mercredi 19 avril 2023

de la Lune Rousse et des Saints de Glace 2023

  


De la Lune rousse et des Saints de Glace 2023



Si l’influence de la lune, telle que j’en ai souvent parlé dans ces chroniques, est très discutée, celle de la Lune Rousse a toujours fait l’unanimité. Les textes les plus anciens en témoignent et chacun continue à y prendre garde. Encore faut-il savoir quand se situe cette fameuse lune.

La Lune Rousse c’est la lune qui commence en avril, après la fête de Pâques, et finit à la lune suivante. Cette année 2023 elle sera entre le 20 avril et le 19 mai. C’est pendant cette période que se situent les Saints de Glace. Ils sont d’autant plus à craindre que leur fête coïncide aux périodes de la lunaison où l’influence de la lune se fait le plus sentir, les nœuds lunaires, la pleine lune, le périgée ou l’apogée. Mais eux, ces braves saints n’y sont pour rien. On parle d’eux comme procédé mnémotechnique, parce que leur fête se situe pendant cette période.

Tous les calendriers lunaires qui reviennent à la mode, nous disent que, quand la Pleine Lune ou la Nouvelle Lune ont lieu au périgée, c'est-à-dire au point de son parcours où son éloignement de la terre est au minimal, il y a danger de perturbations, ce jour-là ou les jours qui suivent. Ces mêmes calendriers disent aussi que le passage de la lune au nœud lunaire, c'est-à-dire au moment où le plan de l’orbite lunaire coupe le plan sur lequel se déplace la terre dans sa marche autour du soleil, est aussi une période de perturbations. A l’appui de leur affirmation, ils disent aujourd’hui, que c’est ce qui s’est passé lors de la trop fameuse tempête de décembre 1999. Mais ils ne l’avaient pas dit avant ! Les dictons sur le temps n’ont-ils pas été écrit eux aussi, après que nos anciens aient observé que des phénomènes atmosphériques se produisaient de façon répétitive chaque fois que la lune se trouvait dans une même configuration. Il était facile de dire que pour la fête de tel ou tel saint, qui était avant tout, une référence de calendrier, il faisait tel ou tel type de temps. Mais cela ne se reproduisait pas nécessairement chaque année, puisque la lune, je l’ai dit souvent ici, ne revient dans la même position autour de la terre et dans l’univers planétaire que tous les 19ans, selon le cycle de Méton, du nom d’un mathématicien grec qui vivait au Vème siècle avant notre ère. On ne peut donc parler de ces dictons sur le temps qu’en étroite référence avec la position de la lune dans le ciel. C’est pourquoi mes chroniques chaque mois et chaque année sont un peu différentes. Comme il convient d’ajouter à cela les observations sur le réchauffement de la planète et d’autres considérations plus savantes, je préfère pour ma part me référer à la lune, c’est plus poétique, et c’est quelquefois vrai pour le temps, et presque toujours vrai pour les plantes… et même pour l’humeur de certaines personnes ! C’est bien connu. La police pourrait attester des problèmes qu’elle enregistre les nuits de pleine lune, et nous connaissons tous des gens « mal lunés ». On pourrait même parler des problèmes enregistrés dans les entreprises à ces périodes… !

La Lune Rousse est plus redoutée que les autres parce qu’elle se situe au moment où le printemps arrive, la sève des plantes monte et nos humeurs aussi. Et elle a de ce fait plus d’influence que d’autres lunaisons. C’est pendant la lunaison de la Lune Rousse que nous allons rencontrer les Saints de Glace. Et leur effet supposé sera d’autant plus grand qu’ils vont ou non coïncider avec les périodes dont je viens de vous entretenir. S’il faut parler d’influence, c’est bien en effet de celle de la lune qu’il faut parler.

Tout ceci s’est vérifié cette année encore, en fin mars et début avril. Le temps de ces jours-ci pourrait bien donner raison au dicton du mois dernier : « Quand mars se déguise en été (souvenez-vous des très beaux jours de la mi-mars), Avril prends ses habits fourrés. » C’est bien ce qui est en train de se passer.

La nouvelle lune c’est demain 20 avril et il y a un nœud lunaire et une éclipse le même jour. Quant à la pleine lune elle sera le 5 mai avec une nouvelle éclipse.  C’est la Lune Rousse. Observons ce qui va se passer en fonction de tous ces éléments.

« Lune rousse, vide bourse » ; « lune rousse, rien ne pousse » ; « Gelée de lune rousse de la vigne ruine la pousse » ; « Récolte n’est point assurée que la lune rousse soit passée ».

Mais pourquoi rousse ? Là encore les calendriers lunaires nous donnent une bonne explication. En cette période de l’année, le soleil déjà haut reste de plus en plus avec nous (+1h30 pour le mois d’avril). Quand le ciel est dégagé, le thermomètre indique 19 ou 20 degrés comme ces derniers jours, voire plus, en plein milieu de la journée. Les petites pousses et les fruits en formation se gorgent de chaleur. Mais la terre met très longtemps à de réchauffer. Quand le soleil se couche, le froid se rétablit. C’est très net ces derniers jours dès 17h/18h. La terre n’a pas encore de chaleur à restituer. Progressivement une rosée recouvre les végétaux. Elle peut devenir glaciale au lever du jour. Le thermomètre indique alors 5° à 0°, voire en dessous. Les jeunes espoirs de récolte sont détruits. Les petites poussent prennent une apparence de roussi. Les embryons de fruits deviennent noirs à l’intérieur de l’ovaire. Ne rangez donc pas les protections de vos plantes et arbres avant la fin de la lune rousse. Elles peuvent toujours être utiles la nuit. Et nos services de météorologie nationale, qui ne regardent pourtant pas la lune, en tous cas qui n’en parlent vraiment pas très souvent, nous préviendront car le satellite le leur aura dit… !

Nous pouvons remarquer dès à présent que les prévisions pour les prochains jours ne sont pas très bonnes.

Ce n’est donc pas à cause de sa couleur qu’on appelle la lune « rousse ». C’est d’ailleurs souvent en avril une lune pâle et blême. C’est bien à cause des effets qu’elle produit sur les plantes qu’elle est « rousse ». Et de grâce, n’appelez pas :« lune rousse » les belles lunes de couleur rousse que vous voyez se lever par certains beaux soir d’été. Cela n’a rien à voir.

Voici à propos de la lune rousse une anecdote amusante et une explication complémentaire.

« Je suis charmé de vous voir réunis autour de moi, disait un jour Louis XVIII à une députation du Bureau des Longitudes qui étaient allés lui présenter la « Connaissance des temps et de l’annuaire », car vous allez m’expliquer nettement ce que c’est que la lune rousse et son mode d’action sur les récoltes »

Le savant Laplace, à qui s’adressait plus particulièrement ces paroles, resta comme atterré ; lui qui avait tout écrit sur la lune, n’avait en effet jamais songé à la lune rousse. Il consultait ses voisins du regard mais, ne voyant personne disposé à prendre la parole, il se détermina à répondre lui-même : « Sire, la lune rousse n’occupe aucune place dans les théories astronomiques ; nous ne sommes donc pas en mesure de satisfaire la curiosité de Votre Majesté. »

Le soir, dans les salons du palais, pendant son jeu, le Roi s’égaya beaucoup de l’embarras dans lequel il avait mis les membres de son Bureau des Longitudes. Laplace l’apprit et vint demander à Arago s’il pouvait l’éclairer sur cette fameuse lune rousse qui avait été le sujet d’un si désagréable contretemps. Arago alla aux informations auprès des jardiniers du Jardin des Plantes et d’autres cultivateurs, et voici le résultat des investigations que le grand savant a ensuite rédigées et qui ont été publiées par Flammarion dans l’ouvrage : « Astronomie populaire » :

