mardi 28 février 2017

du mois de mars 2017

du mois de Mars 2017

Voilà un mois de Mars qui commence dans le contexte d’une société ou on perd le sens de bien des choses !  Je parlerai  d’abord du printemps qui n’est pas encore là puisqu’il n’arrive que  20 mars cette année. Alors pourquoi parler du printemps des Poètes en plein hiver, du 4 au 19 mars cette année, pour la 19e fois. 
A sa création, la manifestation se déroulait les premiers jours du printemps. Ça avait du sens ! Comment demander  à des collégiens ou lycéens de parler du printemps alors qu’il fait encore froid ! Problème de pédagogie ? On perd ainsi le sens des choses et on va laisser croire que c’est désormais le printemps avec ce mois qui commence alors que l’hiver poursuit sa route avec les premières giboulées comme celles de cette fin février, et des marées parmi les plus fortes de l’année. Laissons du temps au temps. Et ne bousculons pas mars à l’appel d’Alfred de Musset :

" Du pauvre mois de mars il ne faut pas médire ;
Bien que le laboureur le craigne justement,
L’univers y renaît ; il est vrai que le vent,
La pluie et le soleil s’y disputent l’empire.
Qu’y faire ? Au temps des fleurs, le monde est un enfant ;
C’est sa première larme et son premier sourire."

Ce dernier jour de février c’est carnaval. Mardi-Gras si vous préférez. Demain on enlève la chair ; les chrétiens  entrent en Carème.

" Le carnaval s’en va, les roses vont éclore ;
Sur les flancs des coteaux déjà court le gazon.
Cependant du plaisir la frileuse saison
Sous ses grelots légers rit et voltige encore,
Tandis que, soulevant les voiles de l’aurore,
Le Printemps inquiet paraît à l’horizon."

Premier sourire du Printemps ? C'est le titre de ce recueil de poésies de Théophile Gautier dont nous avons surtout retenu : « Mars qui rit malgré les averses prépare en secret le printemps ». Mais ces deux vers de Théophile Gautier sont précédés de deux autres vers qui nous plongent tout de suite dans l’actualité : « Tandis qu’à leurs œuvres perverses les hommes courent haletant » … est-ce nécessaire de donner une explication ?
Donnons encore la parole à un autre poète. Cette ode de Gérard de Nerval, certes sortie de son contexte, semble écrite pour les jours que nous vivons, sans le matraquage médiatique qui nous assène vérités et contre-vérités sur des affaires qui sont condamnables pour les uns et pas pour les autres, et de ceux-là on se garde bien de parler !

« …Toujours sa plus chère espérance
Rêva le bonheur de la France ;
Toujours il respecta les lois…
Mais les haines sont implacables,
Et sur le banc des vils coupables
La vertu s’assied quelquefois.
Qu’a-t-il fait ? pourquoi le proscrire ?
Ah ! c’est encor pour des chansons :
Courage ! étouffez la satire,
Au lieu d’écouter ses leçons.
Quand une secte turbulente,
Levant sa tête menaçante,
Brave les décrets souverains,
Vous restez muets, sans vengeance,
Et vous n’usez de la puissance
Que pour combattre des refrains… »

Un autre grand poète, André Chénier, dans le contexte révolutionnaire où il vivait,  écrivait  : 
«… ô vous en qui la France
Vit luire, hélas ! en vain sa dernière espérance,
Ministres dont le coeur a connu la pitié,
Ministres dont le nom ne s’est point oublié ;
Ah ! si de telles mains, justement souveraines,
Toujours de cet empire avaient tenu les rênes,
L’équité clairvoyante aurait régné sur nous ;
Le faible aurait osé respirer près de vous ;
L’oppresseur, évitant d’armer d’injustes plaintes,
Sinon quelque pudeur aurait eu quelques craintes ;
Le délateur impie, opprimé par la faim,
Serait mort dans l’opprobre, et tant d’hommes enfin,
A l’insu de nos lois, à l’insu du vulgaire,
Foudroyés sous les coups d’un pouvoir arbitraire,
De cris non entendus, de funèbres sanglots,
Ne feraient point gémir les voûtes des cachots. »

Les poètes en ce mois de mars nous aident à crier notre message en des termes bien élégants !

