A propos du mois de Septembre
« Quand li bestiari fagueron li més, chascun faguè lou siéu à sa fantasié. Lou reinard venguè lou darriè, car en estènt que se mesfisavon d’èu, l’avien pas vougu. - Ben, ié diguè, coum’avès fa ? - Aven fa lou mes de janvié, aqui i’a de fre ; aven fa lou mes d’abriéu, aqui i’a de plueio ; aven fa lou mes de setèmbre, aqui i’a de toute meno de frucho…- Eh ! bedigas ! cridé lou reinard, que noun fassias ounge mes de setèmbre ! passavian l’autre à rapuga ! » Voilà une bonne description de ce qui marque le mois de septembre, empruntée au grand Frédéric Mistral (l’Armana Prouvençau de 1853). « Quand les animaux firent les mois, chacun fit le sien à sa fantaisie. Le renard vint le dernier car étant donné qu’ils se méfiaient de lui, ils l’avaient laissé de côté ( ils ne l’avaient pas voulu, - sous entendu - avec eux). Il leur dit alors : Comment avez-vous fait ? - Nous avons fait le mois de janvier, là il fait froid ; nous avons fait le mois d’avril, là il y a la pluie, nous avons fait le mois de septembre, là il y a toute sorte de fruits. - Eh bien imbéciles ! leur cria le renard, pourquoi n’avez- vous donc pas fait onze mois de septembre, nous aurions passé l’autre ( le douzième) à grappiller. »
En septembre c’est en effet le
moment des récoltes des fruits avant les vendanges. Il faut gauler les noix,
cueillir les reines-claudes, les quetsches et les mirabelles, si ce n’est pas
déjà fait depuis fin août, puis les figues les pommes et les poires pour finir
avec les raisins.
« En septembre se coupe ce
qui pend ! » - « au mois de septembre figues à
prendre » dit-on en Gascogne ou en Touraine : « Pour
la bonne Dame de Septembre (le 8) tout
fruit est bon à prendre ! » Et à la fin du mois il y aura presque partout les vendanges :
« Août
mûrit, septembre vendange ; en ces deux mois tout bien
s’arrange ! ».
Et les figues ! On sait le
rôle qu’ont joué dans l’antiquité les figues, les figuiers et leurs feuilles.
Si on sait bien l’usage qu’ont fait de
la feuille de vigne Adam et Eve, on sait
moins que Romus et Romulus furent abandonnés et trouvés sous un figuier. Il
faut se souvenir que Caton, montrant de superbes figues venues de Carthage, décida le Sénat à entreprendre la troisième
guerre punique. Je rappellerai très sommairement que « punique » vient du grec poenus du non de ces phéniciens (
Carthaginois) qui avaient créé en
Afrique du Nord une des plus grandes civilisations commerciales et militaires
qui faisait de l’ombre à la civilisation romaine d’où les trois guerres
puniques. Il est pour le moins curieux de remarquer que « punique »
devenu adjectif, évoque la ruse et la perfidie que les Romains prêtaient aux
Carthaginois. On dit même « punica fides » quand on parle de
« mauvaise foi » !
Les figues sont « amies des philosophes » comme les
désigne Platon, car elles « renforcent l’intelligence ». Les
figues sont d’excellents remèdes. L’école de Salerne , une école de Médecine
célèbre au Moyen-Age en Sicile, indique que la figue « nourrit, engraisse, lâche le ventre, adoucit
la poitrine et guérit beaucoup de tumeurs ». Ses propriétés l’ont fait
classer parmi les quatre fruits pectoraux avec la datte le jujube et les
raisins secs. Cette année il y a beaucoup de figues malgré la sécheresse, chez
nous du moins : « année de figues, pauvres
greniers » indique un dicton de la vallée du Rhône !
En septembre les fruits arrivés à
maturité seront très bons mais ceux qui ne seront pas encore mûrs ne
mûriront sans doute pas durant ce mois. Un vieux dicton nous dit : «
ce que le mois d’août n’a pas mûri, ce n’est pas septembre qui le
fera ! ». En effet les premiers jours de ce mois sont encore
des jours d’été mais les nuits sont fraîches et bien vite. Avec
l’équinoxe, le mois va nous faire entrer
en automne. Les fruits non parvenus à maturité ne seront plus bons pour la
cueillette.
En septembre on cueille les noix
et les pommes le 14, pour la Sainte Croix : « Pour la sainte
Croix, cueille les pommes et gaule les noix ».
