vendredi 20 mars 2026

Du changement d'heure et de la fin mars 2026

 

Du changement d’heure - mars 2026

Dans la nuit du 29 au 30 mars nous changeons d’heure. A 2h du matin il faudra passer à 3h. On dit partout que cette mesure date de 1976 et du choc pétrolier. Chacun y va, médias aidant, de ses arguments pour expliquer que ce changement ne sert à rien, qu’il nous perturbe et perturbe les animaux et qu’on n’est pas dans la situation de 1976 et du choc pétrolier. Certes la situation actuelle au Moyen-Orient est préoccupante !

En 2019 malgré une consultation qui a donné une majorité de 84% pour l’arrêt de ce système avec un choix pour l’heure dite « d’été » et un vote adopté par le Conseil de l’Europe, la mesure n’a pas été appliquée en raison de la crise sanitaire liée au covid. Ce changement d’heure n’est plus à l’ordre du jour et ne devrait pas revenir dans l’actualité dans un avenir proche.

A l’heure où plus que jamais on prône le retour à la nature, ce choix pour l’heure d’été est en parfaite contradiction avec l ‘heure solaire qui est pourtant une référence naturelle !  Deux heures de décalage !

Je voudrais bien aussi qu’on m’explique en quoi un changement d’heure perturbe les animaux ? Il me semble que les animaux et les oiseaux n’ont pas d’horloge et ne savent pas lire l’heure et que c’est la nuit qui tombe ou le jour qui se lève qui guide leur rythme de vie, peu importe l’heure ! Voyez les oiseaux !

La question d’une harmonisation de l’heure s’est imposée notamment avec l’industrialisation et le développement des échanges commerciaux et la mise en place du réseau du chemin de fer.

Jusqu’à la fin du XIX e siècle lorsqu'il était 12 heures à Paris, il était 11 h 42 à Brest et 12 h 18 à Nice. Chaque ville, chaque communauté, se basait sur ses propres calculs du temps pour indiquer l'heure. En réalité, chacun déterminait sa propre heure en fonction de la position du soleil dans le ciel, autrement dit l'heure solaire

Plusieurs propositions d’harmonisation eurent lieu. En 1858 l’Italien Giuseppe Barilli proposa d'unifier les temps en divisant la surface terrestre en diverses zones : les fuseaux horaires. En 1879 l'ingénieur écossais Sir Sandford Fleming reprit cette idée et la perfectionna. En 1884 la Conférence Internationale de Washington décida la mise en place officielle des 24 fuseaux horaires et de prendre comme point de repère le méridien de Greenwich, dans la banlieue de Londres. « L'heure de Londres » devient alors la référence internationale. De nombreux pays suivront, dont la France qui, en 1891, adopta une heure légale unitaire, celle de Paris.  Déjà en 1667 les mathématiciens de l’Académie avaient défini le « méridien de Paris » ce qui nous vaut ce « gnomon » dans l’Eglise Saint Sulpice de Paris.  Ce n'est qu'en 1911 que notre pays accepta d'adopter le méridien de Greenwich. Désormais on parle d’ « heure GMT » = « Greenwich Mean Time= et maintenant d’heure « UTC » soit « Temps Universel Coordonné »

Quel que soit le fuseau horaire, le soleil continue de se lever à Strasbourg environ une heure avant Brest. Aucune règle ou décision ne pourra changer cela !

Le changement d’heure que nous connaissons aujourd'hui, reste lié à un souci d’économie, même si beaucoup en doutent. L’objet de ma chronique n’est pas d’en faire la démonstration. Je rappelle que c’est une bien vieille décision qui date de 1916. En pleine Première Guerre mondiale, la France souhaite économiser ses ressources énergétiques –

André Honnorat, alors député des Basses Alpes, propose aux parlementaires de voter une loi consistant à avancer d'une heure l'heure légale. Après maints grincements de dents, la loi est votée en mars 1917. La France adopte son premier changement d'heure. En 1918 pas question de rester à » l’heure allemande ». Arrive la Seconde Guerre mondiale. En juin 1940 l’occupant impose « l'heure allemande », basée sur Berlin. A la libération, la France revient au fuseau GMT en supprimant dans un premier temps le changement d'heure d'été, mais décide de conserver « l’heure allemande » d'hiver. Lorsqu'en 1945 Jean-Louis Bory reçoit le Prix Concourt pour son roman « Mon village à l'heure allemande », l'expression est officiellement consacrée. Par la suite, les historiens l'utiliseront pour évoquer assez généralement la mise au pas de notre pays par l'occupant, mais elle traduit néanmoins une réalité technique précise. Sous l'occupation on lui préfère l'expression « heure officielle », comme il est précisé par exemple sur des avis concernant des cérémonies ou des réunions privées. A la campagne on continue souvent d’utiliser le terme « ancienne heure ».  Une forme de résistance !  Les Français vivent alors à la même heure que l'Allemagne en hiver mais non en été. Ce n'est qu'en 1976 que le gouvernement du Président Valéry Giscard d'Estaing fait repasser le pays dans une alternance d'heure bisannuelle. Il me semblait important de faire ces rappels.

