L’été indien ou été de la
Saint Martin ?
Encore un terme qui se généralise et perd sa
signification d’origine pourtant si jolie. Cette originalité saisonnière qu’on
s’empresse de qualifier ainsi dès que l’été se prolonge un peu est une
expression du XVIIIe siècle
Quel rapport entre l’été et les Indiens ? Tout
simplement le pays d’origine de cette expression. Celle-ci est apparue à la fin
du XVIIIe siècle en Pennsylvanie (Etats-Unis) et correspond à une particularité
du climat continental d’Amérique du Nord : celle d’une période très douce et
ensoleillée qui intervient généralement entre le mois d’octobre et le mois de
novembre, juste après les premiers gels. On parle chez nous en France d’« été
de la Saint Martin ».
C’est une période de redoux avec une température
supérieure d’environ 5 degré au-dessus de la température normale saisonnière.
Il y a peu de pluie et des journées ensoleillées, avec des nuits moins froides
et des matins brumeux.
C’est une période très aléatoire qui peut durer
de quelques jours à plus d’une semaine, ou ne pas se produire du tout !
L’expression « été indien » est utilisée
depuis plus de deux siècles. On a commencé à entendre parler de l’indian
Summer tout d’abord en Pensylvanie à la fin du XVIII e siècle. Ce terme a
voyagé ensuite dans les régions de l’Etat de New York et de la Nouvelle
Angleterre vers 1798. Il a fait son apparition au Canada vers 1821 où on dit «
l’été des Indiens » et en Angleterre vers 1830
Plusieurs
hypothèses ont été émises sur l’origine de cette expression.
Elle
peut tirer son nom de la période traditionnelle où les Indiens d’Amérique du
Nord achevaient leurs récoltes et garnissaient leur wigwam de
provisions ;
Dans The Americans, The Colonial Experience, Daniel J.
Boorstin suppose que le terme tire son origine des raids des colons européens,
pendant les guerres contre les Indiens, raids qui s’arrêtaient à l’automne.
Toute période estivale permettait de prolonger des raids, en faisant un été
indien ; mais la première fois que le terme apparaît, en 1778,
ces raids n’étaient plus pratiqués depuis longtemps !
Les
premiers blancs qui habitaient à l'intérieur des terres attribuaient la brume
de cette période à la fumée provoquée par les feux de prairies que les Indiens
faisaient à cette époque de l'année.
Les
marins anglais, qui voyageaient d'une mer à l'autre, avaient remarqué une
ressemblance entre notre temps d'automne et celui observé aux Indes pendant
l'été.
Les
dates où ce phénomène survient sont cependant extrêmement variables, en
fonction des différences climatiques de chaque lieu. Dans l’État du Minnesota au
nord des États-Unis par exemple, l’été indien survient au début du mois
d’octobre.
Le terme
s’est répandu en France avec la célèbre chanson écrite par Pierre Delanoë et
Claude Lemesle et interprétée par Joe Dassin. Les paroles de cette chanson
montrent que l'expression concerne bien le Nord de l’Amérique et non
l’Europe :
« C’était
l’automne, un automne où il faisait beau
Une
saison qui n’existe que dans le Nord de l’Amérique
Là-bas
on l’appelle l’été indien »
En
France, l'expression courante, avant le tube de Joe Dassin, était « l’été de
la Saint Martin » (11 novembre), période où on note souvent un redoux
et du beau temps similaire.
En Allemagne on
parle de l’« Altweibersommer » = « été des vieilles
femmes », en Suède de « l’été de la Toussaint », en
Italie de « l’estate di San Martino » ; en Angleterre,
, on parle souvent de St. Luke's summer (« été
de la Saint-Luc ») (18 octobre) ou, comme en français, de St. Martin's summer (« été de la
Saint-Martin ») ou, comme en américain, Indian
summer ; en Espagne on parle de « veranillo de San
Miguel » (29 septembre)). La période correspond aussi à ce qu'on
appelle en Bretagne « an hanv c'hraden », « l'été des
fougères », lesquelles prennent alors leurs belles teintes jaunes et
rousses. Enfin en Europe centrale et Russie, on a à la fin septembre,
« l’été des bonnes femmes »
Quant aux origines de l’expression «
l’été de la Saint Martin », elle aurait deux origines liées à la
légende du saint tourangeau. La première, - la seule authentique disent les
Picards puisque Martin était bien de chez eux - Saint Martin d’Amiens - remonte
au fait le plus connu de la légende de Saint Martin. Soldat de l’armée romaine,
regagnant sa garnison un 11 novembre, il croisa près d’Amiens, un pauvre hère
grelottant par un froid particulièrement rigoureux ; il tira son épée, trancha
son manteau en deux et couvrit le malheureux. Au même instant, la nuée qui
obscurcissait le ciel s’entrouvrit, laissant le soleil resplendir, puis elle se
dissipa tout à fait et la terre fut bientôt réchauffée. « En mémoire de ta
bonne action, je donnerai désormais à la terre, chaque année à la même époque,
quelques jours de beau temps » (cité par Bidault de l’Isle, dans les Vieux
dictons de nos Campagnes.) Les Picards tiennent cette légende pour la seule
vraie.
La seconde interprétation est reliée à la mort du
saint à Candes sur Loire. Les moines du lieu voulurent le veiller et surtout
garder son corps. Mais ceux de Marmoutier, abbaye qu’il avait fondée,
estimèrent que cet honneur leur revenait au nom du diocèse de Tours, où Martin
avait été évêque. Après qu’ils se furent mis d’accord pour le veiller ensemble,
il arriva que les premiers s’assoupirent, et les Tourangeaux en profitèrent
pour disparaître avec le corps. Leur voyage fut favorisé par un « soleil si
radieux et si chaud que les roses fleurirent et la verdure reparut. Ce fut
l’origine de l’été qui, chaque année, se renouvelle à la même date (10 et 11
novembre) pour commémorer ce miracle. » (Bidault de l’Isle). On comprend bien les Tourangeaux tiennent
cette légende pour la seule vraie.
Il semble qu’avec les perturbations
atmosphériques et les évolutions des cycles lunaire et solaire, cette période
ait tendance à se déplacer de quelques jours en avant, parfois même dans les
derniers jours d’octobre et soit souvent confondue ou remplacée par « l’été
indien ».
« Été Indien » « Été de la Saint
Martin » deux expressions très proches qu’il me semblait intéressant
d’expliquer et à resituer dans leur contexte et leurs origines.
Jean Cévenne.