« Dans les nuits des mois d’avril et mai, la température de l’atmosphère n’est souvent que de 4, de 5 ou de 6 degrés centigrades au-dessus de zéro. Quand cela arrive, la température des plantes exposées à la lumière de la lune, c'est-à-dire à un ciel serein, peut descendre au-dessous de zéro, nonobstant l’indication du thermomètre. Si la lune, au contraire, ne brille pas, si le ciel est couvert, la température des plantes ne descend pas au-dessous de celle de l’atmosphère, il n’y aura pas de gelée, à moins que le thermomètre n’ait marqué zéro, pour d’autres raisons. Il est donc vrai, comme les jardiniers le prétendent, qu’avec des circonstances thermométriques toutes pareilles, une plante pourra être gelée ou ne l’être pas, suivant que la lune sera visible ou cachée par des nuages ; si les jardiniers se trompent, c’est seulement dans les conclusions : c’est en attribuant l’effet à la lumière de l’astre. La lumière lunaire n’est ici que l’indice d’une atmosphère sereine ; c’est par suite de la pureté du ciel que la congélation nocturne des plantes s’opère ; la lune n’y contribue aucunement ; qu’elle soit couchée ou sur l’horizon, le phénomène a également lieu. L’observation des jardiniers était incomplète, c’est à tort qu’on la supposait fausse. »

Les savants viennent ici au secours de la sagesse populaire qui avait fait les mêmes observations depuis belle lurette ! et aussi des poètes.

Il y a fort à parier que la référence à cette couleur fait allusion aussi au caractère maléfique (supposé !) de notre amie céleste, pourtant si « douce au miséreux et aux amoureux » comme le dit si joliment la fameuse « complainte de la Butte ». Car les rousses, disait-on au temps jadis, portaient sur la tête rien de moins que les flammes de l’enfer. Elles étaient suspectes de sorcellerie, redoutées sur les bateaux, accusées de faire tourner le lait et de rancir le beurre. Dès lors rien d’étonnant à ce qu’une rousse, toute planète qu’elle soit, fasse tourner le printemps, « rire jaune » le jardinier, et jette la désolation au potager !

Cette lune rousse d’avril est plutôt souvent une lune pâle, comme je vous l’ai déjà dit, de cette pâleur qui « caresse l’opale de tes yeux blasés ». Cette lune blême qui « jette un diadème » sur les cheveux roux de la "petite mendigote" de la rue Saint Vincent, a-t-elle donc vraiment une responsabilité personnelle dans les ravages infligés aux végétaux qui vident la bourse des paysans ! Le monde agricole qui vise la priorité de sa production aux premiers fruits et légumes de toutes sortes, semble commencer à comprendre qu’il ne faut pas tailler trop tôt car plus on taille tôt plus les bourgeons vont sortir et éclore tôt et plus on sera dans ces périodes dont il faut se méfier. Et les réchauds, bougies et autres fumigènes coûtent cher et ne compensent pas suffisamment le manque de chaleur de la nuit. Alors on crie à la calamité agricole.

Et nous, consommateurs achetons des fruits de saison et pas des fraises à Noël !

Est-elle vraiment responsable cette lune qui inspire une si belle complainte et qui nous donnera encore ce 20 avril, jour de Nouvelle Lune, le beau spectacle de son rendez-vous avec le soleil puisque rendez-vous (éclipse) il y a bien. Il y a éclipse chaque fois que la Nouvelle Lune ou la Pleine Lune a lieu au nœud lunaire. Las ! cette éclipse ne sera pas visible chez nous. L’auteur des paroles de la complainte de la butte avait bien observé le temps : « Mais voilà qu'il flotte, La lune se trotte, La princesse aussi. Sous le ciel sans lune, Je pleure à la brune, Mon rêve évanoui ! » .

C’est pendant cette période qu’on rencontre les célèbres Saints de Glace !

Avec Saint Georges le 23 avril, on aborde la période où ils vont sévir. La fête de ce saint est accompagnée d’une kyrielle de proverbes et de dictons sur la pluie. « Pluie de saint Georges, coupe les cerises à la gorge ! » ou encore : « S’il pleut à la saint Georges, de cent cerises restent quatorze. » Et aussi : « S’il pleut à la saint Georgeau, n’y aura guignes ni bigarreaux »

De toutes les façons, qu'il pleuve ou qu'il vente, pour la saint Georges il faut mettre la "graine" c'est à dire les œufs de ver à soie, que l’on appelle « les borgnes » car ils n’ont pas d’yeux, dans les couveuses, et non plus comme autrefois dans un petit sac pendu sous les jupons des dames ou encore dans leur soutien-gorge… petit sac qu’on glissait la nuit sous l’édredon du lit conjugal. Un vieux proverbe occitan, bien connu en Cévennes, nous dit que pour la saint Marc ce sera trop tard. Les plus anciens connaissent bien cela, et particulièrement à Uzès, pays d’élevage des vers à soie, des magnaneries et des filatures, et où les habitants sont appelés « débassaïres », « faiseurs de bas », surnom justifié par le nombre des filatures présentes sur la ville ! On imagine combien les gelées tardives étaient dramatiques pour les « éleveurs de ver à soie » quand la feuille des mûriers, toute jeune et frêle subissait les assauts du gel. (Il faut remarquer au passage, que dans le vocabulaire local, on parle plus souvent de « la » feuille et non des feuilles…)

Le 25 avril c’est la Saint Marc : s’il pleut le jour de la saint Marc, les guignes couvriront le parc ; ou encore : A la saint Marc s’il tombe de l’eau, il n’y aura pas de fruits à couteau. C’est à dire de fruits dont on enlève la peau avec un couteau pour les manger… « Marquet (Marc), Georget (Georges), et Philippet (Philippe), sont trois casseurs de Gobelets ». Saint Philippe était autrefois fêté le 1er mai. Pourquoi casseurs de gobelets ? Parce que le froid ou la grêle ces jours–là est néfaste pour la vigne, donc au vin, donc aux pichets et aux gobelets. On dit encore :« Trois saints dont faut se méfier… » Saint Robert le 29 avril : « Gelée de saint Georges, saint Marc, saint Robert, récolte à l’envers. » On dit aussi : « La pluie de saint Robert, du bon vin emplira ton verre. » Selon les régions, les lieux ou les années, l’eau est attendue, comme cette année, et ce vieux dicton démontre que la période que nous vivons s’est déjà produite. Si donc il pleut ce jour-là, tout ne sera pas négatif…Par contre s’il pleut ensuite pour les saints suivants ce sera différent. Le 30 avril pour Saint Eutrope (ou Tropet) : « saint Eutrope mouillé, Cerises estropiées. »

Du 23 avril au 6 mai, ces saints sont aussi appelés « les saints cavaliers » ou « les saints chevaliers » ou encore, selon Rabelais : « les saints gresleurs et gasteurs de bourgeons ».

Les Saints de Glace ne seraient, selon certaines interprétations, que les suivants, dont la liste se déroule jusqu’au 11 mai, soit pour les derniers jours de la lune rousse, et en particulier, ceux dont on parle le plus : « Mamert, Servais et Pancrace, voilà les trois saints de glace. »

Il faut encore dire, pour être le plus complet possible sur ce sujet, que c’est pendant cette période de Lune Rousse que ce situent les Rogations. On appelle ainsi ces prières et processions qui avaient comme objectif de demander à Dieu de bénir la terre et ses fruits, instaurées par Mamert, Évêque de Vienne (420-477), à la suite d’une période de misère dans le Dauphiné, période sans doute consécutive à un gel tel celui d’une Lune Rousse et tel que cela s’est produit plusieurs fois comme en 1897 puis en 2003. On appelle aussi ces processions « litanies mineures », les « litanies majeures » ayant lieu elles, pour la Saint Marc et pour des raisons semblables.

