Li Vaquerieu 2026
Les quelques jours de soleil de cette fin mars
nous ont laissé penser que le printemps était enfin arrivé. C’était compter
sans ce curieux mois de mars qui, nous le disent les vieux dictons de nos
Anciens « Ce que mars couve, on ne le sait qu’après son trente et unième
jour ». Ou encore : « Soit au commencement, soit à la fin, mars montrera
son venin ». En pays d’Oc on dit « Mars marsejo » ce qui veut bien
dire : « mars fait son temps de mars », c'est-à-dire mars n’en fait
qu’à sa tête ! Mars est capricieux. On l’oublie un peu vite ! Or si nos
Anciens ont tiré des leçons de ces caprices de mars c’est bien parce qu’ils
s’étaient aperçus que cela se reproduisait fréquemment.
Les différents services de météorologie nous
annoncent depuis plusieurs jours une chute des températures et en particulier
le matin et nous pouvons déjà le constater.
« Une ou plusieurs vagues de froid
destructrices pour l'agriculture arrivent en France ces prochains jours »
écrit Météo Languedoc. C'est un phénomène qui se reproduit souvent au point que
ça a donné naissance à une vieille légende/histoire qu'on retrouve avec des
versions différentes, tout autour du bassin méditerranéen. Ça a même fait
l'objet d'un livre ! Mistral écrit dans Mireille : « e li jour
negro de la vaca ». Ces jours redoutés du monde paysan s'appellent «
li vaquerieu ».
J’ai souvent rappelé cette légende même si elle
ne se reproduit pas chaque année, cycle lunaire aidant. Par exemple les marées
de l’équinoxe n’ont pas toujours lieu autour du jour de l’équinoxe comme cette
année.;
On peut donc s’attendre, une fois de plus, à ce
que nos médias nous servent du « jamais vu ! » ou « record
de température » ou « nouvelle offensive du froid »
et autres termes usant abusivement de toutes sortes de superlatifs alors que ce
n’est pas si nouveau que ça qu’il fasse mauvais à la fin du mois de mars. A
preuve nos dictons et cette vieille histoire/légende de la vieille « ou
jours de la vache »
La voici dans une version adaptée par mes soins,
selon ce dont j’ai lointain souvenir de ce que j’ai entendu dans mes Cévennes.
Une étude plus approfondie des différentes versions serait un bon sujet pour
des étudiants d’écoles spécialisées. Ceux qui sont intéressés peuvent se
procurer l’ouvrage : « les
jours de la vieille » de Marcelle Delpastre et Albert Pestour édité
par la Société d’études historiques et archéologiques de la moyenne Corrèze, à
Tulle en 1961.
« La
vieille »
prend une signification météorologique. En Provence elle représente souvent la
nature.
Le journal local « le Républicain d’Uzès »
avait donné dans ses pages, il y a une trentaine d’années, la version la plus
proche de celle que je connais par tradition orale et qui est aussi la version
de Frédéric Mistral qui dans « Mireille » écrit sur ces jours de mars
« e li jour negre de la vaco » : « ce sont les jours noir de la vache ».
Une vielle dame,
s’étant gaussée d’un hiver bien peu rigoureux, avait perdu son troupeau de
brebis, à cause des assauts du mauvais temps, par périodes de rafales brusques
et imprévues, que rappellent à notre mémoire quelques vieux dictons bien connus
de nos Anciens.
Elle ne se découragea pas pour autant et remplaça
son troupeau par autant de vaches plus robustes, pensait-elle…
Le mois de mars fut favorable à son élevage et
elle n’avait qu’à s’en féliciter. A la lumière de l’expérience elle eût dû en
rester là. Elle eut la sottise de dire : « En escapan de mars e de marséu, aï escapa mi vaco e mi vedéu. »,
(En échappant à mars et à ses giboulées J’ai sauvé mes vaches et mes
veaux).
Fâché d’une telle
ingratitude, le mois de mars va trouver son voisin : « « Abriéu,
n’aï plus que tres jour, presto-m’en quatre li vaco de la vieio faren
batre. ». (Avril, je n’ai plus que trois jours, prête-m’en quatre, les
vaches de la vieille nous ferons battre= mourir). Avec l’accord d’avril, une gelée tardive tua
la végétation et cette fois encore la vieille perdit son troupeau.
Il existe plusieurs variantes de cette histoire
selon les régions ou les pays, notamment tout autour du bassin méditerranéen.
En Provence on raconte qu’après un
hiver peu rigoureux, une vieille se moqua du mois de février parce que celui-ci
n’avait pas été très rude. Comme en cette année 2026. Le mois de février en fut
très fâché. Il demanda au mois de mars de bien vouloir lui prêter trois jours.
