jeudi 28 novembre 2024

Eté "Indien" ou " de la Saint Martin" ?

 

L’été indien ou été de la Saint Martin ?

 Dès que l’on note un renouveau inattendu ou tardif du beau temps, dès qu’on a une arrière-saison plus belle que d’habitude on dit c’est « l’été indien ».

Encore un terme qui se généralise et perd sa signification d’origine pourtant si jolie. Cette originalité saisonnière qu’on s’empresse de qualifier ainsi dès que l’été se prolonge un peu est une expression du XVIIIe siècle

Quel rapport entre l’été et les Indiens ? Tout simplement le pays d’origine de cette expression. Celle-ci est apparue à la fin du XVIIIe siècle en Pennsylvanie (Etats-Unis) et correspond à une particularité du climat continental d’Amérique du Nord : celle d’une période très douce et ensoleillée qui intervient généralement entre le mois d’octobre et le mois de novembre, juste après les premiers gels. On parle chez nous en France d’« été de la Saint Martin ».

C’est une période de redoux avec une température supérieure d’environ 5 degré au-dessus de la température normale saisonnière. Il y a peu de pluie et des journées ensoleillées, avec des nuits moins froides et des matins brumeux.

C’est une période très aléatoire qui peut durer de quelques jours à plus d’une semaine, ou ne pas se produire du tout !

L’expression « été indien » est utilisée depuis plus de deux siècles. On a commencé à entendre parler de l’indian Summer tout d’abord en Pensylvanie à la fin du XVIII e siècle. Ce terme a voyagé ensuite dans les régions de l’Etat de New York et de la Nouvelle Angleterre vers 1798. Il a fait son apparition au Canada vers 1821 où on dit « l’été des Indiens » et en Angleterre vers 1830

Plusieurs hypothèses ont été émises sur l’origine de cette expression.

Elle peut tirer son nom de la période traditionnelle où les Indiens d’Amérique du Nord achevaient leurs récoltes et garnissaient leur wigwam de provisions ;

Dans The Americans, The Colonial Experience, Daniel J. Boorstin suppose que le terme tire son origine des raids des colons européens, pendant les guerres contre les Indiens, raids qui s’arrêtaient à l’automne. Toute période estivale permettait de prolonger des raids, en faisant un été indien ; mais la première fois que le terme apparaît, en 1778, ces raids n’étaient plus pratiqués depuis longtemps !

Les premiers blancs qui habitaient à l'intérieur des terres attribuaient la brume de cette période à la fumée provoquée par les feux de prairies que les Indiens faisaient à cette époque de l'année.

Les marins anglais, qui voyageaient d'une mer à l'autre, avaient remarqué une ressemblance entre notre temps d'automne et celui observé aux Indes pendant l'été.

Les dates où ce phénomène survient sont cependant extrêmement variables, en fonction des différences climatiques de chaque lieu. Dans l’État du Minnesota au nord des États-Unis par exemple, l’été indien survient au début du mois d’octobre.

Le terme s’est répandu en France avec la célèbre chanson écrite par Pierre Delanoë et Claude Lemesle et interprétée par Joe Dassin. Les paroles de cette chanson montrent que l'expression concerne bien le Nord de l’Amérique et non l’Europe :

« C’était l’automne, un automne où il faisait beau

Une saison qui n’existe que dans le Nord de l’Amérique

Là-bas on l’appelle l’été indien »

En France, l'expression courante, avant le tube de Joe Dassin, était « l’été de la Saint Martin » (11 novembre), période où on note souvent un redoux et du beau temps similaire.

En Allemagne on parle de l’« Altweibersommer » = « été des vieilles femmes », en Suède de « l’été de la Toussaint », en Italie de « l’estate di San Martino » ; en Angleterre, , on parle souvent de St. Luke's summer (« été de la Saint-Luc ») (18 octobre) ou, comme en français, de St. Martin's summer (« été de la Saint-Martin ») ou, comme en américain, Indian summer ; en Espagne on parle de « veranillo de San Miguel » (29 septembre)). La période correspond aussi à ce qu'on appelle en Bretagne « an hanv c'hraden », « l'été des fougères », lesquelles prennent alors leurs belles teintes jaunes et rousses. Enfin en Europe centrale et Russie, on a à la fin septembre, « l’été des bonnes femmes » 