En 1897, entre le 11 et le 13 mai, il avait gelé, et les dégâts avaient été d’autant plus importants que l’hiver avait été bénin, et que la végétation était bien avancée ! Le Cher avait été dévasté. Les vignes avaient gelé, ainsi que les pommes de terre, les haricots et les fraisiers. A Angers, la gelée avait ravagé les cultures au sud de la Loire mais épargné celles qui se situaient au Nord du fleuve ! Dans notre région du Gard les feuilles de mûriers avaient gelé et avaient fait défaut pour nourrir les vers à soie…On conserve dans les familles de nombreuses lettres qui parlent de cela. Ce fut une catastrophe, car il faut non seulement des feuilles de mûriers pour nourrir les vers à soie mais aussi de la chaleur !

Il était donc naturel de célébrer Mamert en ces périodes de risques pour les cultures. « Méfiez-vous de saint Mamert, De saint Pancrace et de saint Servais, car ils amènent un temps frais, Et vous auriez regret amer. »

Rien de bien nouveau quand on voit ici ou là comme à Perpignan récemment, l’Église Catholique, organiser des processions et des prières pour invoquer tel ou tel saint local et appeler la venue de la pluie.

Pour poursuivre sur le sujet Lune Rousse et Saint de Glace ; il faut noter que les Rogations avaient lieu les trois jours avant la fête de l’Ascension, qui est cette année le 18 mai, donc encore dans cette trop fameuse lunaison.

On trouve en effet encore d’autres Saints de Glace après ces dates car la lunaison peut être totalement décalée par rapport à notre calendrier qui est sur une base solaire avec des mois plus long que les mois lunaires.

C’est pourquoi il faut encore ajouter à la liste, le 14 mai, Saint Boniface : « au jour de la saint Boniface, toute boue s’efface. » Puis la sainte Denise le 15 mai : « A la sainte Denise, le froid n’en fait plus à sa guise. »

Et pour l’Ascension, le 18 mai cette année : « A l’Ascension, dernier frisson. »

C’est alors vraiment qu’on pourra affirmer, après le dicton qui nous incite à la prudence vestimentaire en avril : « En mai fait ce qu’il te plait, en provençal : oou mes de maï faï ce que ti plaï ». On dit aussi : « qui s’alaoujo avant lou mes de maï, segur nuon soou ce que faï ! » En réalité, tout ceci c’est parce que la lunaison dite « lune rousse » se terminera le 19 mai. Nous ne serons vraiment tranquilles qu’après le 25 mai, car : « le vigneron n’est pas assuré que la saint Urbain ne soit passée... » 

 

A Diou sias !   

 

Jean Mignot

en la veille de la Lune Rousse de 2023.                                                                                                                  

 

 

 

mardi 4 avril 2023

Histoires de cloches

 

Histoires de cloches

Les cloches vont carillonner ce jeudi 6 avril, Jeudi Saint, aux clochers de nos églises, puis se taire par signe de deuil, célébrant la mort du Christ en croix puis sa résurrection au matin de Pâques dans la clarté du Printemps et du soleil levant. Signe d’Espoir et d’une vie nouvelle. Non elles ne sont pas parties à Rome et ce ne sont pas elles qui vont nous ramener les œufs de Pâques que nos enfants vont aller chercher dans les jardins, n’en déplaise à certaines traditions dont on a oublié les fondements. Cette tradition des « œufs de Pâques » est étroitement liée au Carême, période pendant laquelle - régime végan avant l’heure - on ne consommait pas d’œufs. D’où l’utilisation importante des desserts à base d’œufs juste avant cette période le mardi-gras, puis les œufs de Pâques, après le jeûne, notamment le « lundi de l’omelette », « lundi de Pâques ».

Voici un extrait du texte d’Eric Sutter sur cette histoire des cloches au moment de Pâques. « Au VIIIe siècle, dit Arnold Van Gennep dans son ouvrage de référence « Le Folklore français », on cesse de sonner les cloches (ainsi que les clochettes d'autel), afin de commémorer dans le recueillement cet événement fondateur de la religion chrétienne, la mort et la résurrection de Jésus. (La règle demeure imprécise dans les coutumes monastiques du IXe siècle. C'est à la fin de ce siècle que le codex rédigé au Mont Cassin fixe l'interruption, avec remplacement des cloches de métal par des instruments de bois, des complies du Mercredi Saint à la messe tardive du Samedi Saint. Le début de l'interruption varia selon les régions chrétiennes et selon les monastères. L'uniformité de la coutume ne commença de s'établir que vers la fin du XIIe siècle. (D’autres sources indiquent l'interdiction de sonner les cloches date seulement du Concile de Trente, en 1542)

L'apôtre Mathieu écrit qu'au moment où Jésus mourut, il se produisit des phénomènes terrifiants. C'est pour rappeler cet événement que le son des cloches a été remplacé, pendant de nombreuses années, par le bruit des « instruments des ténèbres » (claquoirs, crécelles, martelets...). Aux offices, dès le Jeudi Saint, la crécelle ou le claquoir remplace la sonnette d'autel. Pour annoncer les différents moments de la journée, l'angélus, les offices religieux, les crécelleurs (le plus souvent les enfants de chœur) passent dans toutes les rues du village en faisant tourner leurs crécelles et crient : « C'est l'angélus... » ; chaque appel est ponctué d’un tour de crécelle. Quand les cloches reprenaient du service lors de la nuit pascale, les crécelleurs cessaient le leur ! Ils faisaient ensuite le tour du village, allant de porte en porte pour quêter œufs, frais ou en sucre, ou des pièces de monnaie.

Pour être certain que la règle d'interruption de sonner les cloches soit respectée, il était courant que le curé demande au sonneur de relever les cordes dans le clocher ! »

Dans mon village cévenol, on envoyait les enfants de chœur aux sorties du village en direction des hameaux dispersés dans la vallée pour qu’ils actionnent ces crécelles annonçant les heures des cérémonies. C’était toujours pour les enfants un grand sujet d’amusement ! On se disputait pour savoir qui sonnerait les clochettes, puis pour savoir qui serait désigné pour actionner la planchette de bois, la crécelle ou le claquoir pendant le reste de la cérémonie du Jeudi-Saint après le Gloria de la messe et le silence imposé aux cloches.

« Selon Van Gennep, les succédanés en bois des cloches employées en France pendant la période de Ténèbres peuvent se répartir en sept types :

le martelet : planchette munie d'un manche sur laquelle vient frapper alternativement d'un côté et de l'autre un petit maillet ;

la crécelle : roue dentée montée sur un manche et sur laquelle vient frapper une lamelle en bois flexible ; c'est un moulinet de caractère rotatif ;

le batelet : combinaison des deux précédents, dit aussi écalette ;

le claquoir : planchette sur laquelle est fixée une poignée qui frappe alternativement à droite et à gauche, grâce à un léger mouvement de la main ;

le livre : formé de deux planchettes reliées au sommet et qu'on fait frapper l'une contre l'autre ( j’en possède un à la maison ! ) ; c'est le principe des castagnettes ;

la matraca : planchette munie d'un manche contre laquelle viennent frapper deux autres planchettes sur charnière (usitée surtout en Espagne) ;

un instrument constitué par de nombreuses planchettes trouées maintenues par une ficelle ou un fil de fer...

A noter que certains types de crécelles fixes peuvent mesurer plusieurs mètres de long ! Van Gennep consacre de nombreuses pages de son ouvrage à l'usage de ces instruments dans les différentes régions françaises. Nous n'entrerons pas dans le détail ici.

