mardi 31 janvier 2017


du mois de Février 2017


C’est toujours avec une réelle appréhension que l’on voit arriver le mois de février. Non plus parce que, comme au temps des Romains son nom annonce fièvres et autres grippes, mais à cause de sa position au milieu de l’hiver et du souvenir que l’on a de l’hiver 1956 en oubliant  qu’il y a  eu bien d’autres février très froid qui ont eux aussi gelé les oliviers et bien d’autres arbres comme les châtaigniers et les mûriers. On pense aussi aux vacances et cela devient désormais la préoccupation majeure. Va-t-il y avoir de la neige ? Alors que les préoccupations plus sérieuses du moment passent au second plan, je trouve un peu trop vite un peu trop vite !
Ce mois de février 2017 s’annonce doux et humide au moins jusqu’à la pleine lune du 11, et même sans doute jusqu’à la prochaine nouvelle lune le 26. Après il faudra voir ...car « si février ne donne de la teste, il donnera de la qoueste ! » nous disaient nos Anciens.
N’en déplaise à ceux qui nient l’influence de la lune, c’est bien la nouvelle lune de fin janvier qui a amené neige et mauvais temps avec orages, puis ouvert cette période de redoux telle que nous la vivons en ce moment. On peut donc craindre la prochaine nouvelle lune le 26 car elle pourrait ouvrir une période de mauvais temps.
Si février ne remplit pas son contrat - entendez de jours de froid - nous aurons du mauvais temps tout le printemps et peut-être plus. « Février trop doux, printemps en courroux. » ou « Si février ne févrère pas, tout le mois de l’an peu ou prou le fera ». En espérant que ce printemps en courroux ne sera pas comme celui de 1789 où un gel tardif fit périr les abeilles. 1789.. tiens  donc..! Par bon successifs de 19 ans ( le cycle de Méton ) on arrive bien à cette date ! Curieux rapprochement..! Sans parler d’une autre révolution qu’il faudrait bien faire !

Pour le moment ce ne sera pas le froid qui va nous désespérer comme celui du Grand Hiver de 1709 comme l'écrivait Voltaire : « le cruel hiver de 1709 acheva de désespérer la nation », mais bien la situation de notre pays !  Laissons les politiques à leurs affaires, et les fans de glisse à leur neige ! Mais attention à la fuite en avant... ! Je n’ai pas dit : la chute !
« Février le plus court des mois, est de tous le pire à la fois ! » avec cette variante littéraire : « Février entre tous les mois, le plus court et le moins courtois ! »

Février reste un mois sournois sous bien des aspects et cette année il le sera encore et bien plus avec ses deux éclipses, de lune le 11 et de soleil le 26. Les éclipses sont toujours des moments de perturbations atmosphériques, avec des répercussions notamment sur  les végétaux qu’il faut laisser tranquilles ces jours-là, et bien sûr, sur la météo ambiante.  Le ciel des jours d’éclipses est un ciel «  mou », « blanc », pas net.
Il y a éclipse de lune si le noeud lunaire a lieu au moment de la nouvelle lune ou de la pleine lune. Ce sera le cas le 11 février. La lune sera dans la pénombre totale à 1h45 de la nuit. Elle sera visible en France. Cette fois la terre qui fera ombre à la lune. La terre s’interpose entre le soleil et la lune, et nous sommes  bien sûr dans la partie non éclairée de la terre.
Une éclipse solaire se produit elle, lorsque la Lune passe entre la Terre et le Soleil, ce qui obscurcit totalement ou partiellement le Soleil vu de la Terre. Cette fois c’est l’ombre de la Lune qui nous empêche de voir le soleil. Une éclipse solaire totale se produit lorsque le diamètre apparent de la Lune est plus grand que celui du Soleil, bloquant tous les rayons directs du Soleil, et plongeant le jour dans l'obscurité. 
Le 26 février ce sera la Nouvelle Lune et il y aura une éclipse mais nous ne verrons rien pas plus que pour la prochaine éclipse de soleil qui aura lieu le 21 août 2017. Ce sera la 11e éclipse totale du XXIe siècle, mais le 13e passage de l'ombre de la Lune sur Terre en ce siècle.
Ce sera aussi  la première éclipse totale de Soleil à passer aux Etats-Unis au XXXe siècle. Vu ce qui s’y passe, les prophètes de malheur et tous les diseurs de bonne aventure ont du grain à moudre !
Quelles que soient leurs prédictions les éclipses ont toujours été porteuses de signes et dans les temps anciens on les redoutait car on craignait que la lune ou le soleil disparaisse définitivement … ! 