Alors se leva un mistral fou qui emporta tout sur son passage. Il fit froid. Le
troupeau de brebis – les bédigue s-
de la vieille moururent. Elle se lamenta quelques jours puis décida d’acheter
des vaches car elle pensait qu’elles résisteraient mieux au mauvais temps. Vers
la fin du mois de mars, il faisait beau, les arbres fruitiers avaient déjà
fleuri, les rosiers commençaient à ouvrir leurs boutons. L’équinoxe était passée, le printemps était
là. La vieille dansait de joie pensant avoir sauvé vaches et veaux. Mars se
vexa et voyant que le mois allait se terminer sans qu’il ait pu faire périr les
vaches de la vieille, il se retourna vers son voisin avril et lui demanda de
lui prêter quatre jours. Des gelées survinrent et brûlèrent la végétation. Les
vaches périrent. Ainsi, soit durant les derniers jours de février, soit les
trois premiers jours de mars ou pendant les derniers jours de ce mois ou encore
au début du mois d’avril on peut encore entendre, dans les campagnes de nos
pays d’Oc, les lamentations de la vieille, portées par le fort vent qui souffle.
En pays catalan ou dans d’autres régions de France
on retrouve avec des variantes. On trouve même des versions à caractère grivois !
D’autres légendes courent sur ce thème en Italie, en Espagne, en Grèce et chez les
Serbes, en Roumanie, en Bulgarie, ou au
Maroc, et dans bien d’autres lieux.
Selon certaines, la vieille, sortant trop tôt son
troupeau de l’étable, voit celui-ci pétrifié. D’autres disent que c’est la
vieille elle-même qui est pétrifiée comme chez les Aït Ouaran qui disent que
les mégalithes du Mont Buiblan, ou le mont lui-même, au sud de Taza, au Maroc,
sont la vieille pétrifiée au milieu de son troupeau.
A Fez, chez les Hayaina, on
parle d’une vieille enlevée avec son troupeau de chèvres par un torrent en
crue. Selon les lieux on trouve en effet des variantes sur le bétail :
moutons et brebis, chèvres ou vaches. Ou même d’une seule vache et de son veau.
Chez les Seksawa, plus au sud du Maroc, on dit que la vieille fit tondre son
troupeau trop tôt croyant le froid fini, ce qui contribua à faire périr les
moutons. Chez les Ntifa on parle pour ces jours de fin mars du « jour de la Chèvre ».
Ce qu’il faut retenir, c’est que la nature n’a
pas fini de nous surprendre. Qu’il faut la respecter, sinon elle sait nous
rappeler à l’ordre. Car « si l’hiver
ne janvroie, si février ne févroie, mars vient qui ne laisse rien »
dit-on en Eure et Loir. C'est-à-dire que janvier se doit d’être froid et
février pluvieux, sinon les effets de l’hiver surgiront en mars, anéantissant
toutes les promesses de récolte.
Comme on ne connait plus cette vieille légende
qui pourtant dépasse nos frontières, on se contente de parler des giboulées de
Mars. Elles illustrent le combat entre les derniers souffles de l’hiver et les
prémices du printemps, grésil n neige fondue, grêle vents forts et chute
des températures d’au moins ou phénomène plus proche de celui de la Lune
Rousse ? On sait en effet que le soleil de ces derniers n’a pas été assez fort
pour réchauffer suffisamment la terre. Le « fonds de l’air est resté frais » !
La terre se froidit vite la nuit et ne peut restituer assez de chaleur aux
jeunes pousses de la végétation, et ce notamment quand le ciel est bien dégagé.
Il se produit vers le lever du jour, un choc thermique qui bien que la température
soit au-dessus de zéro, brûle, roussit les jeunes pousses.
Et il faut s’attendre à des attaques semblables
de mauvais temps, avec des risques multipliés, pour la prochaine « lune rousse » qui doit commencer le
17 avril pour se terminer le 16 mai avec sa litanie de « saint
Cavaliers » et de « saints de
Glace ».
J’insiste sur ces dates car je lis des tas de
fausses informations sur cette « appellation « Lune Rousse » y
compris parce qu’elle serait plus rouge que les autres ! La Lune Rousse
est le premier cycle lunaire complet qui suit la fête de Pâques. Or une
lunaison commence à la Nouvelle Lune. Donc je m’inscris en faux vis-à-vis de
tous ceux qui disent que la Lune Rousse 2026 commence cette année le 1er
Avril jour de Pleine Lune et non jour du début de la lunaison Et elle est
qualifiée de « rousse » parce qu’elle brûle les jeunes pousses encore
trop fragile. J’ai même lu qu’à cause du changement climatique la « Lune
Rousse » se produit désormais plus tôt, confondant et oubliant que ce sont »
les Vaquerieu » ? Laa « Lune rousse » viendra après, aux
dates que je viens d’indiquer.
La prudence est de rigueur tant pour que dans les
champs !
A Diou sias !
Jean Mignot
26 mars 2026
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