« La coutume de faire sonner les cloches à Pâques est ancienne et liée au souhait très humain de faire du bruit, lorsque c'est la fête, particulièrement la fête du printemps. La sonnerie des cloches annonce « l'accouchement printanier » de la nature. (Dans la Rome classique, la superstition voulait qu'on fasse tinter une cloche près d'une femme en train d'accoucher pour écarter les mauvais esprits et favoriser une naissance faste.)

L'Eglise « récupère » les fêtes de printemps païennes, comme les autres fêtes, pour marquer le rythme liturgique. Ce n'est que dans la nuit du samedi au dimanche de Pâques que les cloches carillonnent pour annoncer la joie de la résurrection du Christ. La cloche est un des symboles forts de cette fête chrétienne.

Pâques marque aussi la fin du Carême. Autrefois, les œufs étaient engrangés pendant cette période et souvent conservés dans l'eau de chaux ou d'autres manières. On les ressort pour les festivités.

C'est ainsi qu'est née la légende. »

« Pour expliquer l'absence de sonnerie pendant cette période, on a dit longtemps aux enfants que les cloches partaient à Rome. Mais pour des raisons aussi diverses que nos régions : pour aller chercher leurs œufs bien sûr, mais aussi pour déjeuner avec le Pape dit-on en Lorraine mosellane, pour se faire bénir affirment les habitants de la Bresse, pour se confesser assure-t-on dans l'Isère, ou même pour aller y manger de la tomme (fromage) trouve-t-on dans certains contes... Pour le voyage, les cloches se munissent d'une paire d'ailes, de rubans ou (parfois) sont transportées sur un char.

Des superstitions restées vivaces dans les campagnes avant le VIIe siècle, poussent les agriculteurs à voir dans le ciel des cloches « brillantes et rougeoyantes ». De nombreux paysans affirment en avoir vu filer au-dessus de leurs champs en faisant entendre un bourdonnement. En 587, Grégoire de Tours notait :  « Nous vîmes pendant deux nuits de suite, au milieu du ciel, une espèce de nuage fort lumineux qui avait la forme d'un capuchon. »

On a dit longtemps aux enfants qu'elles revenaient chargées de friandises et, en battant à toute volée, qu'elles les déversaient dans les jardins et les prés, sur les balcons des appartements. Le folklore varie selon les régions. Une promenade des enfants est organisée hors du village pour guetter leur passage et la chute des œufs. Mais leur vol est si rapide que personne ne les aperçoit. D'ailleurs, elles ne se montrent qu'aux enfants qui ont été très sages. Combien d'enfants regardèrent dans le ciel et ne virent jamais ces fameuses cloches de Rome ! Une mystérieuse chasse aux trésors s'organise néanmoins au petit matin de Pâques et fait la joie des petits et des grands.

Si dans tous les pays de culture chrétienne on trouve la tradition des œufs de Pâques, ils ne sont pas apportés aux enfants de la même manière... Le rôle de la cloche dans le transport des œufs se rencontre essentiellement en France ou en Italie. Au Tyrol, il s'agit d'une poule ; en Suisse, d'un coucou et dans les pays anglo-saxons un lièvre. Le lièvre — ou le lapin — symbolise l'abondance, la prolifération et le renouveau. C'est en Allemagne et en Alsace, vers le XVe siècle, qu'on associa pour la première fois le lapin (blanc) de Pâques avec les œufs de Pâques pour célébrer le printemps. »

Cette légende est une source d'inspiration pour les illustrateurs ou dessinateurs.

L'illustration ancienne la plus connue évoquant le voyage des cloches est probablement la gravure de Grandville (1803-1847) intitulée Le Voyage des cloches à Rome. Cet illustrateur, né à Nancy, de son vrai nom Jean Gérard, monta à Paris à l'âge de 23 ans. Il se rendit célèbre peu de temps après avec ses caricatures d'hommes à têtes d'animaux. Entre 1835 et 1847, il fournira des centaines de dessins aux éditeurs.

Une autre illustration connue est celle qui a fait la couverture du supplément illustré hebdomadaire au quotidien Le Petit Journal du dimanche 2 avril 1899, n°437, et qui représente deux anges ailés transportant une cloche dans le ciel, avec au lointain un village et la silhouette de la basilique Saint-Pierre de Rome (légende : « Pâques. Le retour des cloches ») ; dessin signé du célèbre illustrateur et graveur parisien Fortuné Méaulle (1844-1901).

Quelques cartes postales du début du XXe s. évoquent également ce voyage à Rome dans les airs, avec la représentation de cloches généralement ailées (figures de H. Manuel, notamment). Les cartes illustrées modernes se limitent à associer des cloches très stylisées à des œufs colorés. Globalement, sur l'ensemble des cartes postales ou cartes illustrées éditées à l'occasion des fêtes de Pâques depuis un siècle, les cloches sont beaucoup moins fréquemment représentées que les œufs.

On retrouve le thème graphique de la cloche, avec celui des œufs, sur les emballages des confiseries vendues au moment de Pâques.

A Rome, envolez-vous, divines messagères,

Au Saint-Père affirmez notre constante foi

L'Homme méchant, en vain, sous une injuste loi

Veut incliner nos fronts, proscrire nos prières.

 O cloches, au retour, ramenez l'espérance

Aux fidèles chrétiens vaillants dans la souffrance

                                                                              (Anonyme, sur une image pieuse éditée vers 1900)

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Il n’y a pas de cloches que pour Pâques même si ce dimanche 9 avril on va encore entendre les cloches à grande volée. Bonne occasion de dire quelque chose sur les sonneries des cloches dont on a oublié le côté pratique. Leur sonnerie n’est en effet pas limitée aux seules cérémonies religieuses. De tous temps les sonneries des cloches ont rythmé notre vie et rythment encore de grands moments de notre existence.

Il y a tant à dire sur les cloches et sur leurs différentes sonneries qui rythment les vies de nos villes et de nos campagnes ! (au moins 61 800 références quand on fournit les mots clés « Cloche, Pâques, Rome » au moteur de recherche Google !)

Si vous avez du temps lisez sur internet l’excellent article d’Eric Sutter, Président de la Fédération des Fondeurs de cloches publié en 2006 : « Code et langage des sonneries de cloches en occident » sur http://campanologie.free.fr/

Comme aux heures sombres de notre histoire, à la déclaration de guerre en août 1914, les cloches de nos églises ont sonné pour commémorer ce moment en sonnant à nouveau en août 2014.

(Ecoutez le tocsin puis le plenum le 1er Aôut 2014 à la Cathédrale Saint Pierre de Montpellier : https://www.youtube.com/watch?v=A-8sV9DnECg)

A la Libération en août 1944 les cloches de toutes les églises ont sonné.

Après les attentats de 2016, les cloches de toutes nos églises de France ont sonné.

En avril 2019 elles ont sonné en  signe de soutien au terrible drame qui a frappé la Cathédrale Notre Dame de Paris. (cloches de la Cathédrale  d’Uzès  https://www.youtube.com/watch?v=3lB81hsYmCg

Le 25 mars en 2021 elles ont sonné pour signifier au peuple de France que ce que nous vivons avec la pandémie était un évènement particulièrement grave.

Appel à la prière, appel à la méditation, appel au recueillement.

Nos cloches continueront de sonner, pour annoncer les cérémonies religieuses ou pour un évènement particulièrement grave qui marque notre quotidien ou les grands moments de notre histoire.  

Bien plus qu’un appel à une cérémonie religieuse, les cloches continuent de sonner aux beffrois de nos villes du Nord, à nos campaniles du Midi, ou à nos tours de l’Horloge, pour rythmer le temps qui passe !

