoi, la sécheresse reprit et se soutint de nouveau jusqu’au 9 novembre. Cette sécheresse continua donc quatre mois de suite et plus de cinq mois en tout, sauf la courte interruption des premiers jours d’octobre. Les puits et les fontaines tarirent. A Paris, le petit bras de la Seine resta presque à sec, et le niveau du fleuve indiqua, le 21 et le 27 novembre, 24 centimètres au-dessous de zéro. Dans quelques départements, l’eau manquait absolument ; on allait en chercher à trois ou quatre lieues, et il en coûtait trente sous pour abreuver un cheval.

En 1811, les chaleurs furent partout précoces, intenses et prolongées. Les moyennes mensuelles de la température de Paris dépassent, cette année, de plusieurs degrés, les mois de janvier et d’août exceptés, les moyennes mensuelles déduites de vingt-et-un ans. Cet excès de chaleur éclata tout d’un coup dès le mois de février ; elle se soutint presque sans interruption, ou plutôt en augmentant de mois en mois, pendant les mois de mars, d’avril et de mai, avant de marquer une pause.

A Nancy, la chaleur commença le 15 mars, et persista avec opiniâtreté jusqu’au 6 août. Cette chaleur sèche tarit de bonne heure un grand nombre de ruisseaux que personne n’avait jamais vus à sec, compromit les prés et les semailles printanières, avança toutes les récoltes et rendit fort abondante celle des grains et des raisins. La vigne fleurit le 24 mai, au lieu de fleurir vers le 24 juin. La moisson eut lieu du 10 au 20 juillet, et la vendange dès le 8 septembre. Dans le Midi, les vents du sud, vents chauds, humides et étouffants, se prolongèrent en Provence jusqu’à la fin de l’année. Au midi comme au nord, la chaleur et la sécheresse de 1811 épuisèrent la plupart des sources, desséchèrent les torrents et les fleuves, précipitèrent la maturité des fruits, consumèrent les plantes fourrageuses, et favorisèrent, en général, les récoltes de vin.

L’été de 1842 mérite aussi de compter parmi nos grands étés, sa chaleur étant plus intense dans le nord que dans le Midi. A Paris, elle commença dès le 5 juin, et se prolongea à travers de rares intermittences jusqu’au mois de septembre. Le caractère de cette chaleur, en générale orageuse et sèche, la rendait encore plus sensible. Beaucoup de marronniers de nos jardins publics, qui avaient perdu leurs feuilles au mois de juillet, refleurirent à la fin du mois d’août.

 

Alors canicule 2026 ? il faudra compléter cet article !

 

jeudi 26 mars 2026

les Vaquerieu de mars 2026

 Li Vaquerieu 2026

 

Les quelques jours de soleil de cette fin mars nous ont laissé penser que le printemps était enfin arrivé. C’était compter sans ce curieux mois de mars qui, nous le disent les vieux dictons de nos Anciens « Ce que mars couve, on ne le sait qu’après son trente et unième jour ». Ou encore : « Soit au commencement, soit à la fin, mars montrera son venin ». En pays d’Oc on dit « Mars marsejo » ce qui veut bien dire : « mars fait son temps de mars », c'est-à-dire mars n’en fait qu’à sa tête ! Mars est capricieux. On l’oublie un peu vite ! Or si nos Anciens ont tiré des leçons de ces caprices de mars c’est bien parce qu’ils s’étaient aperçus que cela se reproduisait fréquemment.

Les différents services de météorologie nous annoncent depuis plusieurs jours une chute des températures et en particulier le matin et nous pouvons déjà le constater.

« Une ou plusieurs vagues de froid destructrices pour l'agriculture arrivent en France ces prochains jours » écrit Météo Languedoc. C'est un phénomène qui se reproduit souvent au point que ça a donné naissance à une vieille légende/histoire qu'on retrouve avec des versions différentes, tout autour du bassin méditerranéen. Ça a même fait l'objet d'un livre ! Mistral écrit dans Mireille : « e li jour negro de la vaca ». Ces jours redoutés du monde paysan s'appellent « li vaquerieu ».

