« Voici le mois de mai où les fleurs volent au vent. » (Air
connu). Ce mois de mai chanté par les poètes avec des
belles chansons qui vont du « temps
du muguet » au « temps des
cerises » est marqué par la fin de la lune rousse et les derniers
saints de glace, par la fête du travail, mais aussi par celles de l’Ascension et de Pentecôte, qui nous valent des jours fériés et toutes sortes de
pont et de congés que nul n’oserait remettre en cause même s’ils sont reliés à
des fêtes religieuses ! Cette année les dates de ces jours et fêtes
permettent d’obtenir des périodes de repos conséquentes, de détente et de
loisirs. Je ne peux m’empêcher de penser à une autre année où quelques-uns de
ces jours tombant un dimanche, plus la Pentecôte en juin, les représentants du
personnel m’avaient demandé de compenser par des jours de repos
supplémentaires. Sans commentaires !
Pour les salariés selon
le droit du travail et sans entrer dans le détail des conventions collectives, accords
d’entreprises et autres évolutions genre RTT, c’est avant le 31 de ce mois
qu’il faut solder les jours de congés acquis au titre des mois de travail qui
précédent. Je cite ce détail de la référence mai pour les congés payés car je
trouve que c’est une curiosité de plus de ce mois qui se termine fin de mois le
26 par la populaire « fête des Mères »
qui à elle seule mérite une explication. Ce sera pour une autre fois.
Mai est le mois de
toutes les espérances, en particulier pour du beau temps qui a du mal à venir
cette année
car nous sommes encore dans la lunaison dite de « Lune Rousse ».
Ce sera aussi le mois de toutes sortes de
promesses et de pugilats vu les élections qui auront lieu en juin, ce qui
m’amène à rappeler que c’est au mois de mai qu’on tire l’expression «
planter le mai ». Quand il y avait des élections municipales et que les
élus l’étaient pour la première fois, ses colistiers venaient planter un arbre
en son honneur. C’était souvent l’occasion d’un bon repas ou du moins de boire
ensemble un bon verre. L’arbre était généralement un sapin ébranché auquel on
ne conservait que la cime. Il était décoré d’un drapeau tricolore, parfois
d’une pancarte sur laquelle était écrit : « Honneur à notre élu » C’est
une tradition qui se perpétue encore dans nos campagnes. Le fera-t-on à Pont
Saint Esprit qui vient d’élire ses nouveaux élus ? Les traditions se
perdent. Je ne pense pas qu’on la remette celle-là en vigueur pour les
prochaines élections européennes !
Une autre très vieille coutume voulait que ce
soit le mois que se tiennent les assemblées politiques. En réalité, cela se
passait d’abord au mois de mars chez les Francs, et les guerriers se
réunissaient autour de leur chef, dans un lieu qu’on appelait « le Champ de
Mars ». Si le discours des chefs plaisait, les guerriers applaudissaient en
frappant sur leurs boucliers avec leurs framées. Sinon ils étouffaient sa voix
par des murmures. Les framées ont été remplacées par les vociférations de nos
élus dans nos assemblées nationales. Las, ils ne peuvent plus faire claquer
leurs pupitres pour couvrir les voix des orateurs mais ils ont su renouveler de
façon tragicomique mais parfois inacceptable la façon de dire leurs désaccords.
Par contre je préciserai aussi que chez les Francs, il n’était pas question
d’absentéisme !
Sous Charlemagne, la date de ces assemblées fut
repoussée au mois de mai. Les évêques, qui sous Clovis avaient été admis à ces
assemblées, prirent bientôt un rôle tellement prépondérant, rejoignant le pouvoir des
comtes et seigneurs, que le rôle des guerriers s’effaça peu à peu. Ces
assemblées disparurent à la fin de l’empire carolingien ; « les champs de
mai » furent remplacés par « les Etats Généraux ». On se souvient en
particulier de ceux de mai 1302 sous Philippe le Bel et plus généralement de
ceux de mai 1789 !
A Rome, ce mois était consacré à Malia, ou Maïa, mère
de Mercure et déesse de la terre qui nourrit les hommes. On y célébrait la fête
des esprits malins. Mai était considéré comme néfaste aux unions et Ovide
déconseillait « d’allumer en ce mois
les flambeaux de l’hyménée, car ils se changeaient bientôt en torches funestes ».