Sans parler du tocsin et du couvre-feu, désormais revenu d’actualité et annoncé par les sirènes.

Au cours des siècles ces sonneries de cloches ont pris de telles dimensions qu’elles sont souvent à l’origine du nom d’une cloche ou d’une sonnerie.

Sonnerie de l’Angélus bien sûr qui rythme la vie des paysans dans nos campagnes, mais aussi sonnerie horaire, sonnerie du « couvre-feu » appelée parfois « Salve », « tocsin », sonnerie pour l’abandon d'un enfant.

« Glas » (annonce d'un décès) sur une façon de sonner qui permet de savoir si on enterre un homme ou une femme.

En dehors de nos églises il y a bien d’autres sonneries de cloches : « Cloche de la Bourse » et du palais Brogniard, « cloche du Marché », ou cloche des Halles à Paris, « La poissarde » à Beauvais ; « Messglocke » à Colmar ; ; « cloche du Tribunal » ; cloche du président de séance d’une assemblée ; cloche des marins, « cloche de quart », « cloche de brume ».

« Zenergloke » à Strasbourg ou « cloche des Juifs » ;  « Bürgerglocke » à Neuwiller lès Saverne ;

« Noguette » à Saint Malo et à Dinan ; « S’Lumpaglocke » à Ribeauvillé et aussi « Ratsglocke » et « Brennglocke ;« la Cloc'h An Comun » à Quimper.

« Cloche des écoles » annonçant la récréation ; « Cloche des usines » annonçant l’heure de prise ou de fin du travail.  

Carillon de nos beffrois du Nord ; sonnerie du « Ratire-coquin » à Saint Lô. « Nadalet » des carillons du Midi ;  « aubette » ; « cloche des sacristies » et « cloche de Chœur » de nos églises ; et tant d’autres !

Cloche de ND de Bonheur sur l’Aigoual qui avait la vocation de permettre aux voyageurs perdus dans le brouillard de retrouver son chemin.

Et quand la nature reprend le dessus ! Quand l’orage détruit les installations électriques et quand l’eau des torrents gardois détruits les systèmes d’alerte d’inondation, on fait quoi ? Mr le Maire d’Aramon en septembre 2002, l’électricité ne permettant de faire fonctionner les systèmes d’alarme, n’a eu comme seule ressource que de demander au père Curé d’aller sonner le tocsin à l’église. Mais on fait comment sans électricité ? et sans corde ? pour sonner une cloche… et qui sait comment sonner le tocsin ? (sonnerie à coups pressés et redoublés au rythme de 90 à 120 coups par minute à l’aide du battant tiré par une corde ou d’un martelet)

Autant d’évocations qui pourraient faire l’objet d’une chronique encore plus détaillée notamment pour répondre à tous ceux qui s’insurgent contre le chant matinal des coqs et  sur les sonneries des cloches ! sans d’ailleurs se poser la question des sonneries intempestives à tous moments de la journée de nos téléphones portables !

Vous comprendrez donc aisément que je préfère pour conclure cet article, citer ce si beau chant de l’Angélus de la mer, plutôt que « Maudit sois-tu carillonneur » !

 Voici l’heure où là-bas le vieux clocher s’éveille

Et chante au matin clair !....

Entendez-vous ? Dans la brise qui jase

Tinte l'écho des cloches du pays,

Les flots joyeux que la lumière embrase

Ondulent plus blonds que les blonds épis...

Au loin c’est l’Angélus.. !

 Chanson « L’angelus de la mer » d’ André Baugé, interprétée notamment par Armand Mestral

Bonnes Pâques. Rendez vous pour la chasse aux œufs. Gardez-vous bien en bonne santé ! Soyez à Dieu ! Addissias !

Jean Mignot le 4 avril 2023

 


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vendredi 31 mars 2023

d'avril 2023 et de son poisson

 

Du poisson d’avril

Notre « poisson d’avril » doit-il son origine à une pandémie ? En 1564 Catherine de Médicis fait entreprendre au jeune Charles IX (1550-1574) un grand Tour de France de près de 4000 km, beaucoup plus que le Tour de France actuel dont on se demande ce qu’il a de tour de France ! L’objectif est de restaurer l'autorité royale et forger l’unité du royaume et de renforcer les liens de fidélité à l’égard de la monarchie, en montrant le petit roi de 14 ans et les petits princes (le prince Henri (13 ans) duc d'Orléans futur roi de Pologne puis Henri III, le prince François de France (9 ans), futur duc d'Anjou et la princesse Marguerite (11ans) la fameuse Reine Margot épouse d’Henri IV). Le pays sort de la première guerre de religion et on veut tenter de réconcilier les protestants et les catholiques et faire appliquer les édits de paix. Au passage on veut tenter de réconcilier les maisons de Guise et de Montmorency. On tentera de rencontrer les souverains des pays voisins à qui appartiennent des régions devenues bien plus tard françaises, la Lorraine, la Savoie, le comté de Nice, le Roussillon et les Flandres entre-autres. Souvenons-nous que ni la Michelade à Nîmes (1567) ni la Saint Barthélémy (1572) n'ont eu lieu.

Comme on dirait aujourd’hui Catherine ne lésine pas sur les moyens ! La Cour forte d’environ 15000 personnes prend la route en deux cortèges séparés, celui du Roi et celui de la Reine Mère. On est en janvier 1564. Il y a escorte militaire, personnel du gouvernement, domestiques portant les meubles (tapisseries et coffres…), des princes et des ambassadeurs mais aussi des artisans. À chaque étape, il y avait une véritable course au logement. Dans les grandes villes, le roi dort à l'hôtel du plus riche bourgeois (celui-ci devant se loger ailleurs), mais il lui est arrivé plusieurs fois de dormir dans des auberges. Se loger était en effet un véritable problème, car le voyage comprenait plusieurs milliers de personnes. Les grands seigneurs de la cour avaient chacun leurs agents. Je vous épargnerai le récit de cette grande balade et je n’évoquerai que quelques étapes. Elles sont pour le Roi et ses ministres, une occasion de voir vivre le pays et de faire des constats pour en tirer des leçons et décisions. Il y en a qui ont tenté de faire pareil il n’y a pas si longtemps que ça et on attend toujours les leçons qu ils en ont tiré et la concrétisation des promesses !

Le cortège royal parti le 24 janvier de Fontainebleau arrive à Lyon le 9 juin. Mais le séjour est interrompu par une épidémie de peste. Notons au passage que c’est une autre épidémie plus violente que celle-ci, en 1628, qui sera à l’origine de la Fête des Lumières à Lyon le 8 décembre chaque année. Cette peste de 1564 arrive de l’Italie. La Cour doit chercher refuge hors de Lyon. Le Roi et ses ministres sont accueillis 50 km plus bas à Roussillon, dans le beau château renaissance d’inspiration italienne, construit pour le Cardinal François de Tournon (1489 -1562), fameux diplomate et ministre au service de François Ier (Ne pas confondre Roussillon en Dauphiné avec le petit village de Château-Roussillon près de Perpignan !) Pendant 29 jours, du 17 juillet au 15 août, au milieu des fêtes et réjouissances, on s’occupe. Catherine de Médicis et ses conseillers, notamment Michel de l’Hospital et Sébastien de l’Aubespine reformulent des articles de l’édit de Saint Germain, édit que le Parlement de Paris avait refusé d’enregistrer. Les édits tentaient de jeter les bases d’une administration moderne, mais tous limitaient le pouvoir des notables, des parlements et de l’église au bénéfice du Roi et de la centralisation. Il ne faut pas oublier que le pays venait de vivre la première guerre de religion. C’est dans ce contexte, et de façon tout à fait accessoire, alors que tous les articles de l’édit concernent la justice et la police du Royaume, qu’on ajoute un article 39 qui établit que désormais l’année commencerait le 1er janvier.