J’ai souvent rappelé cette légende même si elle ne se reproduit pas chaque année, cycle lunaire aidant. Par exemple les marées de l’équinoxe n’ont pas toujours lieu autour du jour de l’équinoxe comme cette année.;

On peut donc s’attendre, une fois de plus, à ce que nos médias nous servent du « jamais vu ! » ou « record de température » ou « nouvelle offensive du froid » et autres termes usant abusivement de toutes sortes de superlatifs alors que ce n’est pas si nouveau que ça qu’il fasse mauvais à la fin du mois de mars. A preuve nos dictons et cette vieille histoire/légende de la vieille « ou jours de la vache »

La voici dans une version adaptée par mes soins, selon ce dont j’ai lointain souvenir de ce que j’ai entendu dans mes Cévennes. Une étude plus approfondie des différentes versions serait un bon sujet pour des étudiants d’écoles spécialisées. Ceux qui sont intéressés peuvent se procurer l’ouvrage : « les jours de la vieille » de Marcelle Delpastre et Albert Pestour édité par la Société d’études historiques et archéologiques de la moyenne Corrèze, à Tulle en 1961.

« La vieille » prend une signification météorologique. En Provence elle représente souvent la nature.

Le journal local « le Républicain d’Uzès » avait donné dans ses pages, il y a une trentaine d’années, la version la plus proche de celle que je connais par tradition orale et qui est aussi la version de Frédéric Mistral qui dans « Mireille » écrit sur ces jours de mars « e li jour negre de la vaco » : «  ce sont les jours noir de la vache ».

Une vielle dame, s’étant gaussée d’un hiver bien peu rigoureux, avait perdu son troupeau de brebis, à cause des assauts du mauvais temps, par périodes de rafales brusques et imprévues, que rappellent à notre mémoire quelques vieux dictons bien connus de nos Anciens.

Elle ne se découragea pas pour autant et remplaça son troupeau par autant de vaches plus robustes, pensait-elle…

Le mois de mars fut favorable à son élevage et elle n’avait qu’à s’en féliciter. A la lumière de l’expérience elle eût dû en rester là. Elle eut la sottise de dire : « En escapan de mars e de marséu, aï escapa mi vaco e mi vedéu. », (En échappant à mars et à ses giboulées J’ai sauvé mes vaches et mes veaux).

Fâché d’une telle ingratitude, le mois de mars va trouver son voisin : « « Abriéu, n’aï plus que tres jour, presto-m’en quatre li vaco de la vieio faren batre. ». (Avril, je n’ai plus que trois jours, prête-m’en quatre, les vaches de la vieille nous ferons battre= mourir).  Avec l’accord d’avril, une gelée tardive tua la végétation et cette fois encore la vieille perdit son troupeau.

Il existe plusieurs variantes de cette histoire selon les régions ou les pays, notamment tout autour du bassin méditerranéen.

En Provence on raconte qu’après un hiver peu rigoureux, une vieille se moqua du mois de février parce que celui-ci n’avait pas été très rude. Comme en cette année 2026. Le mois de février en fut très fâché. Il demanda au mois de mars de bien vouloir lui prêter trois jours. Alors se leva un mistral fou qui emporta tout sur son passage. Il fit froid. Le troupeau de brebis – les bédigue s- de la vieille moururent. Elle se lamenta quelques jours puis décida d’acheter des vaches car elle pensait qu’elles résisteraient mieux au mauvais temps. Vers la fin du mois de mars, il faisait beau, les arbres fruitiers avaient déjà fleuri, les rosiers commençaient à ouvrir leurs boutons.  L’équinoxe était passée, le printemps était là. La vieille dansait de joie pensant avoir sauvé vaches et veaux. Mars se vexa et voyant que le mois allait se terminer sans qu’il ait pu faire périr les vaches de la vieille, il se retourna vers son voisin avril et lui demanda de lui prêter quatre jours. Des gelées survinrent et brûlèrent la végétation. Les vaches périrent. Ainsi, soit durant les derniers jours de février, soit les trois premiers jours de mars ou pendant les derniers jours de ce mois ou encore au début du mois d’avril on peut encore entendre, dans les campagnes de nos pays d’Oc, les lamentations de la vieille, portées par le fort vent qui souffle.  