Le mois de mars 2017, à l’image de celui d’il y a 19 ans selon le cycle de Méton soit en 1998 après un départ sur de grandes marées, de forts coups de vent et des risques  de submersion marine, va évoluer vers de nombreuses giboulées, générées par les hautes pressions venues du Groenland et l’anticyclone qui va occuper l’Atlantique Nord. Ceci nous amènera jusqu’aux alentours de la pleine lune du 12 mars avec de probable forts coups de vent notamment de Tramontane et de Mistral.
La première partie de la deuxième quinzaine pendant laquelle se situera l’équinoxe, sans de grandes marées, sera plutôt froide, alors que la lune décroissante mais montante vers la vielle lune verra s’installer un temps plus doux. Mais la nouvelle lune du 28 va amener à nouveau de très fortes marées  et ce sera alors les Vaquerieu ou les Jours de la Vieille, ces jours redoutables de fin mars, où la nature ayant enfin commencé à renaitre risque d’être frappée par le mauvais temps. On relira l’histoire des Vaquerieu dans mes chroniques précédentes. Mais peut-être  que j’écrirai alors une nouvelle fois cette belle légende du temps qu’il fait.. parfois… à la fin mars !
Ces modestes prévisions basées sur des observations de la lune sont traduites depuis bien des années par nos vieux dictons : « Parfois on pense trouver le soleil d’août et on trouve la lune de Mars » ou «  Mars change de chapeau sept fois par jour ». Et encore : « Ce fripon de mars regarde le soleil un parapluie à la main ». S’il neige : « les chutes de neige de mars durent du soir au matin ». Quoiqu’il en soit il faudra  s’activer dans les champs et dans les vignes : « En mars coupe et taille si tu ne veux pas que tes fûts soient vides ».
C’est encore un poète qui nous redit en vers :

En mars, quand s’achève l’hiver,
Que la campagne renaissante
Ressemble à la convalescente
Dont le premier sourire est cher ;

Quand l’azur, tout frileux encore,
Est de neige éparse mêlé,
Et que midi, frais et voilé,
Revêt une blancheur d’aurore ;

Quand l’air doux dissout la torpeur
Des eaux qui se changeaient en marbres ;
Quand la feuille aux pointes des arbres
Suspend une verte vapeur ;

Et quand la femme est deux fois belle,
Belle de la candeur du jour,
Et du réveil de notre amour
Où sa pudeur se renouvelle,

Oh ! Ne devrais-je pas saisir
Dans leur vol ces rares journées
Qui sont les matins des années
Et la jeunesse du désir ?

Mais je les goûte avec tristesse ;
Tel un hibou, quand l’aube luit,
Roulant ses grands yeux pleins de nuit,
Craint la lumière qui les blesse,

Tel, sortant du deuil hivernal,
J’ouvre de grands yeux encore ivres
Du songe obscur et vain des livres,
Et la nature me fait mal.

René-François Sully Prudhomme, Les solitudes

Dans la nuit du 25 mars au 26 mars 2017, à 2h00 il sera 3h00.
Ce changement d’heure généralement attribué au choc pétrolier de 1976 date en réalité  de 1906. A l’époque le passage à l’heure d’été consistait à avancer le temps légal d’une heure en été par rapport au temps légal.
Jusqu'en 1940, la France était sur le fuseau horaire de Greenwich (G.M.T.), avec un changement saisonnier de l'heure. 
L' « heure allemande » s’est imposée par l'armée allemande au fur et mesure de son avance en juin 1940.
Lorsqu'en 1945 Jean-Louis Bory reçoit le Prix Concourt pour son roman « Mon village à l'heure allemande », l'expression est officiellement consacrée. Par la suite, les historiens l'utiliseront pour évoquer assez généralement la mise au pas de notre pays par l'occupant, mais elle traduit néanmoins une réalité technique précise. Sous l'occupation on lui préfère l'expression d'« heure officielle », comme il est précisé par exemple sur des avis concernant des cérémonies ou des réunions privées. A la campagne on continue souvent d’utiliser le terme « ancienne heure ».  Une forme de résistance !  
Cette heure a été imposée en zone non occupée sous la pression de la S.N.C.F., dont les horaires nécessitaient l'uniformisation de l'heure sur tout le territoire. Le changement d'heure saisonnier et celui, simultané, des horaires ferroviaires se sont ensuite effectués en accord avec ceux du Reich.
A la Libération la France s’est alignée sur l’heure de l’Europe Centrale avec absence d'un changement d'heure hiver/été.
30 ans plus tard en 1976, pour faire face aux chocs pétroliers, le gouvernement met en place une politique d'économie d'énergie et décide de conserver l'avance de l'heure d'hiver et d'ajouter une heure d'avance en été. Le changement d'heure s'effectue tous les 6 mois. Le temps légal est égal au temps universel + 1 heure en hiver et + 2 heures en été.
Le but de ces mesures est d'adapter le rythme de vie au rythme du soleil et ainsi économiser de l'énergie en limitant les besoins en électricité (lumière et activité professionnelle). Aujourd'hui les mesures d'économie d'énergie sont encore d’actualité même si ce changement d’heure et très contesté. Tout ceci c’est encore le mois de mars !

Adissias                                                                                  
Jean Mignot le 28 février 2017