On avait en effet constaté au cours des étapes déjà accomplies, de grandes disparités sur la date de début de l’année. Le diocèse de Lyon faisait débuter l’année à Noël, ainsi qu’en Poitou et en Normandie, mais à Vienne, tout à côté, l’année commençait le 25 mars pour la fête chrétienne de l’Annonciation. Dans d’autres endroits le début de l’an était le 1er mars comme chez les Romains ; ailleurs c’était à Pâques, avec toutes les conséquences sur les fêtes mobiles comme encore aujourd’hui.

Jusque-là, pour être le plus clair possible dans la rédaction des actes d’état-civil, il fallait donner plusieurs références comme par exemple cet extrait de la généalogie des rois de France de Bouchet en 1506 : « Charles VII alla à trépas au chasteau d’Amboise le (samedi) 7 avril 1497 avant Pâques ( le 15 avril cette année-là), à compter l’année à la feste de Pasques ainsi qu’on le fait à Paris, et en 1498 à commencer à l’Annonciation de Nostre Dame ainsi qu’on le fait en Aquitaine » Vrai casse-tête pour les historiens ! On est encore sous le calendrier « Julien ». La réforme du calendrier dite grégorienne n’interviendra que en 1582 sous le règne d’Henri III. 1564 est une année bissextile. Pâques est célébrée le 2 avril cette année-là.

C’est dans la logique de cet édit de Saint Germain qu’il fallait encore faire valider par le Parlement, qu’on ajoute ce dernier article qui est probablement à l’origine du Poisson d’Avril. : « Voulons et ordonnons qu’en tous actes, registres, instruments, contrats, ordonnances, édicts, tant patentes que missives, et toute escripture privé, l’année commence doresénavant et soit comptée du premier jour de ce mois de janvier. Donné à Roussillon, le neufiesme jour d’aoust, l’an de grâce mil cinq cens soixante-quatre. Et de notre règne le quatrième. Ansi signé : » le Roy en son Conseil » Sébastin de l’Aubespine. »

On ne peut pas vraiment dire, vu son âge, que c’est à Charles IX qu’on doit cette décision. Il serait plus juste de dire que c’est une décision prise «  sous le règne de Charles IX ». De même il est faux de dire que cette décision est intervenue le 1er avril 1564 et que donc cette année-là fut plus courte. En règle de droit, les décisions sont rarement rétroactives. L’édit a été signé le 9 août 1564. Je tiens à préciser cela car il y quantité d’articles sur internet venant de sources pourtant sérieuses, qui véhiculent cette erreur.

Je fais remarquer au passage le rôle du Parlement. Les parlements étaient investis du pouvoir de contrôle de légalité, c'est-à-dire du contrôle de la compatibilité des ordonnances, édits et déclarations du roi avec les lois, coutumes, et autres règlements existants. Si le Parlement refusait le roi pouvait passer outre comme le fera Louis XIV et d’autres ! Le roi pouvait non pas révoquer le parlement mais exiler les parlementaires en les renvoyant dans leurs foyers ou en les faisant emprisonner. Pratiques anciennes dont le 49-3 est un lointain héritage !

L’édit de Roussillon fut enregistré dès cette année 1564 par le Parlement de Paris, mais fut appliqué petit à petit avec plus ou moins de bonheur et beaucoup de réticences. Dès qu’il faut changer les habitudes on sait bien, nous les Français, combien c’est difficile d’évoluer ! La décision est appliquée à Paris en 1567, à Beauvais en 1580. Cela nous amène bien vite à la grande réforme grégorienne de 1582. On ne peut donc pas dire que le premier « poisson d’avril » date de 1564 !

Pour donner une explication facile, on se plait à raconter que le 1er avril 1565, c'est-à-dire celui qui suivait la décision de Roussillon, est donc théoriquement celui de la première application de cette décision.

Les habitants de certaines régions, en souvenir de cette date, continuèrent d’offrir des cadeaux farfelus de toutes sortes qui devinrent vite des farces, des blagues et des canulars. Ce serait là le « Poisson d’avril ».

Selon les corps de métiers, on demandait aux apprentis les moins dégourdis, de ramener « la corde à lier le vent », « la passoire sans trou », « la clef des champs », « le bâton à un seul bout » ou de « l’huile de coude ». Voici donc une hypothèse sur l’origine du poisson d’avril. On en trouve d’autres qui n’ont pas plus de fondement que celle-ci.

En Angleterre, le poisson d’avril se dit « april’s fool ». C’est l’occasion de faire de nombreux gags. En Ecosse, c’est le traditionnel « hunt the gowk ». Gowk c’est le coucou. On envoyait l’idiot du village porter un message ; celui qui le recevait envoyait le messager à une autre personne, et ainsi de suite jusqu’à ce que le messager finisse par ouvrir le message et lise ces mots « chasse le coucou un mile de plus ! ». Quand il revenait le soir, éreinté d’avoir couru pour rien toute la journée, les farceurs ayant organisé ce tour pendable, se réunissaient pour rire à ses dépens. La personne dupée était appelée « April gowk » « coucou d’avril ». Et pourquoi le coucou. Parce qu’un vieux dicton dit « Ce n’est jamais avril si le coucou ne l’a pas dit ! »

Les Ecossais avaient ainsi beaucoup de plaisir à envoyer des personnes faire des courses idiotes, comme d’aller chercher des dents de poule ou du lait de pigeon ! Le 2 avril chez eux se nomme « Taily day ». Il s’agit de réussir à donner un cadeau à une personne de son choix tout en essayant de lui coller dans le dos un petit panneau où il est écrit « Donnez un coup de pied aux fesses ».

En Belgique les enfants (et même les plus grands !) attachent un poisson en papier dans le dos de leurs camarades, de leurs parents, de leurs professeurs.

En Allemagne, on dit « April april » ou « Aprilscherz » et ce, au moment de faire sa blague ou juste après pour faire comprendre que c’est juste une blague !

Nous pourrions poursuivre notre promenade ! Poursuivons là avec la Cour jusqu’en Occitanie. Charles IX pénètre en Languedoc en traversant le Rhône le 11 décembre 1564 à la hauteur de Tarascon et Beaucaire. Après la traversée du Rhône en bateau, le roi dîne à Beaucaire puis prend la route du Pont du Gard en se dirigeant à Sernhac pour dormir la nuit du 11 au 12 décembre. Il arrive à Nîmes (12 au 14 décembre 1564). Avant d'arriver à Nîmes dans la soirée du 12 décembre, le roi fait un détour par le château de Saint-Privat pour dîner et pour admirer le Pont du Gard. Le seigneur de Crussol offre au roi une collation, des confitures et des nymphes qui sortent de dessous un grand rocher. Le lendemain, le roi reste toute la journée à Nîmes.

Ensuite c’est Vauvert les 14 et 15 décembre. Le Roi y dîne et y dort. Puis Aigues-Mortes les 15-16 décembre 1564) : le roi dîne et dort dans cette ville forte au milieu des marécages de mer. La Cour reste ainsi dans cette province jusqu’au 21 mars 1565, soit 100 jours ( plus de trois mois). Ce Tour de France exceptionnel se termine seulement le 1er mai 1566.

Quant à la peste de 1564 elle fait de nombreuses victimes à Lyon, Vienne, Chantemerle, Mercurol et autres lieux voisins pendant que les autorités prescrivent une grande surveillance aux portes des villes où les citoyens sont de garde à tour de rôle.Pour les contrevenants les amendes sont fixées à vingt sols.

La papauté généralisa la décision de commencer l’année le 1er janvier pour l’ensemble des pays catholiques en 1622.