Je ne voudrais pas terminer cette chronique sans raconter cette anecdote qui concerne le savant Benjamin Franklin. Au passage je fais remarquer que le grand savant et diplomate, inventeur du paratonnerre, fondateur des premiers sapeurs-pompiers volontaires à Philadelphie, de la première bibliothèque de prêt des États-Unis, inventeur du poêle à bois à combustion contrôlée et des lunettes à double foyer ... entre autres ! et de « sainte Nitouche » !  était fils d’un marchand de suif et de chandelles ! Très curieux quand il s’agit d’une question d’économie de « bout de chandelles » ! Dans un article publié en 1784 dans « le Journal de Paris » dans lequel il traitait des économies d’énergies naturelles, il commence par décrire la démonstration d'une nouvelle lampe à huile, à laquelle il avait assisté la veille lors de son séjour à Paris. Il relate la discussion qui s'en était suivie à propos du rapport huile consommée/lumière produite. Le sujet en tête, il entre chez lui et s'endort vers 3-4 heures du matin. Vers 6h du matin un bruit le réveille. Il s'étonne d'une grande clarté dans sa chambre. Il pense d'abord à ces fameuses lampes à huile de la démonstration de la veille, éclairant sa chambre. Mais il constate, en fait, que ce sont les rayons du Soleil levant qui pénètrent dans la pièce. La lecture d'un almanach lui confirme que le Soleil se lèvera encore de plus en plus tôt jusqu'à fin juin.

« Cet événement me fit penser à des choses plus importantes et plus sérieuses. Si je n'avais pas été éveillé si tôt le matin, j'aurais dormi six heures de plus à la lumière du Soleil, et, par contre, aurait passé six heures la nuit suivante à la lumière des chandelles. »

Il poursuit : « En partant du principe qu'il y a 100 000 familles à Paris et que ces familles consomment la nuit 1/2 livre de bougies et chandelles par jour... En estimant de 6 à 8 heures la durée moyenne entre l'heure de lever du soleil et la nôtre... il y a donc 7 heures par nuit pendant lesquelles nous brûlons des bougies ; on en arrive au décompte suivant : En six mois entre le 20 mars et le 20 septembre, il y a 183 nuits. 7 heures par nuit d'utilisation de bougie. La multiplication donne 1281 heures. Ces 1281 heures multipliées par 100.000 donnent 128.100.000.

Chaque bougie exige 1/2 livre de suif et de cire, soit un total de 64.050.000 livres. À un prix de trente sols par livre de suif et de cire on en arrive à 96.075.000 tournois de livre." Et il conclut non pas par « ...une immense somme que la ville de Paris pourrait sauver chaque année «   mais par cette phrase : « les gens sont obstinément attachés à leurs vieilles traditions et il sera difficile de les amener à se lever avant midi ».

Il propose alors des solutions coercitives :

1) Taxer d'un louis par fenêtre les habitants qui laissent leurs volets fermés.

2) Bougies rationnées à une livre par famille par semaine.

3) Policiers chargés d'arrêter la circulation après le coucher du Soleil exceptée celle des médecins, des chirurgiens et des sages-femmes.

4) Chaque matin dès que le Soleil se lèvera, cloches d'église et, au besoin, canon informeront l'ensemble des habitants de l'arrivée de la lumière. »

Il y a donc bien longtemps que le changement d’heure est un sujet d’actualité.  Un vieux proverbe occitan nous incite à un même geste d’économie : « Oou mes de mars, lou caleu es en bas ». Avec les jours plus longs on n’a plus besoin d’allumer la lampe à huile !

Appel à l’économie mais aussi en cette fin de mois à la prudence ! Changement d’heure ou pas méfions-nous des derniers jours de mars ! « Ce que mars couve, on le sait après son trente et unième jour. » ou « Soit au commencement, soit à la fin, Mars nous montrera son venin» un autre dicton nous dit il faut que « mars marseuje », « il faut que mars fasse son temps de mars »

Il ne faut pas oublier que les derniers jours du mois sont appelés « li vaquerieu » « les jours de la vache »,  une vieille légende qui a déjà fait l’objet d’une de mes chroniques. ( envoi à la demande). Avec ce soleil qui n’est pas encore assez fort pour réchauffer la terre, il peut se produire, comme c’est le cas ces jours-ci, une forte chute de température qui, sans être au-dessous de zéro, peut provoquer un phénomène de gel qui comme pour la « Lune Rousse » d’avril et les « Saints de glace » brûle/roussi les jeunes pousses de la végétation qui a démarré. Et les températures des trois derniers jours de mars sont d'ores et déjà annoncées très basses. 

« Quand mars se déguise en été, Avril prend ses habits fourrés. » Ou encore : « Quand mars fait avril, avril fait mars ! » « En mars quand il fait beau prends ton manteau » ! Prenez soin de vous, et méfiez du soleil de mars qui « donne des rhumes tenaces » !

Quoiqu’il en soit, gardons espoir avec les poètes puisque ce mois leur est dédié et ne nous laissons pas distraire par les œuvres perverses de nos politiques de tous bords, « demain on rase gratis !  et autres amuseurs publics en recherche de « jamais vu » ou de « sensationnel ».

Rien de nouveau sous le soleil ! Théophile Gautier écrivait :

« Tandis qu’à leurs œuvres perverses

Les hommes courent haletants,

Mars qui rit malgré les averses,

Prépare en secret le printemps »

 

Avec quand même cette lueur d’espoir :   

Puis, lorsque sa besogne est faire

Et que son règne va finir

Au seuil d’avril, tournant la tête

Il dit : » printemps, tu peux venir ! »

 Adissias !

                                                                                                     Jean Mignot