De nombreux poètes ont récemment
pris la place des dictons en louant, le ciel de septembre comme Didier
Barbelivien dans sa belle chanson « Au
cœur de Septembre » qui chante le ciel « plus gris que bleu »,
« la prairie un peu moins verte », ou Gilbert Bécaud qui
nous décrit, dans « C’est septembre », les oliviers chargés d’olives qui « baissent
les bras », les raisins qui « rougissent du nez »
le sable de la plage qui est « devenu froid » ou Barbara qui nous chante si bien dans sa
chanson « Septembre »
cette fin de l’été qui « n’a jamais paru si belle » et
le départ prochain des hirondelles.
Même les animaux avec le
tintement de leurs sonnailles sur les chemins de la transhumance nous annoncent
le froid et la pluie qui arrivent : « Lis esquilo fan veni li
nivo » ; « les
cloches font venir la neige »
On s’active aux champs pour les
dernières récoltes ; les labours préparent les semences d’automne, et cela
va être le moment de la fin des baux. « En septembre, les feignants peuvent
s’aller pendre » tant il
y a du travail. «
Septembre le vaillant surmène le paysan ». Et ceux qui sèmeront à
la saint Janvier, le 19 septembre, « de l’an récolteront le premier »
c’est à dire des primeurs car ils auront semé tôt dans la saison pour récolter
dès le début du printemps prochain
Les jours qui ont au début du
mois une durée moyenne de douze heures trente minutes, vont diminuer d’une
heure quarante-six minutes. D’où la nécessité de prendre des dispositions pour
éclairer nos soirées, parfois encore au jardin. Aujourd’hui on met des bougies
parfumées ! Avant on mettait en
route la lampe à huile : « Oou mes de setembre, Lou calen es a
pendre » ; Au mois de septembre, la lampe à huile est à
suspendre ! Ainsi vont
commencer les journées courtes de l’hiver : « A la Bonne Dame de
septembre, Bonhomme, allume ta lampe. Quand vient le Vendredi Saint, Bonhomme,
ta lampe éteins ! ». On dit cela aussi le 1er septembre pour
la saint Loup : « A la saint Loup, la lampe au clou »
Septembre est un mois où il y a
beaucoup de foires, foire « du 9 « au Vigan » foire de la
saint Firmin à Uzès ( mais on l’a supprimée)), foire du 22 encore au Vigan,
foire de la Saint Michel à Nîmes et en bien d’autres endroits. C’est à
l’occasion de ces rassemblements festifs qu’on vendait les récoltes, et aussi
qu’on « débauchait » ou « embauchait
» les commis de ferme et les autres personnels. D’où les conseils de
prudence donnés pour la saint Lambert le
17 : « Le jour de la saint Lambert, qui quitte sa place la perd ! » C’est
dans la deuxième quinzaine de septembre, en effet, que se préparaient, entre fermiers, ouvriers
et commis, les engagements réciproques pour l’année agricole à venir. Celui qui
sans y être contraint, quittait alors sa place, courait grand risque de ne pas
la retrouver C’est aussi le jour de
la saint Michel, devenue maintenant fêtes des saints Archanges, que prennent fin traditionnellement les baux
de fermage, ou qu’ils sont renouvelés.
Je dois souligner ici que ces
mutations et changements de baux ou de contrats étaient liés à l’équinoxe
d’automne et que c’est la réforme du calendrier grégorien qui avec le décalage
de dix jours qu’elle a entraîné, a rattaché ces dictons à Saint Michel qui
n’est pour rien dans cette affaire.
Si ces rassemblements étaient des
occasions de rencontres, ils ont aussi souvent été occasion de troubles, ou de
bagarres entre bandes rivales, affrontements qui se sont maintenant déplacés un
peu trop souvent dans nos fêtes votives. En 1567 à Nîmes, cinq ans avant la
terrible Saint Barthélémy, Protestants et Catholiques se sont sérieusement
affrontés au cours de la terrible « Michelade ».Il faut s’en souvenir
, mais à l’heure de l’œcuménisme il ne semble pas bien séant d’en parler.
L’honneur est sauf puisque l’évêque de l’époque, qui allait être égorgé,
n’avait dû son salut qu’à l’intervention d’un soldat du clan parpaillot nommé
Jacques Coussinal qui le sauva en le prenant sous sa protection. A Nîmes comme
à Paris on a fait disparaître les traces
physiques de ces massacres de septembre,
avec l’objectif clairement exprimé
d’éviter des pèlerinages déplacés.