La fête Pâques le 9 avril cette année devrait être aux tisons puisqu’il a fait très doux pour Noël 2022. « Noël au balcon, Pâques aux tisons. » Le temps de ce début avril s’annonce être assez frais le matin et printanier en journée si j’en déduit ce que je vois du cycle de la lune. Et les différents services de météorologie les annoncent ainsi.

C’est donc un mois d’avril fidèle aux traditions de son fameux dicton qui s’annonce. «  En avril ne te découvre pas d’un fil. » D’autant plus que nous avons encore à subir la Lune Rousse du avec son cortège de Saints de Glace. Je rappelle pour resituer cette lunaison à sa juste place, que « la Lune Rousse, et la lunaison qui commence après Pâques et dont la Pleine Lune a lieu fin avril ou début mai. » Ce sera donc entre le 20 avril et le 19 mai. Précisément la période où on retrouve ces fameux saint tant redoutés en agriculture.

Addissias.

Jean Mignot le 31 mars 2023



dimanche 5 mars 2023

du mois de mars 2023

Du mois de Mars 2023

 

Cette chronique arrive-t-elle « comme mars en carême » c’est-à-dire comme prévu et de façon opportune ou « mal à propos » comme le veut une autre interprétation de cette expression ?  

Les deux sens sont admis et je vous laisse choisir laquelle des interprétations vous convient le mieux.

Déjà utilisée en 1610, l'expression puise ses origines à la fois dans le calendrier et dans la religion. La période du Carême tombant au mois de mars, l'expression désigne le fait d'arriver à propos, comme prévu ou de façon opportune.

Mais cette interprétation fut bientôt reprise par une autre expression française à savoir « arriver comme marée en carême » faisant allusion à l’arrivée du poisson frais bienvenu en cette période dabstinence de viande.

L’académie française à l’origine de cette distinction dans le but de restaurer la clarté française a semé la confusion dans l’esprit des gens si bien que les deux expressions françaises furent utilisées dans le même sens et « arriver comme mars en carême » prit le sens « d’arriver mal à propos » avec une connotation de « carême » comme événement dont on se passerait volontiers et qui ne semble pas bienvenu.

On trouve dans un recueil espagnol, publié en 1553, la trace de ce proverbe : « No puede mas faltar que Marzo de quaresma » ce qui veut dire : « Cela ne peut manquer non plus que mars en Carême. »

Du Carême et de ses 40 jours de jeune on a dit déjà beaucoup de choses. Le mot vient du latin populaire quaresĭma, altération de quadragesima (sous-entendu dies) « quarantième jour », le Carême se situant quarante jours avant Pâques.

C’est un temps d’abstinence et de jeûne qui comprend quarante jours entre le mardi-gras et le jour de Pâques, les dimanches n’entrant pas dans le calcul. Quelques expressions populaires : « faire carême », ou « faire le carême » ou encore « observer le carême » se réfèrent à l‘évidence au fait de s’abstenir de manger de la viande à certains jours prescrits pendant le temps du carême. Et « rompre le carême », « rompre carême » c’est cesser d’observer l’abstinence de carême et manger des viandes défendues. Plus curieuse est l’expression « amoureux de carême » pour désigner un amoureux timide ne touchant pas à la personne chère à son cœur. « Elle jeûna tout un carême, et resta sans commettre le moindre péché » ; écrit Honoré de Balzac dans Modeste Mignon en 1844

Abstinence aidant on dit de quelqu’un qu’il est « pâle comme une vessie de crème » ou qu’il a une « face de carême » quand il a le visage blème et par extension quand il est triste ou fait la gueule ! que l’on soit en temps de Carême ou non !

Sous l’Ancien régime, le jeune était d’autant plus observé que l’autorité tenait à ce que chacun jeûnât suivant l’ordonnance de l’Église. Dès que sonnait minuit, le mardi-gras, les boucheries et les triperies fermaient officiellement leurs grilles pour ne les rouvrir que la veille de Pâques.

Quarante jours sans manger de viande !... À l’époque de Louis XIV, il en était encore ainsi, et Mercier, qui écrivait son Tableau de Paris, vers 1780, se rappelait avoir vu, postés dans les rues, des agents du gouvernement, chargés de vérifier le panier des ménagères et de confisquer — à moins qu’on présente une « dispense » -tous les aliments gras qui s’y pouvaient trouver

Pour porter à un malade une bouteille de bouillon, on dissimulait le séditieux flacon dans une boîte à perruque. Il arriva même que les archers saisirent le dîner - potage et poulardes - que Son Altesse sérénissime, le prince de Condé, en temps prohibé, se faisait porter de son hôtel au jeu de paume de la rue Mazarine.

Au temps de Louis XVI, on note une évolution. Les boucheries étaient ouvertes pendant toute la durée du carême, et, quoiqu’elles fussent beaucoup moins achalandées qu’à l’ordinaire, il était loisible à chacun de manger à sa fantaisie, sans risquer l’amende ou la confiscation. Néanmoins, l’immense majorité des Parisiens se privait d’aliments gras et gardait sévèrement l’abstinence ; ce temps d’épreuve se terminait par l’hygiénique et dépurative foire au pain d’épice, suivie, dès que se levait l’aurore pascale, des ripailles de la foire aux jambons.

Peu à peu, la philosophie aidant, on se relâcha de ces mesures draconiennes ; « Prêtres idiots et cruels ! à qui ordonnez-vous le carême ? Est-ce aux riches ? ils se gardent bien de l'observer. Est-ce aux pauvres ? ils font carême toute l'année. Ecrit Voltaire, dans son Dictionnaire philosophique, en 1769.

La Révolution changea les choses, et le carême, tenu pour superstitieux, fut une des premières coutumes qu’elle abolit. N’était-il pas indigne que, sous le règne de la raison, un homme libre fût astreint, par un usage datant des siècles d’obscurantisme, à se priver de certains mets et à observer une réglementation qui n’avait pas sa raison d’être ? À quoi bon un carême ? demandaient les esprits forts. Comment l’homme peut-il imaginer se rendre agréable à l’Être suprême en se privant, à certains jours, d’aliments fortifiants. « Mangez à votre guise, bonnes gens : le hareng saur n’est pas plus agréable à Dieu que le gigot de mouton, et les moines, qui ont inventé ce burlesque mode de pénitence, ne sont plus là pour prêcher le jeûne et l’abstinence que, pour leur part, ils n’observaient guère. »

Cette théorie fut ironiquement développée par Chaumette, par Camille Desmoulins, par Fabre d’Églantine, par Barère, et par tous les démolisseurs du vieux monde qui, en même temps que le carême, supprimaient la Noël, Pâques, le dimanche, et, afin que toutes ces superstitions disparaissent, inventaient un nouveau calendrier, dont les bonnes gens, avec bien de la peine, essayaient de se fourrer dans la tête les noms barbares et complexes divisions.

Le dernier carême fut celui de 1793 : à partir de l’automne de cette année-là, on dut compter par décades, autrement dit par semaines de dix jours ; le nouveau calendrier ne prévoyait plus la fête pascale ; par conséquent, plus de quinquagésime ni de quadragésime ; donc, plus de jeûne. Oubliée, abolie, cette ridicule coutume, et l’on s’embarqua triomphalement dans l’année nouvelle qui, pour mieux dérouter les gens, avait commencé le 22 septembre, Pour le coup, c’était bien fini des antiques préjugés et le règne de la Raison était enfin venu.