Au Moyen Age, l’auteur du calendrier des laboureurs confirme cette
réputation : « Si le
commun du peuple dit vrai, mauvaise femme s’épouse en mai ». On dit
aussi : « Noces de mai,
noces mortelles ».
L’Eglise a fait de ce mois un mois consacré à la
Vierge Marie.
C’est à Uzès, un beau jour de mai 1654, que vit
le jour le « roi des triolets » comme le déclarait le célèbre
érudit Ménage. Jacques de Ranchin, neveu des Ranchin d’Uzès, vit sortir de
l’hôtel d’Aigaliers, Place aux Herbes à Uzès, une jeune créature aux allures de
déesse. C’était Sylvie de Rossel, petite fille du propriétaire de l’hôtel. C’est le « coup de foudre » !
Ébloui par sa beauté il ne la quitte pas de la journée et le soir même il
compose pour elle ce fameux poème de huit vers :
Le
premier jour du mois de Mai
Fut le
plus heureux de ma vie.
Je vous
vis et je vous aimai,
Le premier jour du mois
de Mai.
|
Le beau
dessein que je formai !
Si ce
dessein vous plait Sylvie,
Le premier jour du mois de Mai,
Fut le plus heureux de ma vie.
|
Au moment où nous entendons toutes sortes
d’interprétations, parfois fantaisistes, sur les origines des fêtes du 1er
mai, et du muguet, et alors que nous Français, imaginons que nous sommes seuls
au monde et que nous avons tout inventé, il me semble de bon ton de rappeler
que l’origine du 1er mai se trouve chez nos cousins d’Amérique.
Au cours du IVe congrès de l’American
Federation of Labor, en 1884, les principaux syndicats ouvriers des
États-Unis s’étaient donnés deux ans pour imposer aux patrons une limitation de
la journée de travail à huit heures. Ils avaient choisi de débuter leur action
un 1er mai parce que beaucoup d’entreprises américaines entamaient
ce jour-là leur année comptable.
Beaucoup de travailleurs obtiennent immédiatement
satisfaction de leur employeur. D'autres, moins chanceux, au nombre d’environ
340.000, doivent faire grève pour forcer leur employeur à céder. Le 3 mai 1886,
une manifestation fait trois morts parmi les grévistes de la société McCormick
Harvester, à Chicago. Une marche de protestation a lieu le lendemain et dans la
soirée, tandis que la manifestation se disperse à Haymarket Square. Il ne reste
plus que 200 manifestants face à autant de policiers. C’est alors qu’une bombe
explose devant les forces de l’ordre. Elle fait une quinzaine de morts dans les
rangs de la police.
Trois syndicalistes sont jugés comme anarchistes
et condamnés à la prison à perpétuité. Cinq autres sont pendus le 11 novembre
1886 malgré des preuves incertaines. Sur une stèle du cimetière de Waldheim, à
Chicago, sont inscrites les dernières paroles de l’un des condamnés, Augustin
Spies : « Le jour viendra où notre silence sera plus puissant que les voix
que vous étranglez aujourd’hui»
Trois ans après le drame de Chicago, la IIe
Internationale Socialiste réunit à Paris son deuxième congrès, 42, rue
Rochechouart, salle des « Fantaisies parisiennes » (quel drôle de
rapprochement !), pendant l’Exposition universelle qui commémore le
centenaire de la Révolution française.
Les congressistes se donnent pour objectif la
journée de huit heures (soit 48 heures hebdomadaires, le dimanche seul étant
chômé). Jusque-là, il était habituel de travailler dix ou douze heures par jour
(en 1848, en France, un décret réduisant à 10 heures la journée de travail n'a pas résisté plus de
quelques mois à la pression patronale).