Moi je prédis un mois de février doux, comme celui d’il y a 19 ans selon le cycle de Méton, c’est-à-dire 1998: 17° à Lyon le 11 février ; 14 .7° à Rennes le même jour ; 18.2 à Saint Etienne ; 15.1 à Tours et 17.6° à Strasbourg.  Le 13 février 20° en côtes d’Armor ; 17° à Bourges ; 21.6° à Bordeaux ; 20.3° à Toulouse et 22° à Limoges. Le 18 février 21.8° à Marseille et 22.8 à Salon de Provence. 19.2° à Bourg Saint Maurice le 19 février. Le 20 février 22.5° à Bordeaux, 19° à Bourges ; 22.2 à Châteauroux ; 21° à Saint Etienne, 22° à Poitiers et même 22.1° à Niort.
Tous ces relevés et bien d'autres sont parfaitement connus et accessibles à tous, mais je suis sûr qu'on va encore sur les ondes que c’est du «  jamais vu ! »

Février mois des fièvres  mais aussi mois des purifications. Il pleuvait souvent beaucoup à Rome et cela entraînait des maladies d’où la nécessité de se purifier voir de se purger : avec quelques grains hellébore !
Ce temps pluvieux était si fréquent que le mois avait été consacré à Neptune et notre calendrier républicain l’avait baptisé « pluviôse »

Février un mois qui partage avec Avril la particularité de tirer son étymologie d’un verbe et non d’un dieu ou de sa place dans le calendrier comme les trois derniers de notre année.

Février le mois le plus court de l’année. J’ai souvent expliqué pourquoi. Créé pour arriver au bon compte sur le temps que met la terre pour faire sa révolution autour du soleil, il a toujours été considéré comme un mois « complémentaire » et c'est donc chez lui qu'on est allé retirer un jour pour pouvoir mettre sur un plan d’égalité, le grand Jules César et son neveu Auguste dans les deux mois qui leur sont consacrés juillet et août.

Une plaisanterie a cours sur sa brièveté. On dit volontiers que c’est le mois de l’année où les filles sont les moins bavardes. Et pour cause !
Pardons mesdames !

Mois des purifications rituelles chez les Romains, les « februales » février donnait lieu à des festivités de tous ordres et notamment à une série de célébrations en l’honneur des morts. 
L’église, a fixé au début de ce mois la fête de la Purification et de la Présentation de Jésus au Temple de Jérusalem, selon le rituel de la loi juive.
Je relève au passage la vieille habitude qui avait court dans nos campagnes de garder précieusement les cierges de la Chandeleur pour pouvoir les allumer auprès du défunt qu’on veillait ensemble jusqu’à ce qu’il soit porté en terre. Peut-être un vestige de ce culte des morts en cette période !
Chez les Celtes on retrouve aussi ce culte des morts et ce rite de purification de l’eau pour assurer la fécondité et le retour à la vie. C’était la fête d’Imbolc.
On peut faire aussi un rapprochement avec d’autres fêtes qui s’appelaient les « parentalia ».
Il y avait enfin à la même période, les fameuses « lupercales » dédiées à la louve qui éleva Remus et Romulus. C’étaient des fêtes en l’honneur de la fécondité  au moment où la nature commence à reprendre vie. Le peuple de Rome et surtout les jeunes se rassemblaient dans la rue à la lueur de torches enflammées et on mangeait des galettes en l’honneur de Proserpine, divinité protectrice entre autres, du monde agraire.
Pour mettre fin aux orgies dans lesquelles dégénéraient ces fêtes, le pape Gélase, en 472, eut alors l’idée de faire distribuer ces galettes aux pèlerins affamés venus à Rome. On appelait ces galettes des « oublies ». Ce sont les ancêtres de nos crêpes.
Il faut voir dans les crêpes et leur forme, cette louange au soleil qui brille un peu plus chaque jour, avec le même symbolisme pour la galette des rois qui représentait le soleil renaissant. Les jours augmentent en effet de façon très sensible puisqu’ils vont gagner durant ce mois, 46 minutes le matin et 44 le soir.

Chaque année, vers le 13 février, on assiste à un redoux, autour de la fête de saint Valentin, le 14. C’est ce que nous rappelle ce dicton en langue d’oc : "Per la San valentin, l'agasso mounto sou pin; si noun li jai, ti tengues paga gai" proverbe qu'on peut traduire ainsi : pour la saint Valentin la pie monte sur le pin; Si elle n'y fait pas son nid, ne te réjouis pas trop vite.
Ce proverbe est lié à l'observation du temps de ce jour de milieu février, où la nature fait quelquefois ressentir les premiers frémissements d'un réveil du printemps. Si alors l'oiseau monte à l'arbre, il faut voir s'il va ou non commencer d'y faire son nid. S'il ne commence pas son travail ce jour-là, c'est signe que l'hiver n'est pas encore fini. Cela pourrait bien être le cas cette année. Observez les oiseaux en ce moment et vous verrez !