En pays catalan ou dans d’autres régions de France on retrouve avec des variantes. On trouve même des versions à caractère grivois !

D’autres légendes courent sur ce thème en Italie, en Espagne, en Grèce et chez les Serbes, en Roumanie,  en Bulgarie, ou au Maroc, et dans bien d’autres lieux.

Selon certaines, la vieille, sortant trop tôt son troupeau de l’étable, voit celui-ci pétrifié. D’autres disent que c’est la vieille elle-même qui est pétrifiée comme chez les Aït Ouaran qui disent que les mégalithes du Mont Buiblan, ou le mont lui-même, au sud de Taza, au Maroc, sont la vieille pétrifiée au milieu de son troupeau.

A Fez, chez les Hayaina, on parle d’une vieille enlevée avec son troupeau de chèvres par un torrent en crue. Selon les lieux on trouve en effet des variantes sur le bétail : moutons et brebis, chèvres ou vaches. Ou même d’une seule vache et de son veau. Chez les Seksawa, plus au sud du Maroc, on dit que la vieille fit tondre son troupeau trop tôt croyant le froid fini, ce qui contribua à faire périr les moutons. Chez les Ntifa on parle pour ces jours de fin mars du « jour de la Chèvre ».

Ce qu’il faut retenir, c’est que la nature n’a pas fini de nous surprendre. Qu’il faut la respecter, sinon elle sait nous rappeler à l’ordre. Car « si l’hiver ne janvroie, si février ne févroie, mars vient qui ne laisse rien » dit-on en Eure et Loir. C'est-à-dire que janvier se doit d’être froid et février pluvieux, sinon les effets de l’hiver surgiront en mars, anéantissant toutes les promesses de récolte.  

Comme on ne connait plus cette vieille légende qui pourtant dépasse nos frontières, on se contente de parler des giboulées de Mars. Elles illustrent le combat entre les derniers souffles de l’hiver et les prémices du printemps, grésil n neige fondue, grêle vents forts et chute des températures d’au moins ou phénomène plus proche de celui de la Lune Rousse ? On sait en effet que le soleil de ces derniers n’a pas été assez fort pour réchauffer suffisamment la terre. Le « fonds de l’air est resté frais » ! La terre se froidit vite la nuit et ne peut restituer assez de chaleur aux jeunes pousses de la végétation, et ce notamment quand le ciel est bien dégagé. Il se produit vers le lever du jour, un choc thermique qui bien que la température soit au-dessus de zéro, brûle, roussit les jeunes pousses.  

Et il faut s’attendre à des attaques semblables de mauvais temps, avec des risques multipliés, pour la prochaine « lune rousse » qui doit commencer le 17 avril pour se terminer le 16 mai avec sa litanie de « saint Cavaliers » et de « saints de Glace ».

J’insiste sur ces dates car je lis des tas de fausses informations sur cette « appellation « Lune Rousse » y compris parce qu’elle serait plus rouge que les autres ! La Lune Rousse est le premier cycle lunaire complet qui suit la fête de Pâques.  Or une lunaison commence à la Nouvelle Lune. Donc je m’inscris en faux vis-à-vis de tous ceux qui disent que la Lune Rousse 2026 commence cette année le 1er Avril jour de Pleine Lune et non jour du début de la lunaison Et elle est qualifiée de « rousse » parce qu’elle brûle les jeunes pousses encore trop fragile. J’ai même lu qu’à cause du changement climatique la « Lune Rousse » se produit désormais plus tôt, confondant et oubliant que ce sont » les Vaquerieu » ? Laa « Lune rousse » viendra après, aux dates que je viens d’indiquer.

La prudence est de rigueur tant pour que dans les champs !  

A Diou sias !

 

 

                                                                                                     Jean Mignot

                                                                                                     26 mars 2026