Le 20 juin 1889, sur une proposition de Raymond
Lavigne, un bordelais !!! le congrès socialiste décide qu’il sera « organisé une grande manifestation à date
fixe de manière que dans tous les pays et dans toutes les villes à la fois, le
même jour convenu, les travailleurs mettent les pouvoirs publics en demeure de
réduire légalement à huit heures la journée de travail et d’appliquer les
autres résolutions du congrès. » La
première date est fixée au 1er mai 1890. On dit souvent que Raymond Lavigne est le véritable "père du 1er mai". Cette figure bordelaise fut d'abord comptable, puis représentant en vins et en même temps directeur du Théâtre des Folies Bergères de Bordeaux. C'est lui qui créa la Bourse du travail de Bordeaux une des premières du pays.
Le 1er mai 1891, à Fourmies, une
petite ville du Nord de la France, la manifestation tourne au drame. La troupe
équipée des nouveaux fusils Lebel et Chassepot tire à bout portant sur la foule
pacifique des ouvriers. Elle fait dix morts dont 8 de moins de 21 ans. L’une
des victimes, l’ouvrière Marie Blondeau, habillée de blanc et les bras couverts
de fleurs, devient le symbole de cette journée.
Avec le drame de Fourmies, le 1er mai
s’enracine dans la tradition de lutte des ouvriers européens.
Quelques mois plus tard, à Bruxelles,
l’Internationale socialiste renouvelle le caractère revendicatif et
international du 1er mai. L’horizon paraît s’éclaircir après la
première guerre mondiale. Le 23 avril 1919, le Sénat français avait ratifié la
journée de huit heures et fait du 1er mai suivant, à titre
exceptionnel, une journée chômée. Le traité de paix de Versailles, le 28 juin
1919 fixe dans son article 247, « l’adoption de la journée de huit heures
ou de la semaine de quarante-huit heures comme but à atteindre partout où elle
n’a pas encore été obtenue ».
Les manifestations du 1er mai ne se
cantonnent plus dès lors à la revendication de la journée de 8 heures. Elles
deviennent l’occasion de revendications plus diverses.
La Russie soviétique, sous l’autorité de Lénine,
décide en 1920 de faire du 1er mai une journée chômée. Cette
initiative est peu à peu imitée par d’autres pays.
En France, les manifestations du 1er
mai 1936 prennent une résonance particulière car elles surviennent deux jours
avant le deuxième tour des élections législatives qui vont consacrer la
victoire du Front populaire et porter à la tête du gouvernement français le
leader socialiste Léon Blum
C’est pendant l’occupation allemande, le 24 avril
1941, sous le régime présidé par le Maréchal Pétain, que le 1er mai
est officiellement désigné comme la Fête du Travail et de la Concorde sociale
et devient chômé. Cette mesure est destinée à rallier les ouvriers au régime de
Vichy. Son initiative revient à René Belin, un ancien dirigeant de l’aile
socialiste de la CGT (Confédération Générale du Travail) devenu secrétaire
d’État au Travail dans le gouvernement du maréchal Pétain. Déjà une
cohabitation ! À cette occasion, la radio officielle ne manquait pas de
préciser que le 1er mai coïncidait avec la fête du saint patron du
Maréchal, Saint Philippe (aujourd’hui, ce dernier est fêté le 3 mai) ! Dans
notre ambiance actuelle il ne semble pas convenable de citer cette origine !
Tant pis. Je le fais !
En avril 1947, la mesure est reprise par le
gouvernement issu de la Libération qui fait du 1er mai un jour férié
et payé... mais pas pour autant une fête légale. Autrement dit, le 1er
mai n’est toujours pas désigné officiellement comme Fête du Travail. Cette
appellation n’est que coutumière et en droit du travail, il n’obéit pas à la
même réglementation que les autres fêtes légales.
En 1955, le pape Pie XII institue la fête de
saint Joseph artisan, destinée à être célébrée le 1er mai de chaque
année.
L’origine et la tradition du muguet du premier
mai est toute autre et on oublie qu’elle n’a pas toujours été une tradition de
la Fête du Travail.
En France, dès 1890, les manifestants du 1er
mai avaient pris l’habitude de défiler en portant à la boutonnière un triangle
rouge, pour symboliser la division de la journée en trois parties égales : 8
heures de travail, 8 heures de sommeil, 8 heures de loisirs. Ce principe
d’équilibre entre le travail, et le repos ainsi que les loisirs est bien
inscrit dans la loi sur les trente-cinq heures !