Quant aux origines de l’expression « l’été de la Saint Martin », elle aurait deux origines liées à la légende du saint tourangeau. La première, - la seule authentique disent les Picards puisque Martin était bien de chez eux - Saint Martin d’Amiens - remonte au fait le plus connu de la légende de Saint Martin. Soldat de l’armée romaine, regagnant sa garnison un 11 novembre, il croisa près d’Amiens, un pauvre hère grelottant par un froid particulièrement rigoureux ; il tira son épée, trancha son manteau en deux et couvrit le malheureux. Au même instant, la nuée qui obscurcissait le ciel s’entrouvrit, laissant le soleil resplendir, puis elle se dissipa tout à fait et la terre fut bientôt réchauffée. « En mémoire de ta bonne action, je donnerai désormais à la terre, chaque année à la même époque, quelques jours de beau temps » (cité par Bidault de l’Isle, dans les Vieux dictons de nos Campagnes.) Les Picards tiennent cette légende pour la seule vraie.

La seconde interprétation est reliée à la mort du saint à Candes sur Loire. Les moines du lieu voulurent le veiller et surtout garder son corps. Mais ceux de Marmoutier, abbaye qu’il avait fondée, estimèrent que cet honneur leur revenait au nom du diocèse de Tours, où Martin avait été évêque. Après qu’ils se furent mis d’accord pour le veiller ensemble, il arriva que les premiers s’assoupirent, et les Tourangeaux en profitèrent pour disparaître avec le corps. Leur voyage fut favorisé par un « soleil si radieux et si chaud que les roses fleurirent et la verdure reparut. Ce fut l’origine de l’été qui, chaque année, se renouvelle à la même date (10 et 11 novembre) pour commémorer ce miracle. » (Bidault de l’Isle).  On comprend bien les Tourangeaux tiennent cette légende pour la seule vraie.

Il semble qu’avec les perturbations atmosphériques et les évolutions des cycles lunaire et solaire, cette période ait tendance à se déplacer de quelques jours en avant, parfois même dans les derniers jours d’octobre et soit souvent confondue ou remplacée par « l’été indien ».

« Été Indien » « Été de la Saint Martin » deux expressions très proches qu’il me semblait intéressant d’expliquer et à resituer dans leur contexte et leurs origines.

 

Jean Cévenne.

 

 

 

vendredi 1 novembre 2024

de la Toussaint 2024

 



Voici un rappel avec un article publié dans le journal local Le Républicain d' Uzès avec une précision importante pour ce qui concerne le maintien  de ce jour férié par décision de Napoléon puis des responsables de la IIIe République, en particulier le point 4...

