lundi 19 octobre 2026

Tic tac ! Tic Tac

 

Dans le sens des aiguilles d’une montre

 

Tic tac, tic tac, tic tac… De nos jours les montres connectées et les réveils à affichage digital remplacent peu à peu nos bonnes vieilles montres et horloges dotées d'un système mécanique. Il n'empêche que ces dernières possèdent un mystère qui intrigue encore pas mal de monde. Le changement d’heure de cette fin octobre m’amène à donner quelques explications. C’est le fameux « sens des aiguilles d’une montre ».

Comment en effet expliquer que la trotteuse qui court toute la journée autour du cadran, tourne toujours dans le même sens ? Pour le comprendre, il faut remonter l'histoire jusqu'à une époque où les fameuses montres et horloges n'existaient pas.

Cette époque, c'est celle des débuts du cadran solaire. Les origines de cet instrument de mesure du temps ne sont pas toujours très claires. On estime que les premiers vestiges de ce qui pourrait être l'ancêtre du cadran solaire sont apparus en Egypte ou en Mésopotamie, plus de 2000 ans avant J.-C.

Au fil des siècles, ces connaissances ont été transmises aux Grecs. L’astronome Bérosen, un prêtre et astronome chaldéen né à Babylone et qui vivait au temps de Ptolémée, aurait introduit le concept dans la Grèce antique, au IVe siècle avant J.-C avant d'en améliorer la conception.

À l'époque, un simple bâton planté dans le sol permettait de suivre la rotation de la terre. L’ombre projetée suit la trajectoire inverse de celle du soleil. Lorsque celui-ci se lève à l'est, l'ombre pointe vers l'ouest et vice-versa lorsque le crépuscule arrive. L'ombre voyage donc de la gauche vers la droite.

La mesure du temps ne s'est évidemment pas arrêtée là. Il fallait en effet pouvoir mesurer le temps sans le soleil. On inventa le clepsydre, horloge hydraulique, puis le sablier.

Il faut attendre la fin du XIIIe siècle pour voir apparaître les premières horloges mécaniques, celles avec laquelle nous sommes familiarisés aujourd'hui.

Au moment de leur invention, il a été choisi de garder le sens de rotation de l'ombre du cadran solaire pour définir celle des aiguilles de la montre. C’est l’origine de l’expression « tourner dans le sens des aiguilles d’une montre »

À partir de là, les innovations vont crescendo. En 1336, la première horloge sonnant les heures voit le jour à Milan.

La montre, version portative de l'horloge et aujourd'hui véritable article de luxe, connaîtra son heure de gloire bien plus tard, au tout début du XVIe siècle. On estime que c'est l'horloger et serrurier allemand de Nuremberg Peter Henlein qui en est l'inventeur. On sait que la reine Elizabeth Ière fut l'une des premières à recevoir officiellement une montre-bracelet en cadeau, en 1571.

Pendant plus de trois siècles, c'est la montre à gousset qui aura la préférence du public avant que cette tendance ne s'inverse à partir de la fin du XIXe siècle, voire début du XXe. Aujourd'hui, certains de ces anciens modèles valent de véritables fortunes.

Le système solaire étant ce qu'il est, le Soleil se lève en à l'est, continue sa course au sud et se couche à l'ouest. C’est le « sens des aiguilles d’une montre »

Le cadran solaire est considéré, du fait de sa simplicité, comme l'un des tout premiers objets utilisés par l'homme pour mesurer l'écoulement du temps. Les plus anciens indicateurs solaires connus ont été trouvés en Égypte, mais ils n'indiquaient que des instants indéfinis et non des heures au sens où nous les entendons aujourd'hui (heures résultant de mesures astronomiques).

Les premiers modèles indiquaient des « heures inégales » également appelées « heures temporaires » variant selon le lieu et la saison. Elles divisaient le jour, du lever au coucher du soleil, en 12 heures, été comme hiver : les heures d'été étaient longues, les heures d'hiver courtes. Vers le VIIe siècle, à la suite des travaux de Bède le Vénérable, les cadrans solaires à style incliné apparurent. Ce sont ceux que nous connaissons aujourd'hui, Le style, ou gnomon, a remplacé le bâton d’origine. Il indique généralement l'heure par la longueur ou la direction de son ombre. L'inclinaison du style ou gnomon a permis de tracer un diagramme de lignes horaires indiquant des heures égales, celles que nous utilisons. Un jour, d'un midi au suivant, est divisé en 24 h, quelle que soit l'époque de l'année.

Mais pourquoi 12 et pourquoi 24. Contrairement à notre système décimal quotidien (base 10), qui repose sur les dix doigts de la main, c’est le système sexagésimal qui a été retenu parce qu’il était le système utilisé chez les Sumériens et les Babyloniens à qui nous devons le cadran solaire. 

Nos créateurs du Calendrier Républicain ont fait une tentative d’imposer le système décimal Mais ils n’y sont pas parvenu.  

Le système sexagésimal est un système de numération qui utilise la base 60.

Bien que très ancien, ce système régit encore deux domaines majeurs de notre quotidien, la mesure du temps et la géométrie. On l’utilise toujours en géographie. Contrairement à la plupart des autres systèmes numériques, le système sexagésimal n'est pas utilisé en informatique.

Une heure est divisée en 60 minutes, et une minute en 60 secondes. 60 est un nombre hautement composé. C'est le plus petit nombre divisible à la fois par 1, 2, 3, 4, 5, 6, 10, 12, 15, 20 et 30. Cela rend les calculs de fractions et les partages de marchandises extrêmement simples, sans laisser de restes complexes.

Voila pourquoi il y a 60 minutes dans une heure, 60 secondes dans une minute et douze heures sur nos cadrant de montres et horloges.

Quelques mots encore sur le changement d’heure et le passage à l’heure d’hiver.

Bien qu’un référendum ait donné une large majorité pour l’abandon des changements en mars et octobre, le sujet n’est plus d’actualité. Nos dirigeants ont des préoccupations bien plus importantes !

Une chose m’étonne sur ce choix pour l’heure d’été. A l’heure où de partout on parle du retour à la nature, l’heure la plus naturelle est l’heure de nos cadrans solaires c’est-à-dire « l’heure solaire vraie ». Or cette heure est en décalage de deux heures avec l’heure d’été et d’une heure avec l’heure d’hiver ! Bien sur ce sont des raisons de coordinations et de relations internationales qui ont mis cette question en débat. Mais peut-on commander à la nature par des directives et décrets ?

Débat complexe ! Comment peut-on imaginer que l’heure puisse être la même à Prague, à Strasbourg ou à Brest ?

Par contre quand j’entends que le changement d’heure perturbe en particulier les animaux, je voudrais bien qu’on m’explique. Les oiseaux par exemple commencent à piailler dès le lever du soleil et à son coucher, que l’on soit en été ou en hiver. Ils n’ont ni montre ni horloge et pas même de cadran solaire. C’est comme pour tous les animaux le soleil qui règle leur rythme de vie et je ne vois pas comment le changement d’heure peut perturber cela.

Le soleil continue de se lever à l’Est et de se coucher à l’Ouest, quel que soit le pays et même l’hémisphère. Et l’ombre qu’il trace sur la terre nous indique toujours « le sens des aiguilles d’une montre. »

 

Jean Mignot à quelques heures du passage à l’heure d’hiver. Le 9 octobre 2026