On raconte que Charles d’Orléans, prisonnier en Angleterre après la défaite d’Azincourt, avait observé ainsi le jeu des oiseaux, et qu’il aurait alors imaginé d’écrire des messages d’amour et de tendresse à sa bien-aimée, messages qui sont devenus, après qu’ils aient été institués à la Cour de France, « les valentines », ces cartes décorées de cœurs et de cupidons, ornées de dentelles, de soie, de satin, de fleurs, voire aussi parfumées, qui apparurent à l’époque victorienne et que Monsieur Howland, papetier américain importa aux USA en 1848 et dont on dit que les Américains sont très friands…

Avec la fête de ce saint populaire dont le commerce s’est désormais saisi, nous nous retrouvons encore dans cette volonté de l’église d’organiser une alternative aux festivités païennes pour éviter les débordements qu’elles avaient entraînés.
La légende de saint Valentin traversa les siècles et en 1496, sur décision du pape Alexandre VI, saint Valentin devint le patron des amoureux, des fiancés et de tous les jeunes gens et jeunes filles, dont le comportement est si proche de celui des oiseaux.
Depuis 140 ans, des reliques de saint Valentin reposent dans l'église de Roquemaure, dans le Gard, au bord du Rhône. Culte des reliques… Influence des reliques... !
En 1866 le phylloxera fait son apparition dans le Gard à Aramon, puis à Roquemaure. Ce sont les « tâches de Roquemaure ».
C’est la catastrophe. Le riche propriétaire du domaine de Clary, à Roquemaure, décide de faire l’acquisition, à Rome, d’un saint protecteur. Le 25 octobre 1868, l’évêque de Nîmes, Monseigneur Plantier, célèbre l’arrivée des reliques, dans une grande liesse. Sur la place de la Pousterle, le panégyrique de saint Valentin est dit en présence d’une foule immense qui ensuite accompagne les reliques vers la collégiale où désormais elles demeurent dans une chasse. C’est cette commémoration qui a lieu chaque année dans une série de festivités remarquables, où les gens du pays, habillés comme en 1868, font revivre les métiers d’autrefois, et défilent en cortège ( plus de 800 personnes).
Roquemaure, c'est le village où fut chanté pour la première fois, "Minuit Chrétiens" le fameux cantique écrit par Placide Carpeau, enfant du pays. Mais cela c'est une autre histoire !
Quant à la relation entre saint Valentin et le phylloxera, à ma connaissance, il n’y en a aucune …Et pour ce qui est du pouvoir des reliques... ! 
Ce qui est sûr c’est que le phylloxera est devenu une vieille histoire dont on ne se souvient plus de l’ampleur des dégâts que cette épidémie avaient engendrés.
Cette belle complainte vient à point pour les amoureux de  la saint Valentin. Voyons plutôt le bon côté des choses et chantons ce  beau refrain de Charles  Trenet :

Le soleil a rendez-vous avec la lune
Mais la lune n'est pas là et le soleil l'attend
Ici-bas souvent chacun pour sa chacune
Chacun doit en faire autant
La lune est là, la lune est là
La lune est là, mais le soleil ne la voit pas
Pour la trouver il faut la nuit
Il faut la nuit mais le soleil ne le sait pas et toujours luit
Le soleil a rendez-vous avec la lune
Mais la lune n'est pas là et le soleil l'attend
Papa dit qu'il a vu ça lui...

Le 28 février, c’est mardi-gras, jour de carnaval. « Carnaval » vient de l’italien « carnalevare » signifiant « sans viande », « enlever la viande » car la période qui va suivre le Mardi Gras sera une période de jeûne.
Dans les pays anglophones on nomme ce jour Fat Thuesday, Shrove Tuesday ou encore Mardi Gras day.
En général on ne mange pas de gras pendant le carême. La veille du début du carême, le Mardi Gras, les gens avaient pris l’habitude, dit-on, d’utiliser ce qui reste de graisse pour faire des fritures, beignes, bugnes, beignets, bougnettes dans le Midi ou "oreillettes". 
Il était aussi de coutume d’arrêter de manger des œufs durant le carême. C’est pour cela que se serait instaurée la tradition de faire des crêpes, en lien avec l’origine des crêpes du début de ce mois de février. C’est pourquoi le Mardi Gras est aussi appelé le Pancake Tuesday.
Ce sera ensuite, début mars l’entrée en carême des chrétiens, 40 jours avant la fête de Pâques. C’est la commémoration des quarante années de marche du peuple hébreu dans le désert, et du jeûne du Christ dans le désert lui aussi. C’est un temps de réflexion et de prière. Un temps d’appel à la conversion. Lisez attentivement ce qu’écrivait de façon imagée, le très grand évêque d’Arles, saint Césaire : « Ne tarde pas, convertis-toi et ne diffère pas de jour en jour. Ce sont les paroles de Dieu et non les miennes. Mais toi tu réponds : demain ! demain ! (en latin du texte : « cras ! cras !) Quel croassement de corbeau ! Comme le corbeau envoyé de l’arche n’y est pas revenu et, maintenant qu’il est vieux, dit encore : demain ! demain ! C’est le cri du corbeau : tête blanche et cœur noir. Demain ! demain ! c’est le cri du corbeau : le corbeau n’est pas revenu à l’arche, la colombe est revenue. Qu’il se perde donc, le croassement du corbeau, et que se fasse entendre le gémissement de la colombe » Saint Césaire d’Arles  ( 469 – 542)
Un appel à la réflexion et à la conversion !

Ce beau texte du grand évêque Césaire, à quelques mots près, s’appliquerait bien aux promesses que nous entendons par les temps qui courent ! Croâ ! croâ ! Demain ! demain !

Adissias !                                                                                                                                                             Jean Mignot le 31 janvier 2017