de la Toussaint 2024


Quelques rappels sur l’ origine de la Toussaint et son contexte historique.
On a tout dit ou presque sur cette fête et on va encore en dire beaucoup, souvent en ne faisant aucune nuance entre la païenne et pernicieuse halloween, la Fête de Tous les Saints de l’église catholique et le respectable culte des morts du 2 Novembre. On fait trop souvent un almalgame entre ces deux dernières célébrations.
Halloween est une contraction de l'anglais All Hallows Even, autrement dit "the eve of All Saints' Day " en anglais moderne, ce qui signifie la « veille de tous les saints » . C’est une fête folklorique anglo-saxonne communément considérée comme en partie héritée de la fête religieuse celtique de Samain. Au début de ce mois, la  fête de Samain  ou Sahmain,  marquait chez les Celtes la fin de l’été et le début de la saison d’hiver. En gaélique « Oiche Sahmahna » L’année était alors divisée en deux cycles de six mois, et comme on comptait en nuits et non en jours,  la veille du début du cycle sombre de l’année, était le soir où l’on célébrait  les ancêtres, les héros et les morts, avant les inquiétudes et les rigueurs de l’hiver.  D’où le rapprochement fait par l’église avec la fête de la Toussaint créée au 8 ème siècle et  suivie plus tard  au 10 ème siècle de celle des défunts le 2 novembre.
Dès le IVème siècle, l’église catholique célébrait les saints et les martyrs morts pour leur foi. Cette célébration avait lieu le dimanche après la Pentecôte date que l’on considère comme étant le début de l’Église. Avec la décadence de l’empire romain d’occident, le pouvoir de l’église et du Pape restait la seule référence à une autorité pour régir les règles de la société. Soucieux de se mettre sous la protection d’une puissance étatique, le clergé et le peuple de Rome accueillent les images du nouvel empereur d’orient Phocas et font prier pour lui dans l’oratoire de St Césaire au Mont Palatin. La transmutation de César en St Césaire s´effectue. En 608, pour le remercier de sa fidélité à l’empire byzantin Phocas fait don au récent pape Boniface IV d’un bien d’Empire qui garde une valeur symbolique païenne au milieu de la ville de Rome, le Panthéon. Ce temple, le plus grand de Rome, doté de la plus grande coupole de maçonnerie construite  jusqu’à aujourd´hui, avait été construit par Hadrien, l’empereur-philosophe, qui le voulait ouvert à tous les dieux de l’Empire. Le 13 mai 610, le 3 des ides de mai, l’ex-panthéon est consacré et dédié à tous les martyrs et à Marie, Mère de Dieu. Il devient l’église Sainte Marie aux Martyrs. On passe des dieux romains aux martyrs chrétiens. Puis le transfert de cette fête au 1 er Novembre par le Pape Grégoire IV, sous le règne de Louis le Débonnaire, avec l’institution de cette fête sur tout l’empire carolingien, tente de prendre la place de la fête de Samain qui notamment en Grande Bretagne et en Gaule et dans les pays du nord de l’Europe dégénérait en banquets et beuveries, marquant le début de la moitié sombre de l’année.
La création de la « Commémoration des défunts » - c’était autrefois le nom exact du 2 novembre – revient, elle, aux moines.  En occident, à partir du VIème siècle, les monastères de l’ordre des bénédictins tenaient une journée en mémoire des défunts de leur ordre. Au IXème siècle, l’évêque de Metz, Amallaire (770-850) plaçait le culte des morts après la commémoration des saints, en considérant que ceux qui, après leur mort, n’étaient pas encore rangés au nombre des saints avaient besoin de prières, avant les autres. C’est Odilon, abbé de Cluny, qui décréta en 998 qu’on célèbrerait le 2 novembre de chaque année, dans les monastères clunisiens, la Commémoration de tous les morts. La coutume clunisienne ne se généralisa qu’aux XIIIème et XIVème siècle.
Sans vouloir ranimer de vieux débats, il faut bien dire que la Toussaint est une fête purement catholique dans ses origines. Je ne dis pas « chrétienne » puisque nos frères réformés ne la célèbrent pas. Eux ils commémorent le 31 octobre la fête de la Réformation, c'est-à-dire l’affichage, le 31octobre 1517, par le moine Augustin Martin Luther, sur les portes de la chapelle de château de Wittenberg en Saxe, des 95 thèses portant sur la vente des indulgences, ces « parts de paradis », contre espèces sonnantes et trébuchantes, et plus largement remettant en cause le rôle et la place de l’église catholique entre le Croyant et Dieu. Cette publication est considérée traditionnellement comme le point de départ de la Réforme.