Mais voilà que dès le commencement de ventôse, an II c’est-à-dire 1794 - époque qui concordait avec le ci-devant mois de février - on s’aperçut qu’une grande disette était proche, ne manquant pas d’attribuer la raison de cela au gouvernement qu’on accusait d’administrer le pays avec moins de prévoyance que l’ancien. La guerre civile et extérieure avait arrêté les approvisionnements. Le beurre manquait ; la volaille atteignait un prix exorbitant ; le dindon, qui jadis, coûtait quatre livres, en valait maintenant vingt-cinq. Les paysans, dont les grains avaient été réquisitionnés pour le service des armées, ne pouvaient plus nourrir leurs poules et leurs poulets : le sac de blé montait à 200 livres, et, aux portes même de Paris, on ne trouvait plus, dans les auberges, un morceau de pain. La viande, à Paris, manqua presque complètement.

Or on était précisément, à l’époque où, sous l’Ancien Régime, commençaient les jours de pieuse abstinence du Carême.

La Convention, qui avait absorbé tous les pouvoirs et assumé toutes les responsabilités, dut s’occuper de cette famine menaçante. Barère se chargea d’exposer la situation : il commença par rappeler « ce que les capucins appelaient ridiculement un carême ». Mais, n’oubliant pas le peuple qui hurlait la faim, il fit remarquer que ces carêmes de jadis avaient du bon : « La renaissance du printemps, dit-il, commande à l’homme, bien plus que les pratiques de la superstition, de changer ses aliments, de se rapprocher quelque temps des ressources que la végétation fournit à la santé publique. Mais ce n’est pas au législateur à imiter le prêtre ; ce n’est pas à la Convention nationale à faire ce que Moïse et le pape ont ordonné... » Et il conclut tout de même en ordonnant à tous les Français de jeûner... pour la liberté, plus sainte que toutes les institutions religieuses, et de « s’imposer une frugalité civique pour le maintien de leurs droits ! ».

Le boucher Legendre, l’un des plus fougueux patriotes de l’assemblée, surgit à la tribune, et entama l’éloge du carême, contre lequel, il avait quelques mois auparavant - en sa qualité de boucher - lancé bien des foudres ; il renchérit sur la proposition de Barère et proposa, tout rondement, de décréter un « Carême civique. » Il parlait en connaisseur :

« Dès que le premier coup fut porté aux prêtres, dit-il, on mangea de la viande pendant le carême. Eh bien, on mangea alors des bœufs qui ne devaient être bons qu’à Pâques... Décrétez le carême que je vous propose ; autrement il viendra malgré vous. L’époque n’est pas éloignée où vous n’aurez plus ni viande ni chandelle. Les bœufs que l’on tue aujourd’hui ne donnent pas assez de suif pour les éclairer à leur mort. La Normandie fournissait des bœufs depuis la saint Jean jusqu’à cette époque-ci : ses herbages sont épuisés. Ne vous bornez donc pas à une simple invitation, mais décrétez qu’il y aura, dans toute la République, un Carême civique ! »

Les mêmes législateurs, dont le désordre et l’incurie avaient amené la disette, proclament alors que le carême était une excellente chose, que rien n’est plus hygiénique et plus sain que de s’abstenir de viande au début du printemps, et de se nourrir de légumes Il fallait que les illusions du peuple français sur le régime parlementaire, alors à ses débuts, fussent bien profondes pour accepter cette décision.  

Si, en ce temps-là, « le ridicule avait tué », il est certain qu’aucun des conventionnels n’aurait survécu à ce revirement. Chacun serra la boucle de sa ceinture et accepta, sans mot dire, le « Carême civique ». Voilà comment, après avoir, durant tant de siècles, jeûné de leur plein gré, sous la tyrannie, les Français jeûnèrent encore, mais par ordre, cette fois, sous le règne de la liberté.

Ce faisant, l’instauration de ce « Carême civique » nous rapproche aussi du « baptême républicain », triste copie d’un rite chrétien !  Le peuple a besoin de rites, et nous voyons bien, à une époque où le religieux est en net recul que le peuple s’attache à reproduire des gestes d’ancien temps sans se poser de questions sur leurs origines religieuses. Par exemple pour les mariages en mairie !!

Je ne peux pas ne rien dire sur ce dimanche 5 mars, jour de la fête des grands-mères où toutes les mamies de France sont à l'honneur. Pourtant cette fois nous sommes sur une création purement commerciale, instaurée en 1987 par la marque de café Grand'Mère, qui avait pour unique but de promouvoir sa marque qui venait alors de fêter ses vingt ans. 

Malgré son origine purement commerciale, la fête des grands-mères a trouvé sa place dans les mœurs françaises. Elle est célébrée chaque année depuis 31 ans, le premier dimanche du mois de mars, mais reste une fête officieuse, qui n'est pas inscrite au calendrier officiel contrairement à la fête des mères ou la fête des pères. 

Si l'objectif premier de la marque Grand'Mère était de faire parler d'elle dans l'espoir d'augmenter ses ventes, ce sont désormais les fleuristes qui semblent profiter de cet événement annuel.

En France, on ne célèbre que les grands-mères le premier dimanche de mars, et non l'ensemble des grands-parents, contrairement à certains pays. Si bien que, pendant de nombreuses années, il n'y avait aucune fête en l'honneur des grands-pères français. 

Pour réparer cette injustice, une fête des grands-pères a été instaurée en 2008. Elle a été créée par Franck Izquierdo, un auteur et inventeur français, Médaille de bronze (Prix du Préfet de Police) lors du Concours Lépine 1991 pour l'invention d'une Brosse à dents jetable !  Cette nouvelle fête a désormais lieu le premier dimanche d’octobre.

Je vous ai souvent parlé des influences de la lune sur le temps. Les différents calendriers lunaires dans lesquels je puise souvent mes références, disent tous : « les changements de temps, s’ils doivent avoir lieu, se produisent au lunistice et plus particulièrement le troisième jour » et « les jours où la lune coupe l’équateur céleste, il y a presque toujours perturbation ». Le lunistice c’est la position extrême de la lune, soit la plus haute vers le Nord, soit la plus basse vers le Sud. Or si vous regardez où est la Pleine lune de ce 7 mars vous verrez qu’elle est très haut dans le ciel et elle va descendre doucement vers le sud. Nous serons donc en lune décroissante et en même temps descendante jusqu’au 19 jours du périgée, point le plus près de nous – nom masculin contrairement à ce qu’on pourrait penser. Or le 20 mars, c’est jour de l’équinoxe de printemps et la Nouvelle Lune le 21. Je relève que cette année les grandes marées seront bien des « marées de l’équinoxe » avec de forts coefficients de plus de 100 les 21, 22, 23 et 24. Cela n’augure rien de bon. D’ailleurs les prévisions météorologiques pour les jours qui viennent ne nous annoncent pas du beau temps. Le mois de mars est fidèle cette année à sa réputation et pourrait nous réserver des surprises en fin de mois pour les célèbres et redoutés « Vaquerieu » dont je vous ai déjà entretenu. « Ce que mars couve, on le sait après son trente et unième jour. » ou « Soit au commencement, soit à la fin, Mars nous montrera son venin. » Et pourtant c’est le printemps que nous attendons et qui arrive ! Mais cette année encore avec les longs et surprenants débats autour de la réforme des retraites, les vers de Théophile Gautier restent d’actualité, d’autant plus que la tournure non seulement des débats chez nos élus mais les manifestations annoncées dans la rue prennent un caractère vraiment pervers. C’est le Printemps des poètes et comme le dit la chanson : « le poète a toujours raison » !

Tandis qu’à leurs oeuvres perverses

Les hommes courent haletant

Mars qui rit malgré les averses

Prépare en secret le Printemps.

Le passage à l'heure d'été au matin du 26 mars, contesté ou attendu nous permettra de profiter de jours plus longs et d’un peu plus de soleil, ! Addisias !

Jean Mignot le 5 mars 2023