Le triangle rouge est quelques années plus tard
remplacé par la fleur d’églantine. En 1907, à Paris, le muguet, symbole du
printemps en Île-de-France, remplace cette dernière, reprenant en cela une
tradition instaurée sous Charles IX, qui le 1er mai 1561, ayant reçu
un brin de muguet en guise de porte-bonheur, avait décidé d’en offrir chaque
année aux dames de la cour. La tradition était née.
Si on veut être fidèle à l’histoire et au
symbolisme du muguet du 1er mai, il faudrait que tout brin ou
bouquet de muguet soit accompagné d’un ruban rouge, ou d’une fleur rouge.
Demandez donc à votre fleuriste s’il sait pourquoi il propose de nous le vendre
sous cette présentation. Ce n’est pas que pour un côté esthétique !
La chanson : « Il est revenu le temps du muguet » est associé à ce jour, semble-t-il depuis 1936.
Le
muguet, doit son nom au parfum de « muscade ». En ancien français, on
écrivait « musgue » ou « musque ». « Mugueter » c’était
« conter fleurette », « flirter ». Longtemps furent
organisées en Europe des « bals du muguet ». C’était un des seuls
bals de l’année où les parents n’avaient pas droit de cité. Ce jour-là les
jeunes filles s’habillaient de blanc et les garçons ornaient leur boutonnière
d’un brin de muguet.
Un « muguet » c’était un jeune élégant.
Une « muguette » une jeune élégante. Un « muguet » affecte
« d’estre propre, paré, mignon
auprès des Dames. » Il fait le « muguet ». On dirait aujourd’hui il fait le beau…
ou il drague !
Une « muguette » sent bon comme le
muguet…
Et les saints de Glace dans tout ça ! Tout
d’abord ne les cherchez pas sur le calendrier. Mamert Pancrace et Servais, ont
été remplacés les 11, 12 et 13 mai, par Estelle, Achille et Rolande. Cette
substitution fut décidée après le dernier concile Vatican II lorsqu’on nettoya
le calendrier de tous les personnages « douteux » qui avaient souvent
donné lieu à des pratiques rituelles peu conformes avec la liturgie et
entachées de fond païen.
Mais
les supprimer n’a rien changé au temps et aux influences de la lune. Et nous
voyons bien que les prévisions météo des prochains jours sont encore bien
mauvaises.
Nous
ne serons pas tranquilles tant que la Lune Rousse ne sera pas passée ! Le
dicton qui nous incite à la prudence vestimentaire en avril reste en
pleine actualité : « En mai
fait ce qu’il te plait, en provençal : oou mes de maï faï ce que ti plaï ». On dit aussi :
« qui s’alaoujo avant lou mes de
maï, segur nuon soou ce que faï « . La Nouvelle Lune c’est le 8
mai…
Ne
nous réjouissons pas trop vite, fatigués que nous sommes du mauvais temps amené
par les Cavaliers du Froid ! « Méfiez-vous
de saint Mamert, De saint Pancrace et de saint Servais, car ils amènent un
temps frais, Et vous auriez regret amer. »
Ces fêtes de saints passées, nous pourrons alors
respirer et penser à du meilleur temps à partir du 25 mai, pour la saint
Urbain. (Ce n’est pas un vilain jeu de mots qui a fait placer en ce mois la
fête du travail…prononcez-le à haute voix !) ) « Que la saint Urbain ne soit passée, Le vigneron n’est pas
assuré. »
Déjà, le 14 mai pour la saint
Boniface :« Au jour de la saint
Boniface, Toute boue s’efface ».
Et pour la sainte Denise, le 15 mai :
« A la sainte Denise, le froid n’en
fait plus à sa guise. »
Pour l’Ascension, le 9 mai cette année,
pourra-ton dire : « A l’Ascension,
dernier frisson. » ?
Nous ne serons vraiment tranquilles qu’après le
25 mai, car : « le vigneron
n’est pas assuré que la saint Urbain ne soit passée... » Et pour
nous remettre de toutes les émotions de ce mois de mai, nous aurons la fête de
Pentecôte le 19 mai et la Féria de Nîmes ! pour les aficionados…
A Diou sias !
Jean Mignot
30 avril 2024