Le jour de la Toussaint est reconnu férié en France depuis le Concordat de 1801, entre Napoléon et le Pape Pie VII, organisant les rapports entre les différentes religions et l'État.
Il est amusant de noter que ce concordat qui n’est plus appliqué en France nous ramène à l’histoire et à l’actualité au moins sur les quatre points que voici :
1/ Ce concordat reste en vigueur dans trois départements de l’Est (Bas-Rhin, Haut Rhin et Moselle) qui suite à l’occupation allemande sont restés sous les dispositions de ce concordat de 1801, quand ils sont redevenus français.
2/ Les tractations autour de l’élaboration de ce concordat avaient amené Bonaparte à obliger le Pape Pie VII à signer un autre concordat en 1802,  dit Concordat de Fontainebleau. Le Pape s’était retracté de sa signature sous l’influence entre autres du Cardinal Pacca qui sera exilé à  Uzès par Napoléon, à cause de son opposition à ce concordat.  Il y fera un assez court séjour logé dans l’hôtel d’Amoreux, rue de la Monnaie, actuelle rue du Dr Blanchard. Son portrait est exposé dans les sacristies de la Cathédrale et une stalle de couleur grise, qui lui était, dit-on, destinée, rappelle ce fait.
3/ Ce concordat de 1801 comportait une autre disposition que le pape Pie VII avait  acceptée : demander aux évêques d’ancien régime de démissionner pour laisser nommer, en accord avec Napoléon, des évêques dans les nouveaux diocèses créés. C’est dans ce contexte que le diocèse d’Uzès a disparu. L’ancien évêque d’Uzès, Mgr de Béthisy de Mézières qui avait émigré, refusa de démissionner de son poste d’Évêque d’Uzès alors qu’il n’y résidait plus et que l’evêché avait été supprimé ! Il mourra à Londres après avoir finalement reconnu le rattachement de l’évêché d’Uzès à celui d’Avignon avant qu’il soit rattaché à l’évêché de Nîmes.
Toussaint jour férié, vestige du concordat de 1801 nous rappelle ces deux faits « uzétiens » !
4 / Toussaint vestige du concordat de 1801 nous ramène au débat sur la laïcité.
La première constitution de notre République avait bien créé un état laïc, mais Bonaparte, après des tas de déboires, avait rétabli la prédominance de la religion catholique. « Il me faut un Pape qui rapproche au lieu de diviser ; et qui réconcilie les esprits, les réunisse et les donne au gouvernement sorti de la Révolution pour prix de la protection qu’il en aura obtenue. Et pour cela il me faut le vrai pape : catholique, apostolique et romain, celui qui siège au Vatican. Avec les armées françaises et des égards, j’en serai toujours le maître. Il fera ce que je lui demanderai dans l’intérêt du repos général ; il calmera les esprits, les réunira sous sa main et les placera dans les miennes. »
Le 16 juillet 1802 (27 messidor an IX), le Concordat restaure la religion catholique en France et abolit la loi de 1795 séparant l’Église de l’État ; en retour, le Saint Siège reconnait la légitimité de la République. « De toutes choses entreprises par Bonaparte, écrit Châteaubriant, celle qui lui coûta le plus fut indubitablement son Concordat ».
En 1905, la loi de séparation de l’Église et de l’État, si durement discutée de part et d’autre ne toucha pas à certaines dispositions de ce Concordat et de l’arrêté du 19 avril 1802 qui instituait la Toussaint comme jour férié. L’article 42 stipule : « Les dispositions légales relatives aux jours actuellement fériés sont maintenues ».
Mais il n’y avait alors que quatre jours prévus dans ces dispositions : Noël, l’Ascension, l’Assomption et la Toussaint. C’est le gouvernement de M. de Freycinet, qui dans sa loi du 8 mars 1886, en pleine querelle religieuse, et surtout dans le cadre des grands mouvements sociaux qui ont marqué la IIIe République, créa, entre autres jours fériés, le lundi de Pâques et le Lundi de Pentecôte.
On se pose encore aujourd’hui la question du pourquoi de cette décision qui n’a rien de religieux. Sans doute Charles Louis de Freycinet, Président du Conseil, homme de conciliation et de compromis au point qu’on l’avait surnommé « la souris blanche » (il faisait le tampon entre Jules Ferry et Gambetta !) cherchait-il la paix sociale !
Il me semble que cela valait la peine de rappeler l’origine de ces faits historiques .

Je termine cette chronique par un conseil de saison ! C’est de la pomme que je veux parler et non de la châtaigne, pourtant fruit de saison elle aussi et  dont on connaît bien les facultés pour assouplir les articulations. « Manger une pomme le soir fait dormir ! » En bon cévenol je dois bien ces dernières lignes à la Reinette du Vigan célébrée avec tant d’enthousiasme le dernier we d’octobre. Depuis le Paradis terrestre, la pomme joue les vedettes. La sagesse populaire lui reconnaît mille vertus, dont la première est d’éloigner le médecin ! « La pomme du matin tue le médecin ! » Ou encore : « Qui mange une pomme tous les jours, vit cent ans ! » Par les temps qui courent et l’hiver qui arrive avec ses frimas ses rhumes et sa grippe, essayons de suivre ce bon conseil, une autre forme de vaccin antigrippe , peut être aussi anticovid !
Portez-vous bien . Addisias !
Jean Mignot


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