Plus sereinement, en revenant aux
champs, aux cultures, aux saisons je rappellerai encore que la saint Michel marque les derniers jours de
chaleur : « A la saint Michel, la chaleur monte au ciel. » C’est le dernier délai pour le départ des
hirondelles : « A la saint Michel, départ des
hirondelles ! » Et si ces hirondelles se sont attardées
jusqu’à cette date c’est parce qu’il peut faire encore très beau : « Quand
l’hirondelle voit la saint Michel, L’hiver ne viendra qu’à Noël ! »
J’aurais pu vous parler encore de
Saint Gilles, ce jeune grec bien de chez nous, venu retrouver saint Vérédème
dans son ermitage des gorges du gardon, puis fâché, - eh oui ça arrive même
quand on est saint !- parti s’installer dans la forêt de Sylvéréal sur les
bords du petit Rhône et devenu le grand Saint Gilles, si connu des pèlerins de
Compostelle qui empruntent la Via
Arletanensis ou Via Eagidia ou encore Via Francigena. Les marcheurs sur le
chemin de Saint Gilles partis du Puy en Velay vont arriver ce début septembre
au terme de leur pèlerinage à Saint Gilles du Gard, avec grand concours de
fêtes et de cérémonies. « S’il fait beau à la saint Gilles, cela
durera jusqu’à la saint Michel ». Mais : « les
vents de saint Gilles et suivant, repassent en fortes bises bien
souvent ». Ne nous réjouissons pas trop vite donc !
J’aurais pu vous parler de saint
Firmin aussi notre évêque d’Uzès fêté maintenant non plus en septembre mais en
octobre. Quoiqu’il en soit le proverbe est resté : « A la saint Firmin l’hiver
est en chemin ». Ça c’est pour le 25 septembre. Ou encore de Côme et Damien dont la fête est le 27 de ce
mois. Ce sont les patrons des médecins
chrétiens : « Chirurgiens de haut parage, Saint Côme et
Damien, sur moy faictes un chef d’ouvrage, de mes maux froissez le
lien ! » Ou encore : « Servez saint Côme et Damien, vous
vous porterez toujours bien ! »
Ces saints populaires vont nous préparer à affronter l’automne et ses pluies : « Quand l’aoubo de san Miqueou est
tapado, Ploou quaranto jou e pie uno pasado » ; « Quand l’aube
de la saint Michel est couverte, il pleut quarante jours et plus encore… » ; « Lei pluio de san Miqueou Soun jamaï restado au ceou »
« Les pluies de saint Michel, ne sont jamais restées au ciel… »
Préparons-nous à hiverner : « en
septembre si tu es prudent, achète grains et vêtements ».
Traditionnellement on achetait des vêtements neufs à l’occasion des foires dont
j’ai parlé, grâce au produit des ventes des récoltes.
Notre
neuvième mois de l’année nous fait rentrer, avec l’automne qui arrive, dans le
système décimal avec les autres mois qui suivront jusqu’à la fin de l’année. Il
s’est appelé un moment Tibérius, puis Germanicus et même Tacitus, car le Sénat
romain avait voulu reproduire ce qui s’est passé pour Juillet et Août en
baptisant les mois du nom des empereurs. Ces innovations motivées par la
flatterie furent sans lendemain. Ouf ! car Néron aurait bien voulu lui
aussi avoir un mois portant son nom. Septembre a prévalu, nous rappelant ainsi
ces réformes des calendriers dont je vous ai souvent entretenus, et ce tout
premier calendrier des habitants du Latium, adopté par Romulus à la fondation
de Rome qui déterminait une année. Avec Octobre, Novembre et décembre il garde donc un nom qui se réfère à son ancienne place.
Avec le calendrier révolutionnaire Septembre était devenu Vendémiaire, même si le réchauffement climatique fait que nos vendanges ont lieu de plus en plus tôt comme cette année - et le mois des récoltes comme je l'ai évoqué. Longtemps mois du début de l'année à cause de Valmy et de la première République avec son calendrier "républicain" il reste le mois de la rentrée, scolaire mais aussi politique. On va voir ce qu’on va voir ! Avec cette fois le risque vu la conjoncture qu’on se fasse bien raser, et pas gratis !
Bon automne, Bonne rentrée, bon
travail !
Adissias ! Jean Mignot
Le 31 du mois d’août (sur un
air connu)