Dans le sens des aiguilles d’une montre
Tic
tac, tic tac, tic tac… De nos jours les montres connectées et les réveils à affichage digital remplacent peu à peu
nos bonnes vieilles montres et horloges dotées d'un système mécanique.
Il n'empêche que ces dernières possèdent un mystère qui
intrigue encore pas mal de monde. Le changement d’heure de cette fin
octobre m’amène à donner quelques explications. C’est le fameux « sens des
aiguilles d’une montre ».
Comment
en effet expliquer que la trotteuse qui court toute la journée autour du
cadran, tourne toujours dans le même sens ? Pour le comprendre, il
faut remonter l'histoire jusqu'à une époque où les fameuses montres et
horloges n'existaient pas.
Cette
époque, c'est celle des débuts du cadran solaire. Les origines de cet
instrument de mesure du temps ne sont pas toujours très claires. On estime que
les premiers vestiges de ce qui pourrait être l'ancêtre du cadran solaire sont
apparus en Egypte ou
en Mésopotamie, plus de 2000 ans avant J.-C.
Au
fil des siècles, ces connaissances ont été transmises aux Grecs. L’astronome
Bérosen, un prêtre et astronome chaldéen né à Babylone et qui vivait au temps
de Ptolémée, aurait introduit le concept dans la Grèce antique, au IVe siècle
avant J.-C avant d'en améliorer la conception.
À
l'époque, un simple bâton planté dans le sol permettait de suivre la rotation
de la terre. L’ombre projetée suit la trajectoire inverse de celle du soleil.
Lorsque celui-ci se lève à l'est, l'ombre pointe vers l'ouest
et vice-versa lorsque le crépuscule arrive. L'ombre voyage donc de la
gauche vers la droite.
La
mesure du temps ne s'est évidemment pas arrêtée là. Il fallait en effet pouvoir
mesurer le temps sans le soleil. On inventa le clepsydre, horloge hydraulique,
puis le sablier.
Il
faut attendre la fin du XIIIe siècle pour voir apparaître les premières
horloges mécaniques, celles avec laquelle nous sommes familiarisés aujourd'hui.
Au
moment de leur invention, il a été choisi de garder le sens de rotation de
l'ombre du cadran solaire pour définir celle des aiguilles de la montre. C’est
l’origine de l’expression « tourner dans le sens des aiguilles d’une
montre »
À
partir de là, les innovations vont crescendo. En 1336, la première horloge
sonnant les heures voit le jour à Milan.
La
montre, version portative de l'horloge et aujourd'hui véritable article de luxe, connaîtra son heure de gloire bien plus
tard, au tout début du XVIe siècle. On estime que c'est l'horloger et serrurier
allemand de Nuremberg Peter Henlein qui en est l'inventeur. On sait que la
reine Elizabeth Ière fut l'une des premières à recevoir officiellement une
montre-bracelet en cadeau, en 1571.
Pendant
plus de trois siècles, c'est la montre à gousset qui aura la préférence du
public avant que cette tendance ne s'inverse à partir de la fin du XIXe siècle,
voire début du XXe. Aujourd'hui, certains de ces anciens modèles valent de véritables fortunes.
Le
système solaire étant ce qu'il est, le Soleil se lève en à l'est, continue
sa course au sud et se couche à l'ouest. C’est le « sens des aiguilles
d’une montre »
Le
cadran solaire est considéré, du fait de sa simplicité, comme l'un des tout
premiers objets utilisés par l'homme pour mesurer l'écoulement du temps. Les plus anciens
indicateurs solaires connus
ont été trouvés en Égypte, mais ils n'indiquaient que des instants indéfinis et non des heures
au sens où nous les entendons aujourd'hui (heures résultant de mesures
astronomiques).
Les
premiers modèles indiquaient des « heures inégales » également
appelées « heures temporaires » variant selon le lieu et la saison. Elles divisaient le
jour, du lever au coucher du soleil, en 12 heures, été comme hiver :
les heures d'été étaient longues, les heures d'hiver courtes. Vers le VIIe siècle,
à la suite des travaux de Bède le Vénérable, les cadrans solaires à style incliné apparurent. Ce sont ceux que nous
connaissons aujourd'hui, Le style, ou gnomon, a remplacé le bâton d’origine. Il
indique généralement l'heure par la longueur ou la direction de son ombre. L'inclinaison
du style ou gnomon a permis de tracer un diagramme de lignes horaires indiquant
des heures égales, celles que nous utilisons. Un jour, d'un midi au suivant,
est divisé en 24 h, quelle que soit l'époque de l'année.
Mais
pourquoi 12 et pourquoi 24. Contrairement à notre système décimal quotidien
(base 10), qui repose sur les dix doigts de la main, c’est le système
sexagésimal qui a été retenu parce qu’il était le système utilisé chez les
Sumériens et les Babyloniens à qui nous devons le cadran solaire.
Nos
créateurs du Calendrier Républicain ont fait une tentative d’imposer le système
décimal Mais ils n’y sont pas parvenu.
Le
système sexagésimal est un système de numération qui utilise la base 60.
Bien
que très ancien, ce système régit encore deux domaines majeurs de notre
quotidien, la mesure du temps et la géométrie. On l’utilise toujours en
géographie. Contrairement à la plupart des autres systèmes numériques, le
système sexagésimal n'est pas utilisé en informatique.
Une
heure est divisée en 60 minutes, et une minute en 60 secondes. 60 est un nombre
hautement composé. C'est le plus petit nombre divisible à la fois par 1, 2, 3,
4, 5, 6, 10, 12, 15, 20 et 30. Cela rend les calculs de fractions et les
partages de marchandises extrêmement simples, sans laisser de restes complexes.
Voila
pourquoi il y a 60 minutes dans une heure, 60 secondes dans une minute et douze
heures sur nos cadrant de montres et horloges.
Quelques
mots encore sur le changement d’heure et le passage à l’heure d’hiver.
Bien
qu’un référendum ait donné une large majorité pour l’abandon des changements en
mars et octobre, le sujet n’est plus d’actualité. Nos dirigeants ont des
préoccupations bien plus importantes !
Une
chose m’étonne sur ce choix pour l’heure d’été. A l’heure où de partout on parle
du retour à la nature, l’heure la plus naturelle est l’heure de nos cadrans
solaires c’est-à-dire « l’heure solaire vraie ». Or cette
heure est en décalage de deux heures avec l’heure d’été et d’une heure avec
l’heure d’hiver ! Bien sur ce sont des raisons de coordinations et de
relations internationales qui ont mis cette question en débat. Mais peut-on
commander à la nature par des directives et décrets ?
Débat
complexe ! Comment peut-on imaginer que l’heure puisse être la même à
Prague, à Strasbourg ou à Brest ?
Par
contre quand j’entends que le changement d’heure perturbe en particulier les
animaux, je voudrais bien qu’on m’explique. Les oiseaux par exemple commencent
à piailler dès le lever du soleil et à son coucher, que l’on soit en été ou en
hiver. Ils n’ont ni montre ni horloge et pas même de cadran solaire. C’est
comme pour tous les animaux le soleil qui règle leur rythme de vie et je ne
vois pas comment le changement d’heure peut perturber cela.
Le
soleil continue de se lever à l’Est et de se coucher à l’Ouest, quel que soit
le pays et même l’hémisphère. Et l’ombre qu’il trace sur la terre nous indique
toujours « le sens des aiguilles d’une montre. »
Jean Mignot à quelques heures du passage à l’heure d’hiver.
Le 9 octobre 2026